‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 206 sur 284 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

généraux, se trouve effacée en quelque sorte par une dure et injuste captivité qui lui ramène toutes les sympathies. S’il applaudit au 18 brumaire, il ne s’enchaîne pas au char de Napoléon. S'il accueille volontiers la Restauration, parce qu'elle délivre la France d’un despote, il n’en reprend pas moins son rôle de défenseur des libertés publiques et de champion de tous les opprimés. Il a la joie de voir son fils unique lutter à ses côtés et la consolation de mourir dans ses bras. Si, fidèle à sa conception de la monarchie constitutionnelle, fondée sur des institutions républicaines, il met Louis-Philippe sur le trône, il n’en prend pas moins la direction du parti libéral, dès qu’il voit les promesses oubliées et ses espérances déçues, et il meurt dans l’opposition.

Il ne faut pas chercher dans La Fayette un penseur ou un homme d’Ftat. Comme chez les héros, le cœur primait en lui l’intelligence et le raisonnement. Sensible à tous les sentiments généreux, il se laissait prendre trop souvent à la fantasmagorie des mots plutôt qu’à la logique des faits. Aussi, que de fois il fut meurtri dans les aventures où le lançait sa noble et imprévoyante nature ! De là, des qtonnements naïfs, des reculs soudains, des contradictions déconcertantes.

La Fayette est un type caractéristique du parlementaire, si on prend ce mot dans le sens où nous l’employons aujourd’hui. Sans doute, il déploya en Amérique et en France des facultés militaires ; toutefois il combattit plus par la parole et par la plume que par l’épée. Ce républicain de la veille ne voulut jamais concourir à l'établissement de la République ; il fut et resta toujours royaliste constitutionnel, et il traita de Jacobins les Girondins et les Montagnards. Sa soif de gloire et de popularité, jamais assouvie, cédait cependant au res-

pect de la légalité. Il connut, pour parler comme en 178g, le Capitole et la roche Tarpéienne ; nul ne fut plus adulé, ni plus flétri. C’était un tempérament bien français; il y avait en lui de l'insurgé. Il brilla surtout dans l’opposition. Il commit de lourdes fautes, mais le phare de la liberté l’éclairait toujours et le ramenait dans la bonne voie. Allié par sa naissance et par son mariage aux plus grandes familles de France, il se concilia et sut conserver, même dans la mauvaise fortune, les plus illustres amitiés. Celle de Washington suffirait à l’immortaliser.

Au milieu des vicissitudes les plus extraordinaires, la vie de La Fa3œtte eut une remarquable unité. Ses conceptions politiques étaient déjà fixées dans son esprit (1), quand il alla offrir son épée aux insurgents, et elles ne se modifièrent jamais, malgré les événements. Les institutions républicaines dans une monarchie constitutionnelle, tel fut son constant idéal. Dans la bonne et la mauvaise fortune, pendant son règne à l’FIôtel de Ville ou dans les cachots d’Olmütz, il conserva sa foi et ses espérances. Jamais le découragement n’effleura le cœur de ce vaillant champion de la liberté.

La renommée lui vint de bonne heure; personne, en dehors des souverains, ne reçut plus d’honneurs de son vivant. Son buste placé, dès 1786, à l’Hôtel de Ville de Paris, son effigie ornant les Capitoles des grandes villes de l’Union, son nom donné à un navire (2), à un fort, à des comtés et à des cités des États-Unis, les hommages qui lui furent prodigués en 1784, en 1789, en 1824

(1) L’écriture de La Fayette fut formée de bonne heure, et elle ne subit jusqu’à sa mort que des variantes insignifiantes. Elle devint seulement plus ferme et plus droite. Les fac-similé reproduits dans ce volume édifieront les lecteurs sur ce point graphologique.

(2) On lit dans la Cadette d’Amsterdam, du 26 février 1782 : « Le corsaire le marquis de La Fayette a conduit au Cap-Français le navire anglais le Héros , venant de la Géorgie. »

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