‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 187 sur 284 · LE DUC D'ORLEANS A L'HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

LE DUC D'ORLEANS A L'HOTEL DE VILLE

C’est ainsi que La Fayette résolut le problème et invita, selon la pittoresque expression de Palmerston, le duc d'Orléans à traverser la rue et à passer du Palais- Royal aux Tuileries (i). En effet, l’apparition du drapeau de la Révolution, proscrit depuis quinze ans, fut saluée par d’unanimes acclamations : Vive le duc dOrléans ! Vive La Fayette (2)/ Le prince rentra au Palais-Royal. Quand il fut parti, les assistants, parmi lesquels se trouvaient des républicains, exprimèrent leurs soupçons à l’égard du duc d’Orléans et déclarèrent n’accepter le nouveau gouvernement que si on leur donnait des garanties. Ils menacèrent de reprendre les armes pour la défense de la liberté. La Fayette les apaisa et leur fit

(1) Palmerston n'avait depuis quelques mois aucune illusion sur la chute prochaine des Bourbons et il considérait le duc d’Orléans comme un candidat possible au trône. C’est ce qu’il écrivait de Paris, le 4 décembre 1829, à William Temple : « Tout ceci paraît devoir s’arranger à l’amiable, et il n’y a nulle possibilité ou plutôt nulle probabilité de révolution ou de convulsion. Néanmoins, si le roi, pour la première fois de sa vie, allait porter son entêtement jusqu'à l’action, au lieu de reculer la veille, et s’il était appuyé par un ministère audacieux et désespéré, assez fort pour affronter l’orage de l’opinion publique et du sentiment national, alors et

ans ce cas le résultat serait probablement un changement d’habitants aux Tuileries et le duc d'Orléans au Palais-Royal pourrait être invité à traverser la rue. Mais, quant à un autre changement, cela n’est pas possible : il y a trop de millions de propriétaires de terres et de fonds en France pour rendre admissible une crise qui menace l’une ou l’autre de ces propriétés. » (Cf. Lord Palmerston , sa correspondance intime , traduite par Aug. Craven; Paris, Didier, 1878, 2 vol. in-8°, t. Ie1-, p. LU.)

(2) On lit dans les Mémoires d'Odilon Barrot , t. Ier, p. 125 : « A l’apparition du duc d’Orléans et de La Fayette, enveloppés tous deux, pour ainsi dire, dans les plis du drapeau national, un cri s’élança des entrailles de la multitude, et ce cri, cette fois unanime, fut celui de : Vive le duc d’Orléans! Vive La Fayette! La révolution était terminée. » — Cette scène fut popularisée par deux lithographies; l’une, par Aubry-Lecomte, d'après une esquisse du peintre Guillon-Le Thière, avait pour légende : Louis-Plülippc d'Orléans proclamé lieutenant général du royaume et reçu à l'Hôtel de Ville de Paris par le général La Fayette et les principaux députés de la France le samedi )i juillet 1850; l’autre, par Lemercier, d’après un dessin de Maurin, avait pour titre : Le général La Fayette donnant l’accolade au roi Louis-Philippe, avec cette légende : Voilà le roi qu'il nous fallait, c'est la meilleure des républiques. (Cf. Bibl. nat., cabinet des estampes, coll. Hennin, t. CLX.V, nos 14440 et 14447 du catalogue rédigé par M. G. Duplessis).

donner leur parole d’honneur de ne pas troubler la tranquillité de Paris pendant quarante-huit heures, mais à condition que le lieutenant général du royaume accepterait pour lui et pour les siens certaines propositions qui allaient être formulées. C’est alors que fut rédigé ce fameux programme de l’Hôtel de Ville, dont voici les principaux articles, d’après un témoin oculaire, dont la parole ne fut jamais suspectée, Armand Marrast :

i° La souveraineté nationale reconnue en tête delà Constitution comme le dogme fondamental du gouvernement. — 20 Point de pairie héréditaire. — 30 Renouvellement complet de la magistrature. — 40 Loi municipale et communale sur le principe le plus large de l’élection. Pas de cens d’éligibilité. — 5° L’élection appliquée à toutes les magistratures inférieures. — 6° Plusieurs autres dispositions touchant les privilèges et les monopoles qui paralysent l’industrie, etc. — 70 Tout cela enfin adopté provisoirement et devant être soumis à la sanction de la nation seule capable de s’imposer le système de gouvernement qui lui conviendra (1).

« Ce programme présenté au général La Fayette, dit Armand Marrast, fut par lui reçu comme l’expression de ses propres opinions. Il se chargea de le faire connaître au lieutenant général et il le résuma lui-même en disant qu’il était question d’élever un trône populaire entouré d’ institutions républicaines. » La Fayette se rendit au Palais-Royal, exposa ses idées au prince et en obtint des professions de foi qui le satisfirent. « Vous savez, lui dit-il, que je suis républicain et que je regarde la Constitution des États-Unis comme la plus parfaite qui ait existé. » — « Je pense comme vous, répondit le

(1) Cf. Programme de l'Hôtel de Ville, ou récit de ce qui s’est passé depuis le 51 juillet jusqu'au 6 août 18 30; extrait de la Tribune politique et littéraire, article du 7 avril 1831, non démenti par le gouvernement [par Armand Marrast] ; Paris, Rouanet, 1831, in-8°, de 8 pages. (Bibl. nat., Lb!107g.)

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