RETOUR A LA GRANGE
deVizille ^26 septembre:. — Indignation contre dont Miguel 17 novembre'.
— Il désigne Guizot pour un siège de député et fait l'éloge du candidat V 2 ï novembre). — Election de Guizot. — Lettre à Charles de Rémusat sur les Etats-Unis (22 novembre 1829 . — Il lit les Mémoires de Brissot. — Lettres à Capo d’ I stria et au général Boyer (7 janvier et 10 février i8;o).
— Célébration de l'anniversaire de la naissance de Kosciuszko (11 février .
— On lui offre un portrait de ce grand patriote. — Il va au bal des
pauvres. — 11 signe l'adresse des 221. — Il assiste au banquet électoral offert aux députés de la Seine iL'r avril 1850 — Dissolution de la
Chambre (16 mai). — Lettre à Bolivar ( Ier juin). — Sentiment sur l'expédition d'Alger et sur la mort du roi d'Angleterre George IV. — Il est nommé député de Meaux (12 juillet 1850'. — Il apprend la nouvelle des fameuses ordonnances et se rend à Paris (27 juillet'.
La Fayette reçut des habitants du Havre un accueil aussi enthousiaste qu’à son départ. Il quitta cette ville, le 5 octobre, et se dirigea sur Rouen par la voie de terre, tandis que son fils remontait la Seine. Ils se retrouvèrent, le 7, dans la capitale de la Normandie. Les Rouennais vinrent leur donner une sérénade et les acclamer, mais la garde royale et les gendarmes s’opposèrent par la force à cette manifestation. Le 8 octobre, les voyageurs repartirent et allèrent coucher à Saint-Germain-en-Laye. Puis, le lendemain 9, ils rentrèrent enfin à La Grange, où plus de quatre mille personnes vinrent saluer l’ami du peuple. Malgré ses soixante-huit ans, La Fayette avait vaillamment supporté les fatigues de ce triomphal voyage; il semblait que ce séjour dans un pays, si plein pour lui de souvenirs héroïques, l’eût presque rajeuni. Le duc de Broglie, qui alla le voir, peu après son retour, en fut surpris. « J’ai trouvé, écrivait-il, le général gros, gras, frais, joyeux, ne se ressentant nullement d’avoir été plusieurs mois sans dormir ou à peu près, à bavarder, à écrire, à voyager et à boire pour tout de bon, dix heures sur vingt-quatre (1). »
Le voyage de La Fayette fut célébré par les poètes ;
(1) Cf. Souvenirs du feu duc de Broglie, t. II, p. 485.
Béranger, comme il a été dit plus haut, y avait consacré une chanson, et Casimir Delavigne y ht allusion dans sa Messénienne : Trois jours de Christophe Colomb. On ouvrit même un concours de poésie « pour chanter un voyag'e que l’histoire mettra au nombre des grands événements de notre siècle ». Le comité constitué à cet effet comprenait les notabilités du parti libéral ; Béranger en faisait partie, et le général Foy y adhéra quelques jours avant sa mort. L’avocat Berville fut le rapporteur de ce concours, auquel quatre-vingts concurrents prirent part, et dont le vainqueur fut Eugène Labat. La proclamation du lauréat eut lieu l’année suivante, dans une séance solennelle où La Fa}^ette, par modestie, ne parut pas (1).
Un des premiers soins de La Fayette fut d’informer de son retour, par une lettre du 27 octobre 1825, le président John-Quincy Adams. Pendant son voyage, la royauté avait changé de mains : Charles X présidait maintenant aux destinées de la France. Le roi et le général se rappelaient qu’à l’assemblée des notables ils faisaient partie du même bureau. Est-ce à ces lointains souvenirs qu’il faut attribuer cette appréciation presque bienveillante?
La France est dans un état tranquille, et encore moins disposée à de prochaines commotions qu’elle ne l’était à l’époque de mon départ; mais, pendant que le gouvernement poursuit sa marche contre-révolutionnaire, l’opinion libérale gagne du terrain, l’industrie fait des progrès, ce qui conduit lentement à plus d’indépendance.
Le 10 novembre 1825, La Fayette confia à ce même ami que l’Autriche était de toutes les puissances celle qui jouait
(1) Cf. Rapport fait par M. Berville au nom du jury chargé de prononcer sur les résultats du concours ouvert pour célébrer le voyage du général La Fayette aux Etats-Unis, impr. de 15 p. in-8. (Collection de M. Th. Llutillier.)