RÉCEPTION A LYON
par l’effigie équestre de l'illustre connétable, en s’asseyant dans cette antique demeure, berceau de la Révolution, le vieux patriote sentit battre fortement son cœur. Au loin il voyait le panorama des Alpes, illuminées par des feux de joie, autour desquels dansaient les paysans. Il goûta quelque repos dans ce magnifique asile, près de sa petite-fille, attentive au berceau d’une enfant qui venait de naître. Il fallut s’arracher à cette vie paisible. Le 3 septembre, La Fayette et son fils passèrent à Voiron et à La Tour-du-Pin ; le 4, ils furent reçus à Bourgoin et arrivèrent, à cinq heures et demie du soir, à Vienne, escortés par cent cinquante jeunes gens de la ville, à cheval , et par une partie de la population . Le 5, à dix heures du matin, on leur offrit un banquet; La Fayette rappela qu’il avait eu l’honneur d’être élu vice-président de l’Assemblée nationale, le 13 juillet 1789, alors que l’archevêque de Vienne, Le Franc de Pompignan, en était président. Puis il partit pour Lyon, où il arriva à quatre heures et demie du soir. Une foule immense attendait le général sur les limites des départements du Rhône et de l’Isère, en avant du pont Morand. Le médecin Prunelle, un des chefs de l’opposition, le harangua. La Fayette exprima son « bonheur de revoir cette grande et belle cité, dont les vicissitudes, pendant les orages politiques, ont excité dans mon âme de si vives et sympathiques émotions » ; il rappela que la députation lyonnaise à la Fédération de 1790 lui avait offert un trophée surmonté d’une couronne de chêne avec la devise : Optimo civi, et termina par cette allusion politique :
Aujourd'hui, Messieurs, après une longue succession de brillant despotisme et d’espérances constitutionnelles, je me trouve au milieu de vous dans un moment que j’appellerais critique, si je n’avais reconnu partout, sur mon passage, si je
ne voyais dans cette puissante cité cette fermeté calme, et même dédaigneuse, d’un grand peuple qui connaît ses droits, sent sa force et sera fidèle à ses devoirs; mais c’est surtout dans la circonstance actuelle que j’aime à vous exprimer un dévouement auquel, jusqu’à mon dernier soupir, votre appel ne sera jamais fait en vain.
Après cette péroraison, saluée par les acclamations de la foule, La Fayette monta dans une calèche à quatre chevaux. Le cortège se mit en marche, escorté de quatre à cinq cents cavaliers ; l’affluence était si considérable que le pont Morand se trouva inabordable et qu’il fallut aller passer par le pont qui reçut depuis le nom de La Fa}rette. Soixante mille citoyens se pressaient pour saluer de leurs vivats l’arrivée du grand citoyen, insouciants des affiches apposées par le maire, effrayé de cette invasion et réduit à d’inutiles mesures de police. On conduisit le général à l'hôtel du Nord, où, le soir même, on lui donna un concert. Le 6 septembre, jour anniversaire de sa naissance, La Fayette s’embarqua sur la Saône et fut mené jusqu’à l’ile Barbe, escorté de nombreux bateaux pavoisés et au milieu des acclamations des populations échelonnées sur les deux rives. Cette promenade ne se prolongea pas jusqu’à Fontaine, en raison de l’orage et de la pluie. On revint à Lyon, et le soir, au jardin de Flore, situé aux Brotteaux, les loges maçonniques de la région offrirent à La Fayette et à son fils une réception mémorable (1). La voiture des invités était précédée par une brillante cavalcade. Le vénérable de la loge le Parfait silence présida la fête, à laquelle assistaient les loges la Sincère amitié, la Candeur , Equerre et compas , Union et confiance, Enfants d' H i ram, Etoile
(1) La Fayette avait accepté, de Vizille, le ji août 1829, l’invitation de la loge lyonnaise le Parfait silence, qui existait depuis le 5 décembre 1762.