LETTRE SUR LOUIS-PHILIPPE
toast : « Au patriotisme breton de 1789 et de 1830! A la France et à l’émancipation européenne! » Le 13 juin, il demanda à la Chambre de sanctionner le traité conclu, le 4 juillet 1831, avec les Etats-Unis, la seule nation « qui, en 1814 et 1815 ne se soit pas réunie à nos ennemis » ; il affirma que l’union de notre marine avec la marine américaine était le meilleur moyen de nous garantir la liberté des mers, et il déclara considérer comme un honneur la qualification de bon américain , qui ne faisait pas de lui un mauvais français. Le 11 juillet, il écrivait à un ami :
Vous croyez que le roi Louis-Philippe m'a beaucoup plus d’obligation qu’il n’en a réellement ; je ne me suis pas opposé à l’opinion générale et à celle de la Chambre des députés, tandis que moi seul à peu près dans cette Chambre je voulais un Congrès national. Quant à ce qui a été fait, la France y a donné son assentiment, et j’avoue que, pour le moment, il n’y avait guère autre chose à faire. Nous avons beaucoup gagné à la révolution de Juillet, quoi qu’on en dise; mais le roi, en manquant à ses engagements, et les doctrinaires et autres membres du juste milieu, en voulant remonter vers les principes de la Restauration, ont arrêté les progrès de la France et de l’Europe, dont l’opinion se forme tous les jours et finira par triompher (1).
La Fayette observait avec soin les événements qui s’accomplissaient tant en France qu’à l’étranger. Il parlait avec ironie de « l’amende honorable du gouvernement au pied de la statue de Napoléon », et se réjouissait de la défaite de don Miguel, qu'il considérait comme « un véritable profit pour la cause de l’humanité (2) ». Rentré à La Grange, il remercia, le 27 avril 1833, Lucien
(1) Cf. le National du 10 juin 1854.
(2) Cf. lettre de La Fayette, eu date de Paris, 2 août 183,'.
Bonaparte de l'envoi de son ouvrage sur les vases étrusques, et il l'assura que la rentrée de sa famille en France devait être la conséquence logique de l’apothéose officielle de Napoléon. Le 29, il constatait que les attaques lui venaient à la fois des gouvernementaux et des républicains, et il disait : « Cette position entre les deux sortes d’hostilités a été la mienne depuis 89, et je n’en suis pas fâché. » En effet, rien ne pouvait altérer sa sérénité d’esprit, et il pouvait justement écrire : « Mon caractère fut toujours à l’espérance ; elle est loin de m’abandonner dans la crise actuelle (1). »
La Fayette passa tout l’été dans son château de La Grange, au milieu des objets d’art, des tableaux, des portraits, des souvenirs de toute sorte, qu’il tenait de l’admiration et de l’affection de ses contemporains (2). La session le rappela à Paris; il inaugura l’année 1834 en prenant part, le 3 janvier, à la discussion de l’adresse. Il affirma une fois de plus que, « sous le charme de nos couleurs nationales, à l’aide d’un changement dynastique et d’un déplacement de l’aristocratie, l’on marche dans des voies rétrogrades et vers le système de cette restauration que le souffle de la grande semaine du peuple avait fait disparaître ». Il s’éleva contre l’abandon de la Pologne, « que la Chambre, de concert avec le roi, a déclaré sur l’honneur ne devoir pas périr ». Il déclara que depuis trois ans et demi on n’avait pas fait « ce qu’il fallait pour remplir les intentions, les espérances et les engagements de la révolution de Juillet ». Il réclama le droit d’association et fit cette belle profession de foi :
(1) Cf. lettre de La Fayette, en date du 2 août i8jj.
(2) Cf. la description du château de La Grange donnée par le D1 2' Jules Cloquet dans ses Souvenirs sur la vie privée du général La Fayette.