DISTRIBUTION DES DRAPEAUX
Le 29 août, La Fayette assista, au Champ de Mars, à la distribution, par le roi, des drapeaux à la garde nationale, et prononça la formule du serment (1). Le jour même, Louis-Philippe écrivit au commandant général une lettre de félicitations, dans laquelle il évoqua les grands souvenirs de la Fédération de 1790 et de Valmy (2). Le lendemain 30, dans un ordre du jour, La Fayette remercia ses camarades du superbe et patriotique spectacle qu'ils avaient donné. Pas plus qu’en 1789, il ne ménageait son temps ni sa peine pour l’organisation de la garde nationale. Il en était encore à la lune de miel avec les Tuileries. Le 1 1 septembre, le duc d’Orléans, fils aîné du roi, écrivit à La Fayette pour se faire inscrire comme canonnier dans la milice citoyenne, et, le 13, celui-ci mit à l’ordre du jour cette flatteuse démarche du jeune prince et les termes mêmes de la lettre. Le 25, fidèle à ses principes, il réclama l'abolition de la traite des noirs et parla en faveur des hommes de couleur. Le 27, il agissait envers Louis-Philippe comme il avait fait envers Louis XVI, en lui donnant des conseils sur les mesures nécessitées par la révolution de Belgique. A la même époque, il fut un des promoteurs d’une souscription destinée à élever un monument à la mémoire des quatre sergents de La Rochelle (3).
chargé de tout ce qui est relatif à la distribution des gardes nationaux dans les cadres, en se conformant à la division du territoire, à la discipline, à l'instruction, à la répartition de l’armement et de l’équipement des gardes nationales, à l’exécution et transmission des ordres qui lui sont donnés. »
(1) Cf. Jules Cloquet, p. 531.
(2) Cette solennité donna lieu aux deux brochures suivantes : i° Grande revue de la garde nationale de Paris par le roi Louis-Philippe 7er, 29 août 1830: Nantes, Mellinet, in-8; 20 Lettre du roi au général La Fayette sur la grande revue de la garde nationale de Paris , le 29 août 1830; Nantes, Mellinet, in-8. (Bibl. nat., Lb:i* 135 et 136.)
(3) J’ai retrouvé le texte môme de cette proposition, écrit de la main de La Fayette : « Les soussignés, considérant que le sergent au 53e régiment Bories et ses dignes compagnons Pommier, N. et N. [Goubin
Le 2 octobre 1830, La Fayette demanda au roi la permission de lui présenter les condamnés pour causes politiques depuis 1815, les électeurs survivants « de la célèbre et vertueuse assemblée de l’Hôtel de Ville en 178g », et « ce qui reste des basoches de 8g ». Le 8, il appuya éloquemment la proposition de son ami Victor de Tracy sur l’abolition de la peine de mort. Le dimanche 10 octobre, il transmit au président de la Chambre des députés une pétition du patriote Palloy, « que nous employâmes, dit-il, en 8g à la démolition de la Bastille (1). » Le même jour, les francs-maçons du Grand-Orient de France et du Suprême conseil offrirent à leur illustre frère, dans l’Hôtel de Ville, une fête maçonnique et patriotique, sous la présidence du duc de Choiseul (2).
et Raoulx] sont morts victimes de leur dévouement à la cause de la liberté, et que le patriotisme, la fermeté et l’élévation d'âme qu’ils ont manifestés à cette occasion leur donnent droit, non seulement au profond regret de leurs amis, mais à la sympathie et à l’admiration de tous les vrais appréciateurs du dévouement et de l’honneur civique, ont résolu de leur élever par souscription un monument au lieu de leur sépulture. » (Document communiqué par M. Noël Charavay.) — Le monument a été élevé dans le cimetière du Mont-Parnasse. 11 est placé sur un monticule et se compose d'une colonne brisée, sur laquelle sont inscrits les noms des quatre sergents de la Rochelle et la date de leur mort.
