‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 27 sur 284 · DÉBUT DE LA CAMPAGNE DE VIRGINIE · texte numérisé non relu

DÉBUT DE LA CAMPAGNE DE VIRGINIE

il atteignit Alexandria le 20, s’y reposa un jour, passa à Fredericksburg le 25 et put arriver à Richmond, le soir du 29 avril, avant le général anglais Phillips. Celui-ci, campé à Osborn’s, prenait ses dispositions pour enlever cette ville, qu’il croyait surprendre, mais, le 30, apercevant les troupes de La Fayette, il rentra dans son cantonnement, non sans un accès de colère contre son diligent adversaire.

Ainsi s’ouvrait la campagne de Virginie, restée fameuse dans les annales de l'histoire militaire des États-Unis (1). La Fayette, à peine arrivé à Richmond, y reçut des lettres (2), où le général Phillips réclamait d’un ton hautain contre de prétendus manquements des troupes américaines aux règles prescrites par l’humanité et les lois de la guerre. Il menaçait de représailles et exprimait l’espoir que La Fayette, dont il avait entendu citer les principes libéraux, ne laisserait pas se réaliser en actes « l'esprit de barbarie qui semble dominer dans les conseils du gouvernement civil de cette colonie ». Le marquis répondit poliment, mais avec fermeté :

Le style de vos lettres, Monsieur, m’oblige de vous dire que si c-elles qui suivront manquaient à la considération due aux autorités civiles et militaires des Etats-Unis, ce qui ne pourrait être interprété que comme un manque de respect envers la nation américaine, je ne croirais pas convenable à la dignité d’un officier américain de continuer la correspondance.

Cependant, le général Phillips s’était replié sur Petersburg; la maladie le saisit et il mourut le 13 mai. Coïncidence bizarre, c’était lui qui commandait à Minden la

(1) Cf. B. -F. Stevens, Campaign of Virginia, 1781 ; London, 1885, in-8.

(2) En date des 29 et ;o avril 1781.

batterie dont un boulet avait tué le père du marquis. Le général Arnold lui succéda dans le commandement en chef de l’armée de Virginie. La Fajœtte, qui était alors au camp de Wilton, sur la rivière James-River, refusa d’entrer en communication avec le traître. Il en avertit Washington le 17 mai(i). Le lendemain, il fit une reconnaissance sur Petersburg, et, le 20, il entra dans Richmond. A ce moment, l’arrivée inopinée du général anglais lord Cornwallis, accouru de la Caroline du Nord, et sa jonction avec Arnold changèrent la face des choses. La Fayette avait maintenant à lutter contre des forces supérieures et devait agir avec prudence pour ne pas perdre la partie. Il écrivit de Richmond à Washington le 24 mai :

Si je livre bataille, je serai mis en pièces, la milice sera dispersée, les armes perdues; si je refuse le combat, le pays se croira abandonné. Je me décide donc à une guerre d’escarmouches, sans m’engager trop avant et, surtout, en me gardant de cette excellente et nombreuse cavalerie que les miliciens redoutent comme si c’étaient autant de bêtes sauvages.

La Fayette ajoutait : « Je ne suis pas même assez fort pour me faire battre. » Aussi abandonna-t-il à l’ennemi Richmond le 27 mai, passa, le 28, à Flanover County et arriva, le 2 juin, à Mattapony Church (2). Cornwallis s’était flatté de venir à bout de son faible adversaire et il écrivait, dans une lettre qui fut interceptée : The boy can not cscape me (l’enfant ne peut m’échapper). Non seulement l’enfant lui échappa, mais il sut, par seshabiles manœuvres, ajouter une belle page au livre d’or des retraites victorieuses. Le 10 juin, il fit sa jonction avec un détache-

(1) Le même jour La Fayette écrivit au baron de Steuben. (Cf. Tower, II, 5x2.) Le ji mai 1781, Washington le félicita d’avoir refusé d’entrer en correspondance avec Arnold. (Cf. Jared Sparks, t. VIII, p. 60.)

(2) Cf. Tower, II, 320.

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