‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 191 sur 284 · PROCÈS DES MINISTRES DE CHARTES X · texte numérisé non relu

PROCÈS DES MINISTRES DE CHARTES X

de l’École militaire de West-Point à leurs camarades de France, pour les féliciter de leur belle conduite.

Le 13 décembre, La Fayette accompagna Benjamin Constant à sa dernière demeure, et il prononça l’éloge funèbre de son vieil ami, « si éminemment Français par ses sentiments et par le caractère de ses talents ». Le 14, il soutint le projet gouvernemental de l’organisation de la garde nationale.

Le procès des ministres de Charles X passionnait les esprits ; des rassemblements se formaient aux abords du Luxembourg et étaient contenus par la garde nationale. La Fayette montra, dans ces circonstances, le même sang-froid qu’au temps de sa jeunesse. Dans la matinée du 20, il sortit à pied, par la rue de Tournon, avec quelques officiers de son état-major, traversa la foule, qui s’écartait sur son passage et l’acclamait, et fit évacuer toutes les rues adjacentes au palais. Il adressa trois ordres du jour à la garde nationale et reçut, le 22 décembre, une lettre du roi manifestant sa gratitude. Le 23, il résumait la situation dans ces lignes adressées à Théodore Lameth :

La crise, redoutée à juste titre, du procès des ministres, s’est passée heureusement. Elle était le point de rendez-vous de tous les intérêts opposés au maintien actuel de l’ordre public, et, quoique les ministres ne fussent qu’une occasion, il pouvait en résulter contre eux un affreux attentat et pour la Révolution une grande souillure. Heureusement nous en sommes sortis d’une manière honorable pour la garde nationale, et la jeunesse s’est unie loyalement à notre devise de liberté, ordre public... Voilà aujourd’hui la tranquillité rétablie. Il est à souhaiter qu’on en profite pour marcher dans le sens de la Révolution et nous donner des institutions électorales, communales et départementales (1).

(1) Orig. aut., Bibl. nat., Fr. n. acq. 1389.

486 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [l8;o]

La Fayette venait de rendre, par ses habiles dispositions, un service signalé au gouvernement (1) : ce devait être le dernier de cette nature, car, le 24 décembre, la Chambre adopta un projet de loi interdisant tout commandement central de la garde nationale et replaçant cette milice sous les ordres du ministre de l'intérieur. Ce vote supprimait en fait le commandement général dont La Fayette était investi : celui-ci, le 26 décembre, s’empressa d’envoyer au roi sa démission, et il refusa le titre de commandant honoraire que le président du Conseil avait proposé de lui conférer. Louis-Philippe le pria d’ajourner sa décision jusqu’à ce qu’il en eût conféré avec ses ministres, et de venir causer avec lui. Laffitte et surtout Montalivet essayèrent de faire revenir le général -sur une démission dont ils craignaient le mauvais effet sur le peuple; ils échouèrent. Le général Philippe de Ségur ne fut pas plus heureux. La Fayette répondit à ses observations :

Non, non, mon cher cousin; je connais ma position; il est temps que je me retire. Je pèse, je le sais, comme un cauchemar, sur le Palais-Royal; non pas sur le roi et sa famille, qui m’aiment, qui sont les meilleures gens du monde, et que j’aime tendrement, mais sur leurs entours. N’ai-je pas entendu Viennet s’écrier devant le roi, en me voyant entrer : « Voilà le maire du palais. » Sans doute j’ai été utile à son avènement ; mais si je lui ai sacrifié quelques-unes de mes convictions, ce n’a été que sur la foi du programme de l’Hôtel de Ville. J’annonçai là un roi s’appuyant sur des institutions républicaines! Or, cette déclaration, qu’on semble oublier,

(1) Guizot le reconnaît dans ses Mémoires, t. II, p. 152. — Odilon Barrot en a témoigné ( Mémoires , t. 1er, p. 197) : « Sans le général La Fayette, le procès aurait eu le plus déplorable dénouement; ce ne sont pas seulement les accusés qui auraient été victimes, leur mort eût été le signal d’une révolution violente. Si, en juillet et août 1830, le général La Fayette a élevé le trône, en décembre il l’a préservé d’une catastrophe inévitable. »

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