‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 215 sur 284 · PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR LE COMTE D’ESPINCHAL · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR LE COMTE D’ESPINCHAL

La Fayette est grand, élancé, d’une figure douce et honnête, mais blême, froide et inanimée...

PORTRAIT PAR LE COMTE d’eSPINCIIAL

La Fayette, naturellement très ambitieux, ne dédaignait point alors les grâces de la Cour. Il se flatta d’être fait duc, et, dans cette espérance, il fit l’acquisition de quelques terres aux environs de ses possessions, en Auvergne, pour pouvoir asseoir un duché.

Depuis son retour d’Amérique, La Fayette avait été accueilli avec le plus grand empressement par toute la noblesse d’Auvergne, et même par la bourgeoisie. Avec un faux air de modestie, il est impossible d’être plus avide des hommages, qu’il venait quêter jusque dans le fond des provinces, et surtout en Auvergne. Il recherchait avec une affectation marquée les suffrages de la pauvre noblesse et des moindres bourgeois, parmi lesquels il s’était fait un grand nombre de partisans. Il annonçait toujours d’avance son arrivée dans les villes où il savait qu’on était disposé à lui faire une réception honorable. C’est ainsi qu’on l’a vu être reçu à Riom, à Clermont, à Brioude, à Saint-Flour, à Aurillac, avec une pompe aussi ridicule qu’extraordinaire. Tout son désir était de faire un grand effet et de faire parler de lui.

On avait alors [en 1789] grande idée de ses talents : cachant son insuffisance sous un extérieur très froid et une hypocrite modestie, il n’avait pas encore donné la juste mesure de son incapacité .

Son extérieur modeste, hypocrite et composé, en imposa d’abord au peuple. Mais bientôt toutes ses bassesses envers les Jacobins, ses continuelles courbettes, son air humble et rampant devant la populace, son peu d’énergie dans les circonstances d’éclat, le rendirent méprisable aux yeux de ceux qui l’avaient élevé et soutenu dans les commencements...

Au retour de l’infortunée famille royale, La Fayette employa tous ses moyens pour la faire insulter à son passage par toute la populace, défendant expressément les moindres témoignages de respect, ordonnant de garder son chapeau sur la tète, etc. Pendant six semaines, La Fayette devint le geôlier le plus exact de ses augustes prisonniers, mettant en usage les moyens les plus raffinés pour tourmenter le roi et la reine, et prenant les plus insultantes précautions pour assurer leur captivité. Il faudrait un volume pour décrire

tous les crimes dont ce timide et plat conspirateur s’est rendu journellement coupable, et ceux dont il s’est rendu le complice.

(Publié dans la Repue rétrospective, de Paul Cottin, par M. Paul Le Blanc, 1894, p. 289 à 520.)

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