PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR LE COMTE DE LA MAROC
M. de La Fayette recherchait avec soin tout ce qu’il croyait être de bon air dans les personnes et dans les choses. Mais, malgré ce goût pour le bon air, il était gauche dans toutes ses manières; sa taille était très élevée, ses cheveux très roux; il dansait sans grâce, montait mal à cheval; et les jeunes gens avec lesquels il vivait se montraient tous plus adroits que lui dans les divers exercices du corps alors à la mode. Aux bals dont j’ai parlé, qu’on donnait à Versailles et auxquels la reine prenait grand plaisir à danser dans des quadrilles arrangés, elle admettait les jeunes gens qui brillaient le plus à la Cour, et cette faveur était très recherchée. Par l’appui des parents de sa femme, M. de La Fayette fut admis dans un de ces quadrilles; mais il s’y montra si maladroit et si gauche que la reine ne put s’empêcher d’en rire, et on imaginera aisément que les courtisans ne manquèrent pas de la seconder dans cette occasion.
La plupart des jeunes gens, compagnons de M. de La Fayette, avaient encore leurs parents et peu d’argent à dépenser, tandis que lui, jouissant de la libre disposition de toute sa fortune, faisait des dépenses impossibles pour les autres. Il avait beaucoup de chevaux et en prêtait avec obligeance à ses amis : il tenait une grande et bonne maison, recevait beaucoup de monde et faisait très bonne chère.
[Correspondance entre Le comte de Mirabeau et le comte de La Marck, t. I, p. 62 et 6j.)