MARIAGE ET ENTRÉE AU SERVICE
comte de Luzignem, maréchal de camp, et son cousin le marquis de Bouillé, brigadier des armées du roi, et l’épouse son grand-oncle paternel le lieutenant général duc de Mouchy, et son oncle paternel le comte de Tessé, maréchal de camp. Le comte de La Rivière, lieutenant général, intervint dans l’acte en qualité de tuteur (i ), et, le 30 avril, lui et le comte de Luzignem firent part du mariage de leur arrière petit fils et neveu (2). Mademoiselle d’Ayen apportait une dot de 200,000 livres.
La Fayette avait seize ans et demi et sa femme quatorze ans et cinq mois. Ils résidèrent dans l’hôtel de Noailles, rue Saint-Honoré, 451, près des Tuileries, car la duchesse d'Ayen n’avait pas voulu se séparer d’une fille si jeune et si inexpérimentée (3). Le marquis fut pourvu, le 19 mai 1774, sur les instances de son beaupère, d’une compagnie dans le régiment de dragons de Noailles, mais le roi accorda cette grâce, à condition que le titulaire ne prendrait le commandement qu’à l’âge de dix-huit ans (4). Peu après, le nouveau capitaine alla, au grand chagrin de sa femme (5), rejoindre à Metz son régiment. Il en revint au mois de septembre, loua une maison à Chaillot et s’y fit inoculer. Adrienne s’enferma avec son mari, et la duchesse d’Ayen vint donner à son gendre « tous les soins que sa vigilance et sa tendresse savaient multiplier (6) ».
Le marquis et la marquise de La Fayette allaient à la
(1) Cf. le texte de l’acte de mariage aux Pièces justificatives, n° VI.
(2) Cf. la lettre de faire part, à la Bibliothèque nationale, Fr. 2760 3, Pièces originales, 1119, pièce n° 72 (dossier La Fayette).
(3) La Fayette payait une pension alimentaire de 8,000 livres.
(4) Le duc d’Ayen avait demandé cette faveur au ministre de la guerre dès le 11 janvier 1774 et il avait insisté, le 27 avril suivant, en spécifiant que le capitaine ne commanderait sa compagnie que lorsqu’il aurait accompli sa dix-huitième année. (Cf. Arch. adm. de la guerre.)
(?) Cf. Madame de Lasteyrie, Vie de Madame de La Fayette, p. 195.
(6) Cf. Madame de La Fayette, Vie de la duchesse d’Ayen, p. 39.
Cour et assistaient, chaque semaine, au bal delà reine. Ils faisaient partie d’une société de jeunes gens qui s’était formée pour danser des ballets et se divertir. On soupait joyeusement à Versailles ou à Paris, dans l’auberge A l'Épée de bois , près des Porcherons, avec les Noailles, les Ségur, les Coigny, les Dillon, les Guéméné, les Durfort. Mais La Fayette, grand garçon aux cheveux roux, ne semble pas s’être trouvé à l’aise dans ce milieu. Il dansait mal, et la reine se moquait de sa gaucherie. Il ne savait pas boire comme son beau-frère le vicomte de Noailles, qui tenait tête aux Anglais. Un jour cependant, si nous en croyons le comte de La Marck(i), il absorba tant de vin de Champagne, qu’on dut le porter dans sa voiture. Pendant qu’on le ramenait chez lui, il ne cessait de répéter : « N’oubliez pas de dire à Noailles comme j’ai bien bu ! »
A l’été de 1775, La Fayette s’arracha à cette vie oisive pour aller retrouver son régiment à Metz et apprendre son métier. C’est à ce moment que la nouvelle de la révolte des Américains contre les Anglais se répandit en France. Le 8 août de cette année (2), le comte de Broglie donna, à Metz, un dîner en l’honneur du duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre, qui faisait un voyage dans notre pays. La Fayette y assista et entendit parler des Insurgents. Il s’enthousiasma aussitôt pour les opprimés et résolut d’aller soutenir leurs justes revendications. La grossesse de sa femme le ramena à Paris; le 15 décembre 1775, il lui naquit une fille, qui reçut les prénoms de Adrienne-Henriette-Catherine-Charlotte (4). Cet heureux
(1) Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck,l . I, 67.
(2) Et non en 1776, comme La Fayette le dit dans ses Mémoires.
(3) Charles-François, commandant intérimaire des Trois- Evêchés.
(4) Elle mourut à Paris deux ans plus tard, le 3 octobre 1777.