‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 5 sur 284 · PROJETS DE DÉPART · texte numérisé non relu

PROJETS DE DÉPART

événement ne le détourna pas de ses projets : pour assurer la liberté de ses mouvements, La Fayette se fit réformer le ix juin 1776 (1). Dès que la déclaration d’indépendance des Etats-LTnis (4 juillet 1776) fut connue, il entra en relations avec les députés des Etats, Silas Deane et Arthur Lee. Il se concilia les encouragements du comte de Broglie, qui le mit en rapport avec un de ses officiers, le lieutenant-colonel baron de Kalb (2). Le jeune marquis embaucha son beau-frère le vicomte de Noailles et son ami le comte de Ségur, et, le 6 novembre 1776, le baron de Kalb les proposa tous trois à Silas Deane pour des grades importants dans l’armée américaine (3). Celui - ci leur fit signer un engagement le 7 décembre; mais les projets de ces jeunes gens ayant été éventés, les familles intervinrent; le vicomte de Noailles et le comte de Ségur durent retirer leur engagement, et il fallut reconstituer l’état-major. En février 1777, un nouvel accord fut signé entre La Fayette et le baron de Kalb, d’une part, et Silas Deane, de l'autre, mais l’acte porta la même date que le premier, 7 décembre 1776 (4). Silas Deane garantissait aux officiers français un grade dans

(1) Aucun biographe, à ma connaissance, n'a dit que La Fayette avait été réformé, quoique ce fait, consigné dans ses états de service, explique comment il put, sans déserter, olfrir son épée aux Américains.

(2) Johann, baron de Kalb, né à Hüttendorf le 29 juin 1721, entré au régiment de Lowendal en 174?, major en 1756, lieutenant-colonel en mai 1761, remplissait le rôle de recruteur pour l’armée américaine. 11 obtint du roi, le 4 novembre 1776, un congé de deux ans. Il partit avec La Fayette, comme major général, et reçut, en Amérique, le commandement d'une division; il fut mortellement blessé à la bataille de Camdcn, dans la Caroline du Sud, le 19 août 1780. La Fayette n’oublia pas son ancien compagnon d'armes et, dans une lettre adressée, le 11 floréal an IX (50 avril 1800), à la fille du baron, il rendit pleinement témoignage à la bravoure et aux talents de ce héros de la guerre de l'indépendance. — La vie du baron de Kalb a été écrite par Friedrich Kapp, sous ce titre : Leben des Amerikanischen gênerais Johann Kalb ; Stuttgardt, 1862, in-8. (Bibl. nat., Pz 401.)

(j) Une première liste d'officiers avait été convenue, le iCI décembre 1776, entre Silas Deane et le baron de Kalb. (Cf. Friedrich Kapp, p. 281.)

(4) Cf. Pièces justificatives , n° VII.

l’armée américaine, et notamment celui de major général à La Fayette et au baron de Ivalb, et ceux-ci s’engageaient, en leur nom et en celui de leurs camarades, à partir dans le plus bref délai. Le marquis contracta un engagement spécial, qu’il ratifia dans les termes suivants (1) :

Sous les conditions exprimées ci-dessas, j’offre et promets de partir quand et comment M. Deane le jugera convenable, pour servir les États-Unis avec tout le zèle possible, sans aucune pension ou indemnité particulière, me réservant la liberté de revenir en Europe quand ma famille et mon roi me rappelleront.

Fait à Paris, ce 7 décembre 1 776.

Le marquis de La Fayette.

La Fa3^ette, libre et riche (2), voulait servir à ses frais, mais il se réservait le droit de revenir en France, quand le roi le rappellerait. En même temps qu’il signait cet engagement, il envoyait à Bordeaux un ancien secrétaire du comte de Broglie, Du Boismartin, acheter et équiper un vaisseau (3). Puis, pour endormir les soupçons des siens et faire croire à sa soumission, il alla passer trois semaines à Londres, avec son cousin le prince de Poix, auprès de son oncle le marquis de Noailles, ambassadeur de France. Il fut présenté au roi d’Angleterre George III et n’en vit pas moins l’Américain Bancroft. Il ne craignit pas d’afficher ses sympathies pour les Insurgents et de se réjouir de leur succès à Trenton. Mais sa loyauté lui fit refuser de visiter les ports de mer et d’assister aux embarquements contre les rebelles, et reje-

(1) Cf. C. Tower, The marquis de La Fayette in thc American Révolution; Philadelphie, 1895, 2 vol. in-8 (Bibl. nat., Ln27 4 j 5 ^ 5 ), t. I, p. 35.

(2) Il avait 146,000 livres de revenus. — Cf. Pièces justificatives , n° VIII.

(3) Les armateurs de Bordeaux, Raimbaux et Ci0, s’engagèrent à livrer le navire au mois de mars moyennant la somme de 112,000 francs, payable un quart comptant et les trois autres quarts dans les quinze mois suivants. (Cf. H. Doniol, t. II, p. 378.)

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