(1) On lit dans cette lettre, qui fait partie de ma collection révolutionnaire : « Je vous envoie aussi une pétition du patriote Palloy, que nous employâmes en 89 à la démolition de la Bastille. On lui avait donné un terrain sur cet emplacement. Je l’ai réclamé sous les divers régimes, y compris celui de la Restauration, mais sans succès, comme vous pouvez croire. M. Palloy et sa femme sont très vieux, très pauvres. 11 n’y a pas de temps à perdYe pour leur rendre quelque justice. Je voudrais bien que la pétition pût, après notre rentrée, être rapportée le plus tôt possible. »
(2) Je possède un exemplaire de la lettre d’invitation à cette fête maçonnique. Elle commence ainsi : « Une grande fête maçonnique sera célébrée le dimanche 10 octobre prochain, à l’Hôtel de Ville, en l’honneur de celui de nos frères que l’on a si justement surnommé le patriarche de la liberté et le citoyen des deux mondes ; toutes les sommités civiles et maçonniques concourront à en augmenter l’éclat et la solennité. » Outre le duc de Choiseul, on remarque parmi les promoteurs de cette cérémonie le comte Alexandre de La Borde, le comte Muraire, le conteur Bouilly, Odilon Barrot, Mérilhou, Berville et Garnier-Pagès. Le compte rendu de cette fête fut publié sous ce titre : « Fête maç.' . donnée au général La Fayette par
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Le 17 octobre, La Fayette écrivit au général sir Robert Wilson :
Je jouis de l’approbation que vos compatriotes ont bien voulu donnera notre dernière révolution, et j’espère qu’il en résultera une véritable sympathie entre les deux peuples. Le gouvernement français ayant adopté le système de non-intervention est également disposé à ne pas souffrir celle des autres et à ne prendre lui-même aucune part dans les affaires de nos voisins. Cette scrupuleuse exactitude dérange les projets très généreux de mon ami le général Pepe. Il espère trouver plus de ressources dans les spéculations particulières de vos concitoyens. Quant à moi, aucune situation personnelle ne m’empêchera de faire des vœux pour la délivrance des opprimés de tous les pays (i).
Le 19 octobre, La Fayette félicita la garde nationale d’avoir dissipé les rassemblements qui s’étaient portés sur Vincennes et sur le Palais-Royal pour demander la tête des ministres de Chdrles X, et le roi le remercia de son admirable ordre du jour. Le 31, quatre-vingt mille gardes nationaux défilèrent, au Champ de Mars, devant Louis-Philippe et le commandant général, ce qui valut une nouvelle lettre laudative du roi à La Fayette. Le 8 novembre, restant fidèle à sa ligne de conduite politique, il réclama la complète abolition des cautionnements pour la presse périodique. Le 1 1 , il assista au banquet que lui offrit la septième légion de Paris, et il répondit au toast porté par Mathieu Dumas. Le 15, il désignait pour les honneurs du Panthéon, rendu à sa destination primitive, les quatre sergents de La Rochelle, Manuel et le général Foy. Le 18, il présenta au préfet de
les L.\ du rit français et du rit écossais réunies U 10 octobre 18 ;o ; in-8. (Bibl. du Grand-Orient de France.)
(1) Orig. aut., British Muséum, Add. joi 16, fol. 52.
la Seine, Odilon Barrot, son ami, une députation de la ville de Philadelphie, qui venait féliciter les Parisiens de leur courage et de leur triomphe. Le soir, au dîner offert à cette occasion par le préfet aux principaux membres de la colonie américaine, et auquel assistaient Alexandre de Humboldt, Cuvier, Arago et Chaptal, La Fayette but à la mémoire de Washington.
Le 22 novembre, La Fayette déclara à la garde nationale de Meaux son intention de rester le candidat de l’arrondissement. Le 26 novembre, il répondit à Joseph Bonaparte, qui l’avait chargé de faire abroger la loi de proscription de sa famille, et expliqua les raisons de l’élévation du duc d’Orléans au trône de France. Le 26, il constatait que ses opinions libérales déplaisaient aux Broglie et à la famille Perier, et il plaisantait des propositions de royauté que lui avaient faites les Belges. Le 30 novembre, il s’excusait auprès du préfet de Seine-et- Marne de ne pouvoir assister à la revue de la garde nationale de Melun, et se faisait suppléer par le général Carbonel (1). Le 4 décembre, il s’opposa à l’extradition des déserteurs; le 11, le roi le félicita des mesures prises pour le transfert des ex-ministres de Charles X de Vincennes au Luxembourg. Le 12, La Fayette, qui s’était installé dans ce palais pour la durée du procès, remercia Louis-Philippe, et lui fit sentir combien serait glorieuse pour son règne une intervention en faveur de la Pologne. Le même jour, il se rendit à l’École Polytechnique, et lut aux élèves rassemblés dans la cour l’adresse des élèves
(1) Copie, coll. de M. Th. Lhuillier, de Melun. — Voici un passage de cette lettre: « Je jouis d’avance du succès que je prévois pour notre garde nationale; j’aurais été heureux d’en être le témoin et de vous aider à recevoir le jeune et à tous égards bien digne héritier du trône civique. Soyez auprès de lui et auprès de mes camarades l’interprète des sentiments que je leur ai voués. »