‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 186 sur 284 · LA FAYETTE COMMANDANT DE LA GARDE NATIONALE 47 I · texte numérisé non relu

LA FAYETTE COMMANDANT DE LA GARDE NATIONALE 47 I

par les Belges. — Il s’excuse de ne pouvoir assister à la revue de la garde nationale de Melun (50 novembre). — Mesures prises pour le transfèrement des ministres de Charles X de Vincennes au Luxembourg. — Correspondance entre La Fayette et le roi à ce sujet (11 et 12 décembre!. — Visite à l’Ecole polytechnique (12 décembre). — Discours sur la tombe de Benjamin Constant (ij décembre). — Désordres à l’occasion du procès des ministres de Charles X. — Sang-froid de La Fayette (20 décembre). — Ordre du jour à la garde nationale (22 décembre . — Lettre à Théodore Lameth (2; décembre!. — Suppression du commandement général de la garde nationale (24 décembre). — La Fayette envoie sa démission au roi et refuse le titre de commandant honoraire (25 décembre). — Démarches de Laffitte, Montalivet et Odilon Barrot. — Réponse de La Fayette au général de Ségur. — Conversation avec Louis- Philippe. — Le roi accepte la démission (26 décembre . — Ordre du jour de La Fayette (27 décembre!. — Adieux aux gardes nationales du royaume et à la garde nationale parisienne (icr janvier 1 8 j x ) .

Cependant des barricades se dressaient dans les rues de la capitale; la garde royale essayait de réprimer l’émeute, et de part et d’autre le sang avait coulé. C’était l’horrible guerre civile qui commençait. Les députés présents à Paris furent surpris de cet éclat soudain ; ils réclamaient des réformes par les voies légales, et non par la force, et l'insurrection répondait à leur appel. Ils se réunirent chez Audry de Puyraveau et chez Bérard, le 28 juillet, et La Fayette, plus expert qu’eux en pareille matière, leur dit qu'il s’agissait d’une révolution, qu’il fallait nommer un gouvernement provisoire et que « déjà son nom se trouvait placé par la confiance du peuple et, avec son aveu, à la tête de l’insurrection ». Ainsi, retrouvant tout le feu de la jeunesse, La Fayette n'hésitait pas à prendre la direction du mouvement et à assumer une fois de plus sur sa tète la responsabilité d’une révolution. Plein d’admiration pour la résistance des Parisiens, maîtres de l’Hôtel de Ville, malgré la garde royale et les Suisses, il accepta, le 29 juillet, les fonctions de commandant de la garde nationale, et déclara à ses collègues, réunis chez Laffitte, qu’il allait organiser la défense. « Croyez-vous, s’écriait-il, qu’en présence des dangers

qui nous menacent, l'immobilité convienne à ma vie passée et à ma situation présente? Non; ma conduite sera, à soixante-treize ans, ce qu’elle a été à trentedeux. » Sur la proposition de Guizot, on décida de nommer une commission municipale, dont La Fayette refusa de désigner les membres, qui, à son avis, devaient être nommés par la Chambre (1). Puis le nouveau commandant général adressa au peuple l’ordre du jour suivant :

Mes chers concitoyens et braves camarades, la confiance du peuple de Paris m’appelle encore une fois au commandement de sa force publique. J’ai accepté avec dévouement et avec joie les devoirs qui me sont confiés et, de même qu’en 1789, je me sens fort de l’approbation de nos honorables collègues aujourd’hui réunis à Paris. Je ne ferai point de profession de foi : mes sentiments sont connus. La conduite de la population parisienne, dans ces derniers jours d’épreuve, me rend plus que jamais fier d’être à sa tête. La liberté triomphera ou nous périrons ensemble. Vive la liberté! vive la patrie!

Installé à l’Hôtel de Ville, La Fayette décréta le rétablissement de la garde nationale parisienne et appela aux armes les citoyens pour maintenir le bon ordre. Le 30, il annonça à ses concitoyens de Rouen, d’Elbeuf et de Louviers « que l’admirable courage du peuple parisien a triomphé de toutes les attaques des troupes royales, et que tous les moyens ont été pris pour repousser de nouvelles tentatives, si elles avaient lieu ». Le même jour, il rendait aux combattants cet hommage mérité :

Le peuple de Paris s’est couvert de gloire, et, quand je dis

(1) Cette commission municipale fut nommée par la Chambre, le 29 juillet, et elle comprit Jacques Laffitte, Casimir Perier, les généraux Gérard et Lobau et Odier. Le général Gérard, appelé au commandement des troupes, et Odier, qui refusa, furent remplacés par de Schonen et Audry de Puyraveau.

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le peuple, c’est ce qu’on appelle les dernières classes de la société qui, cette fois-ci, ont été les premières ; car le courage, l’intelligence, le dévouement et la vertu du peuple parisien ont été admirables.

