PUBLICATION DES MEMOIRES
sur la demande de la jeunesse de Boston, un éloge de La Fayette (i), dont il avait résumé la vie en ces mots: L’amour de la liberté protégé par la loi ( The love of Liberty protected by Lciw).
En Europe, tous les peuples opprimés pleurèrent leur infatigable défenseur, mais les oppresseurs ne dissimulèrent pas leur contentement de cette mort d’un adversaire aussi redoutable qu’irréductible. A Vienne, la princesse Mélanie de Metternich, troisième femme du chancelier de l’empire d’Autriche, s’étonna de l’éloge du général qui avait paru dans le Moniteur. On lit, en effet, dans son Journal , à la date du 28 mai 1834 :
La Fayette est mort, trop tard pour le monde. Je vois avec peine que le Moniteur fait son éloge, bien que je sois habituée aux faiblesses de tout genre que commet le gouvernement actuel (2).
Le fils unique du général, son fidèle compagnon dans ses luttes politiques, Georges La Fayette (3), s’occupa de recueillir pieusement les écrits et les correspondances de son père (4). En 1837, il en fit l’objet d’une publication,
(1) Cf. Eulogy on Lafayette, dans les Orations an.i spccches on various occasions by Edward Everetl , p. 4S9 à 524.
(2) Cf. Mémoires de Metternich , t. V, p. 575.
(5) On lui avait remis, le 7 août i8q, le vase en vermeil, destiné à son père, et qui avait été exécuté par l'orfèvre Fauconnier, à la suite d'une souscription ouverte en août 1850 entre les gardes nationales de Paris et celles des départements. Ce vase appartient actuellement à M. de Saliune- Lafayette.
(4) La Fayette avait eu quatre enfants : i° Adrienne-Hcnriette-Catherine-Cliarlotte, née à Paris le 15 décembre 1775, morte à Paris le 3 octobre 1777; — 20 Anastasic-Louise-Pauline, née à Paris le 1e1' juillet 1777, mariée à Witmold (Allemagne), le 9 mai 1798, avec le comte Charles de La Tour-Maubourg, morte à Turin le 24 février 1863; — 30 Georges-Louis- Gilbert, né à Paris le 24 décembre 1779, filleul de Washington, marié à Auteuil, le 18 prairial an X (7 juin 1802), avec Françoise-Emilie Destutt de Tracy, mort à Paris le 10 décembre 1849; — 40 Antoinette-Marie- V irginie, née à Paris le 17 septembre 1782, mariée à Paris, le 20 avril 1803, avec le comte Louis de Lasteyrie du Saillant, morte à Bourbon-l'Archambault le 21 juillet 1849.
Georges La Fayette eut trois filles et deux fils : i° Natalie-Renée-Emilie,
•j 20 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [ I 883]
qui comprend six volumes et qui est un véritable monument historique élevé à la mémoire du grand citoyen. On avait eu, dans le premier moment de la douleur, le projet d’élever une statue à La Fayette (i), mais les temps n’étaient pas propices. Tant que dura le g-ouvernement de J uillet, il ne fallait pas songer à rendre un hommage public à un homme dont le souvenir seul était un encouragement pour le parti républicain. La République de 1848 fut trop éphémère et le régime impérial n’avait pas plus de goût que les monarchies précédentes pour un tel révolutionnaire. C’est à la troisième République qu’il appartenait d’honorer un des promoteurs de la Révolution de 1789. Le centenaire de la déclaration de l’Indépendance des Etats-Unis fournit l’occasion de cet acte de justice. Les Américains élevèrent des statues à La Fayette dans plusieurs villes, notamment à New-York et à Washington ; la République française érigea, le 6 septembre 1883, au Puy, une statue au glorieux enfant de l’Auvergne (2) et, par la voix du ministre de l’intérieur, M. Waldeck-Rousseau, rendit un solennel hommage à l’ami de Washington et au patriote de 1789.
née à Auteuil le 2 prairial an XI (22 mai 180;), mariée à Paris, le 9 janvier 182R, à Adolphe-Joseph-Scipion Perier, neveu de Casimir-Perier, morte le 16 mai 1878; — 20 Charlotte-Marguerite, née à Paris le 17 floréal an XI 11 (7 mai 1805), mariée, le 12 janvier 1832, à Maurice-Poivre Bureaux de Pusy, préfet de Vaucluse, morte à Paris en avril 1886; — 30 Adrienne- Clémentine, mariée, en 1836, à Gustave de Beaumont, membre de l'Institut; — 4° Oscar-Thomas-Gilbert, né à Paris le 20 août 1815, représentant du peuple en 1848, sénateur inamovible en 1875, mort à Paris le 26 mars 1881 ; — 50 Edmond-François, né à La Grange-Bléneau (Seine-et- Marne), le 11 juillet 1818, représentant du peuple en 1848, sénateur de la Haute-Loire en 1876, mort à Paris le xi décembre 1890.
Oscar et Edmond de La Fayette étant morts sans enfants, la descendance masculine du général est éteinte.
(x) Le National du 22 mai 1834 enregistrait la souscription de quatre gardes nationaux au futur monument de La Fayette.
(2) Cf. La Fayette, sa statue au Puy-en-Velay ; Le Puy, Marchessou, 1884, in-8.