‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 184 sur 284 · IL RECOMMANDE GUIZOT · texte numérisé non relu

IL RECOMMANDE GUIZOT

menti à tout le monde, est venu, à l’aide d’un faux serment, détruire une Charte qui rendait quelques droits au Portugal, et rétablir le despotisme le plus tyrannique ». Le 23, il désignait à Dupont de l’Eure Guizot pour remplacer le célèbre chimiste Vauquelin, député de Lisieux, qui venait de mourir. Il faisait un bel éloge de son candidat :

M. Guizot est plus monarchique et moins démocrate, je pense, que vous et moi; mais il aime la liberté. Il sait beaucoup, s’exprime avec talent; il a de l’élévation, du caractère et de la probité. Avec une administration doctrinaire, il s’arrêterait en deçà de nous; jusque-là, tous les projets ministériels trouveraient en lui un habile contrôleur dans le sens libéral (1).

C’est ainsi que Guizot, élu, le 23 janvier 1830, député de l’arrondissement de Lisieux, entra, sous les auspices de La Fayette, dans la politique active, où il devait tenir une place si considérable.

Le 22 novembre 1829, La Fayette écrivit à son petitgendre, Charles de Rémusat, pour réfuter un article paru dans le Globe sur les États-Unis, à l’occasion du récit fait par son secrétaire Levasseur du voyage en Amérique. Il passa la fin de l’année à La Grange et vint à Paris au mois de janvier 1830. Il se tenait au courant des ouvrages nouveaux, et surtout de ceux qui intéressaient la Révolution française. Or, la mode était aux Mémoires, et il en surgissait de toutes parts. Ceux de Brissot lui furent envoyés et on lui demanda son sentiment ; mais, dans une lettre du 6 janvier 1 830, il refusa de se prononcer sur

(1) On lit dans les Mémoires de Guizot, t. 1er. p. 54; : « Toutes les nuances de l’opposition, M. de La Fayette et M. de Chateaubriand, M. d'Argenson et le duc de Broglie, M. Dupont de l’Eure et M. Bertin de Veaux, appuyèrent ma candidature. »

un ouvrage où il était en cause, « m'en rapportant, dit-il, à la postérité, du soin déjuger les hommes et les choses ». Le 7 janvier, il déclarait au président de la Grèce, le comte Capo d'Istria, qu’il applaudissait « à la formation d’une vaste et puissante république fédérative, une grande Suisse orientale, aidée, mais non régentée par d’autres puissances, et aussi parfaitement indépendante de ses amis que de ses adversaires ». Le 10 février, il exprimait au général Bo}œr, président de la République d’Haïti, l’espoir « que, malgré le peu de succès des premières émigrations, les enfants du sang africain venant des Etats-Unis trouvassent dans la république haïtienne la liberté, le travail et le bonheur». Le 1 1 , il assista, avec son fils et Benjamin Constant, à la célébration de l’anniversaire de Kosciuszko et, le 12, une députation polonaise lui apporta un portrait du grand patriote, « dans son habit révolutionnaire de paysan polonais », qu’il plaça dans sa chambre, au-dessus du buste de Washington, après avoir fait l’éloge de son illustre ami et exprimé ses vœux pour l’indépendance de la Pologne. Le ^février, il honora de sa présence le bal des pauvres, à l’Opéra.

Cependant, les libéraux se liguaient contre la congrégation, toute-puissante de par le roi et le ministère Polignac. Le 16 mars 1830, La Fayette signa l’adresse des 221, et, le ier août, il assista au banquet électoral offert aux députés de la Seine signataires de ladite adresse ; il fut, dit-il, « touché des témoignages d’affection dont les électeurs actuels de Paris, enfants de mes contemporains électeurs de 1 789, ont bien voulu me combler. » Le 16 mai 1830, Charles X prononça la dissolution de la Chambre : le général profita de ces loisirs forcés pour se réinstaller à La Grange et mettre à jour sa correspondance. Le ior juin, il écrivait à Bolivar :

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