EXPÉDITION CONTRE LE GENERAL ARNOLD
Le 20 février 1781, La Fayette reçut de Washington l’ordre de prendre le commandement d’un détachement réuni à Peekskill pour se rendre à Hampton, sur la baie de Chesapeake, et surprendre le général Arnold à Portsmouth. Il devait être soutenu par la flotte française, commandée par Destouches, qui avait remplacé le chevalier de Ternay, mort le 15 janvier (1). Le marquis partit aussitôt et se trouva, le 23 février, à Pompton, le 2 mars à Philadelphie, et le 3, à Head-of-Elk. Le 9 mars, il écrivit à Washington qu’il était à l’embouchure de la rivière d’Elk sur le Dauphin , et que sa flottille allait continuer sa route vers Annapolis. Il la devança, monté sur une petite barque, et arriva bientôt dans cette ville, où il trouva le baron de Steuben. De là, il se rendit à Williamsburg, mais, à sa grande surprise, il n’y rencontra pas la flotte française à laquelle il devait se réunir (2). Celle-ci avait eu, le 16 mars 1781, un engagement malheureux avec l’amiral anglais Arbuthnot et avait dû rentrer à Newport. Cet insuccès força La Fayette, qui déjà bloquait le traître Arnold dans Portsmouth, à battre en retraite, le 24 mars, et à revenir à Head-of-Elk. Il se détourna de sa route pour visiter à Fredericksburg la mère de Washington et voir Mount Vernon, demeure du général (3). Le 5 avril, Washington exprima au marquis son regret du résultat infructueux de l’expédition, mais approuva la conduite du général. Le 6, il lui donna l’ordre de se remettre en marche pour rejoindre l'armée du sud et le général Greene. La Fayette se trouvait à Elk quand il reçut les instructions de Washington. Le
;i) Cf., pour l'expédition dans la baie de Chesapeake, Tower, II, 244. (2) Cf. lettre de La Fayette à Washington, en date de Williamsburg, 2; mars 1781.
(j) Cf. lettre de La Fayette à Washington, en date d'Elk, j avril 1781:
72 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [ ï 78 1 j
8 avril 1781, il écrivit à celui-ci qu’il allait faire tous les préparatifs pour marcher sur la Virginie. « Sûrement, disait-il, j’aurais mieux aimé être en situation de participer à l’attaque de New-York, et je n’aimerais pas à vous voir dans cette opération privé de l’assistance de l’infanterie légère de la Nouvelle-Angleterre. » Cette attaque de New-York était sa constante préoccupation, mais il fallait se résigner. Washington envoya, le 1 1 avril, au marquis, des instructions plus détaillées et le général Greene le pressa de marcher sur la capitale de la Virginie, Richmond. La Fayette se mit en route. A son arrivée à Baltimore, son détachement était dans le plus grand dénuement. La désertion sévissait parmi ses hommes qu’effrayait une campagne dans le Sud. Le marquis tint tête à ces graves difficultés. Il se fit prêter, par les négociants de cette ville, 2,000 livres sterling, qui lui servirent à acheter les vêtements indispensables ; il profita d’un bal, que les dames de la ville donnèrent en son honneur, pour obtenir qu’elles confectionneraient des chemises pour les soldats. Puis, faisant appel au dévouement et à l'honneur des troupes, il arrêta la désertion. Son effectif s’augmenta d’un escadron de dragons volontaires fourni par les jeunes gens de Baltimore. C’est ce qu’il annonça, le 18 avril, à Washington. Le lendemain 19, il continua sa marche, et, pour la rendre plus rapide, il laissa ses tentes et son artillerie sous bonne garde, avec ordre de suivre aussi vite que possible. Grâce à cette mesure (1),
(1) Le 4 mai 1781, La Fayette écrivait : « La ville était perdue si j’avais attendu mon artillerie, quoique l’idée de la laisser en arrière ait pu paraître un singulier caprice. Ce n’est pas sans peine que j’ai fait cette marche rapide. Le général Phillips a témoigné à un parlementaire combien’elle l’avait étonné, et, le 30, lorsqu’au moment de donner le signal de l’attaque, il reconnut notre position, quelqu’un, qui était avec lui, dit qu’il eut un violent accès de colère et qu’il jura de se venger de moi et du corps que j’avais amené. »