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NÉGOCIATIONS AVEC L’ANGLETERRE

de Vergennes les singuliers agissements de l’Espagne à l’égard des États-Unis. « Je vois, monsieur le comte, disait-il, que les droits de la France à la gloire de cette révolution et à la reconnaissance des Américains ne pourront être justement partagés par aucune puissance de l’Europe. » Le 30, il se trouvait à Antony, chez le marquis de Castries, alors ministre de la marine, qui se reposait pendant la semaine sainte des soucis de son administration. C’est de là qu’il écrivit à Washington :

Indépendamment de ma situation à la cour et dans la société, les marques d’affection que je reçois chaque jour du peuple en général me rendent aussi heureux que possible. Toute l’influence que je puis avoir me sera vraiment précieuse toutes les fois qu’elle sera employée au service de notre cause chérie. Je suis parfaitement satisfait des dispositions du gouvernement. Les deux nations seront pour toujours attachées l’une à l’autre, et l’envie et la perfidie britanniques, dont toutes deux sont l’objet, ne peuvent que cimenter entre elles une amitié et une alliance éternelles.

Le 12 avril 1782, La Fayette recommanda chaudement à Washington son intime ami, le comte de Ségur, « un des hommes les plus aimables, les plus spirituels et les meilleurs que j’aie jamais vus », et qui abandonnait l’espoir d’un régiment pour aller servir en Amérique.

Cependant des négociations avaient été entamées entre l’Angleterre, d’une part, et la France et les États- Unis, de l’autre. L’envoyé britannique, Thomas Grenville, agissait avec lenteur. Le 2 juin 1782, La Fayette alla dîner avec Franklin et tous deux se communiquèrent

votre portrait, celui de Madame de La Fayette et de vos enfants. Ce présent est pour moi sans prix; je vais lui donner la meilleure place dans ma maison. »

leurs inquiétudes à ce sujet. Le marquis attendait, pour se rendre en Amérique, de savoir sJil y aurait ou non un traité (1). Son impatience devint telle qu’interpellé par Grenville sur son prochain départ, il lui répliqua vertement qu’il voyait bien que l’espérance de paix n’était qu’un jeu. Grenville protesta de la sincérité des intentions de l’Angleterre (2), et les pourparlers continuèrent avec le comte de Vergennes (3). Franklin insistait pour obtenir de l’envoyé du roi Georges des déclarations précises sur les intentions de son gouvernement, mais, atteint de l’influenza, qui régnait alors en Europe, il dut charger La Fayette de le remplacer à Versailles. Le marquis vit le ministre, le 20 juin 1782, et rendit compte par écrit à Franklin de sa mission (4), puis il alla le visiter dans la soirée, sans pouvoir lui apprendre rien de nouveau (5). Le 23 juin, de Saint-Germain, il ren-

(1) Franklin dit, dans son Journal des négociations de paix entre la Grande- Bretagne et les Etats-Unis d'Amérique ( Correspondance , t. II, p. 242) : <1 Dimanche 2 juin. Le marquis de La Fayette est venu ine voir et a dîné avec moi. Il est inquiet de ces retards; il ne peut partir pour l’Amérique jusqu’à ce qu’il sache avec quelque certitude s’il y aura ou non un traité. »

(2) On lit dans le Journal de Franklin ( Correspondance , t. II, p. 257) : te Lundi 10 juin. Le marquis de La Fayette ne 'vint chez moi qu'entre onze heures et midi. Il amena avec lui le major Ross. Après déjeuner, comme le major venait de passer dans une autre pièce, il me dit qu’il avait vu depuis peu M. Grenville, qui lui avait demandé quand il comptait partir pour l’Amérique, et qu’il avait répondu : « Je suis resté ici plus longtemps que je ne l’aurais fait, afin de voir si nous aurions la paix ou la guerre; mais comme je vois que cette espérance de paix n’est qu’un jeu et que vous ne faites que nous amuser, sans avoir aucune intention de traiter, je ne compte pas demeurer plus longtemps; je partirai sous peu de jours. » Sur quoi M. Grenville lui avait répondu que ce n’était point un jeu; qu’ils étaient sincères dans leur intention de traiter, et que le marquis en serait convaincu sous quatre ou cinq jours. »

($) Franklin, dans son Journal (Correspondance, t. Il, p. 261;), dit, à la date du 17 juin 1782 : « Le soir, le marquis de La Fayette est venu chez moi; il m’a dit qu’il avait vu le comte de Vergennes et que le ministre était content des pouvoirs de M. Grenville. Il me demanda ce que j’en pensais; je lui répétai ce que j’avais dit à M. Grenville au sujet de leur imperfection à notre égard. Il fut de mon avis. »

(4) Cf. Correspondance de Benjamin Franklin, t. II, p. 267.

(5) Franklin écrit à ce sujet dans son Journal : « Dans la soirée le mar-

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