‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 216 sur 284 · JUGEMENT DU MARQUIS DE BOUILLE SUR LA FAYETTE · texte numérisé non relu

JUGEMENT DU MARQUIS DE BOUILLE SUR LA FAYETTE

M. de La Fayette était un de mes plus proches parents ; je l’avais connu dès son enfance, j’avais suivi sa conduite depuis son entrée dans le monde. Je redoutais son caractère méfiant et dissimulé, plus que son ambition, que j’aurais désiré voir satisfaite, s’il avait voulu sauver le roi, la monarchie et sa patrie, en arrêtant la Révolution au point où elle en était alors et en établissant un gouvernement sur des bases et sur des principes solides et convenables à la France et au génie de ses peuples. M. de La Fayette le pouvait ; il était le seul homme qui eût alors assez de force et de puissance ; mais il avait de l’ambition, sans le caractère et le génie nécessaires pour la diriger ; elle se réduisait au désir de faire du bruit dans le monde et de faire parler de lui. Ce n’était pas un homme méchant et encore moins un scélérat ; mais il était au-dessous, je pense, de la grande circonstance où il se trouvait. Il ne m’aimait pas ; je lui avais parlé souvent avec franchise, et, dès les années précédentes, je lui avais reproché son esprit révolutionnaire, lui annonçant qu’il se perdrait, après avoir fait peut-être bien du mal à sa patrie.

( Mémoires du marquis de Bouille, éd. Didot, p. 145 et 146.)

Page 1