‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 224 sur 284 · PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR GUIZOT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR GUIZOT

Je ne puis penser à M. de La Fayette sans un sentiment d’affectueuse tristesse. Je n’ai point connu de caractère plus généreux, plus bienveillant pour tous, plus ami de la justice envers tous, plus prêt à tout risquer pour sa foi et pour sa cause. Sa bienveillance, un peu banale envers les personnes, n’en était pas moins, pour l’humanité en général, vraie et profonde. Son courage et son dévouement étaient faciles, empressés, sérieux, sous des apparences quelquefois légères, et d’aussi bon aloi que de bonne grâce. 11 a eu, dans sa vie, une constance de sentiments et d’idées, et des jours de résolution vigoureuse qui feraient honneur aux plus fermes amis de l’ordre et de la résistance. En 1791, il a fait tirer, au Champ de Mars, sur l’émeute parée du nom de peuple; en 1792, il est venu, en personne, demander, au nom de son armée, la répression des Jacobins; il est resté à part et debout sous l’Empire. Mais il manquait de jugement politique, de discernement dans l’appréciation des circonstances et des hommes, et il avait un laisser-aller sur sa propre pente, une

imprévoyance des résultats probables de ses actions, un besoin permanent et indistinct de faveur populaire qui le faisaient dériver bien au delà de ses vues, et le livraient à des influences d’un ordre très Inférieur, et souvent même contraire à sa nature morale comme à sa situation. Au premier moment, en 1814, il s’était montré assez bien disposé pour la Restauration; mais les tendances du pouvoir, la persévérance des rancunes royalistes et sa propre soif de popularité le jetèrent bientôt dans l’opposition. A la fin des Cent-Jours, son opposition à la maison de Bourbon devint une hostilité déclarée et active; républicain dans l’âme, sans pouvoir ni oser proclamer la République, il repoussa aussi obstinément que vainement le retour de la royauté; et, devant la Chambre de 1815, irrité sans être épouvanté, il s’engagea, pour n’en plus sortir, tant que dura la Restauration, dans les rangs extrêmes de ses ennemis. Il était, de 1820 à 1823, non pas le chef réel, mais l’instrument et l’ornement de toutes les sociétés secrètes, de tous les complots, de tous les projets de renversement, même de ceux dont il eût, à coup sûr, s’ils avaient réussi, désavoué et combattu les résultats.

(. Mémoires de Guizot, t. II.)

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