Dans cette même journée du 30 juillet, les députés, réunis chez Laffitte, puis à la Chambre, sommés par La Fayette de s’occuper des intérêts du peuple, décidèrent d'offrir au duc d’Orléans la lieutenance générale du royaume. En vain Charles X retira ses ordonnances, renvoya Polignac et proposa un ministère libéral : La Fayette interpréta le sentiment public par cette catégorique réponse :

On me demande une réponse explicite sur la situation de la famille royale depuis la dernière agression contre les libertés publiques et la victoire de la population parisienne; je la donnerai franchement : c’est que toute réconciliation est impossible et que la famille royale a cessé de régner.

En effet, la royauté des Bourbons avait [vécu, et il ne s’agissait plus que d’organiser un nouveau gouvernement. Depuis le 30 juillet au soir, le duc d’Orléans était venu de Neuilly coucher au Palais-Royal. La Fayette était incontestablement le maître absolu de la situation ( 1 ) . Il ne tenait qu’à lui de proclamer la République et personne n’aurait songé à un autre comme président. Charles de Rémusat lui posa la question en ces termes : « Général, si l’on fait une monarchie, le duc d’Orléans sera roi ; si l’on fait une république, vous serez président. Prenez-vous la responsabilité de la république (2) ? »

(1) C’est ce qu’a déclaré un témoin oculaire, Odilon Barrot, dans scs Mémoires, t. Ier, p. 112 : « La Fayette fut investi dans ces quelques jours d'une véritable dictature morale et politique dont le titre n’était écrit dans aucun décret, mais qui paraissait tellement forcée que nul ne se fût avisé de la contester. >>

(2) 11 convient de rapporter ici le récit fait par Guizot dans ses Mémoires

En effet, la République avec La Fayette ou la monarchie constitutionnelle avec le duc d’Orléans, tel était le dilemme. Le général eut une conférence avec Odilon Barrot ; il lui déclara que ses sympathies personnelles étaient pour la République, mais qu’il cnyyait qu’une monarchie constitutionnelle pouvait seule convenir à la France (1). Le général Mathieu Dumas alla rapporter cette conversation au duc d’Orléans, qui, rassuré sur les dispositions du seul adversaire qu’il pût redouter, se rendit, le samedi 31 juillet, à l’Flôtel de Ville. La Fayette reçut le prince au bas de l’escalier et gravit avec lui les marches. Leur entrée fut accueillie avec froideur par les vainqueurs qui remplissaient la salle. Des cris : Pas de Bourbons ! éclatèrent. Au dehors la foule manifestait des sentiments hostiles. Alors le général, mettant dans une des mains du duc un drapeau tricolore etleprenantparl’autre, conduisit leprince à une des fenêtres et l’embrassa (2).

t. Il, p. 11 et 12 : « Dans l’état des faits et des esprits, on n'avait à choisir qu’entre une monarchie nouvelle et la république, entre M. le duc d’Orléans et M. de La Fayette : « Général, dit à ce dernier son petit-gendre, M. de Rémusat, qui était allé le voir à l'Hôtel de Ville, si l’on fait une monarchie, le duc d’Orléans sera roi; si l’on fait une république, vous serez président. Prenez-vous la responsabilité de la république? » M. de La Fayette avait l’air d’hésiter plutôt qu’il n’hésitait réellement. Noblement désintéressé, quoique très préoccupé de lui-même, et presque aussi inquiet de la responsabilité qu’amoureux de la popularité, il se complaisait à traiter pour le peuple et au nom du peuple, bien plus qu’il n’aspirait à le gouverner. Que la République, et la République présidée par lui, fût entrevue comme une chance possible, s’il la voulait; que la monarchie ne s’établit que de son aveu et à condition de ressembler à la république; cela suffisait à sa satisfaction, je ne veux pas dire à son ambition. M. de La Fayette n’avait pas d’ambition; il voulait être le patron populaire de M.le duc d’Orléans, non son rival. »

(1) Cf. Odilon Barrot, Mémoires , t. 1er, p. 127. 11 dit que La Fayette se prononça pour la monarchie constitutionnelle, par peur du jacobinisme.

(2) Chateaubriand a conté la scène dans ses Mémoires d'outre-tombe , t. IX, p. }oj et joq : « M. de La Fayette, voyant l’incertitude croissante de l’Assemblée, se mit tout à coup en tête d’abdiquer la présidence : il donne au duc d’Orléans un drapeau tricolore, s'avance sur le balcon de l’Hôtel de Ville et embrasse le prince aux yeux de la foule ébahie, tandis que celui-ci agitait le drapeau national. Le baiser républicain de La Fayette fit un roi. Singulier résultat de toute la vie du héros des deux mondes! »

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