VISITE A L’EMPEREUR JOSEPH II
plus tard, que la prédiction de Frédéric II s’accomplît.
Le 25 août, les manœuvres étant terminées (1), La Fayette se rendit de Silésie à Vienne avec le colonel de Gouvion. Il ne resta que peu de jours dans cette capitale. Le 4 septembre 1785, il fut présenté à l'empereur Joseph II par son oncle le marquis de Noailles, ambassadeur de France, qui lui avait pardonné son équipée de 1777. Le monarque le reçut avec distinction et eut avec lui une assez longue conférence, où 011 parla beaucoup de l’Amérique, peu de la France et pas du tout de la Prusse (2). Le lendemain, 5, le marquis de Noailles écrivit au comte de Vergennes :
J’ai été hier à la Cour, Monsieur le Comte, pour présenter à l’Empereur le marquis de La Fayette et M. de Gouvion, officier français, qui est venu avec lui de Breslau. L’Empereur a questionné très longtemps M. de La Fayette sur ses campagnes en Amérique. La conversation ne s’est pas autant étendue sur les camps qui viennent d’avoir lieu en Silésie. L’Empereur n’en a point du tout parlé. M. de La Fayette
(1) Frédéric II était parti pour la Silésie, le 16 août 1785; il revint, le jo, à Potsdam. — Une correspondance, datée de Berlin, 26 août, et insérée dans le Courrier de l'Europe, t. XVII, n° du 20 septembre 1785, p. 185, dit que la grande revue s’est terminée à la grande satisfaction de tous les spectateurs.
(2) Cf. lettre de La Fayette, en date de Rheinsberg, 29 septembre 1786, dans le Bulletin d’autographes de la maison Jacques et Etienne Charavay, de décembre 1888, sous le numéro 328, >2. — Dans une lettre adressée à John Jay, de Paris, le 11 février 1786, La Fayette donna les détails suivants: « Mon séjour à Vienne a été court; mais j’ai eu avec l'empereur une très longue conférence, dans laquelle nous avons beaucoup parlé du commerce américain, et je l’ai trouvé imbu des préjugés britanniques. Le jour suivant, le prince de Kaunitz entama avec moi le même sujet et témoigna son étonnement de ce que les Etats-Unis ne faisaient pas d’avances à l’empereur. Je répondis que des avances avaient été faites dans le temps, et plus qu’il n’était nécessaire, de la part de l’Amérique; que l’Autriche avait autant d’intérêt qu’elle à chercher ces alliances ; mais que mon attachement pour Sa Majesté impériale me faisait souhaiter qu’il s’adressât pour cet objet aux ministres du Congrès actuellement à Paris et à Londres, par l’intermédiaire de ses propres ambassadeurs. J'ajoutai que la meilleure mesure à prôndre immédiatement serait d’ouvrir les ports italiens au produit des pèches américaines. »
n’est que pour très peu de jours ici. Il est obligé de retourner au dernier camp de Potsdam, qui est pour le 20 de ce mois. Il n’est pas donné à tout le monde de combiner les choses les plus opposées avec autant de sagesse que M. de La Fayette. Il est venu de Berlin et il y retournera en partant d’ici, sans qu’on lui en sache précisément mauvais gré. Nous sommes convenus ensemble qu’il dirait à M. le prince de Kaunitz qu’il n’a fait que se montrer à Vienne pour demander la permission d’y venir l’année prochaine pendant tout le temps que dureront les camps (1).
La Fayette vit aussi le prince de Kaunitz, chancelier de l’Empire, les feld-maréchaux Haddik et Lascy, le comte de Clerfayt et le général Laudon, dont l’honnêteté et la modestie lui plurent beaucoup. Il conversa avec les ambassadeurs de Hollande (2). Il assista à des exercices de régiments d’infanterie et de cavalerie, et il écrivit à ce sujet à un général prussien :
Il m’a semblé qu’ils étaient fort instruits, mais moins simples que vous dans leurs mouvements. Je ne vois encore qu’en Prusse ces formations lestes, où l’on marche en avant sans perdre du temps à s’aligner au cordeau. Le régiment d’artillerie de Prague, commandé par un excellent officier, m’a paru mieux instruit que je ne m’v attendais (3).
La Fayette visita ensuite Prague et Dresde et il arriva à Berlin le 18 septembre (4). Il n’y resta que deux heures
(1) Archives des affaires étrangères, Vienne, t. CCCL, fol. 152.
(2) On lit dans la lettre de La Fayette, du 29 septembre 1786 : « Comme Français et républicain, j’ai beaucoup vu les ambassadeurs de Hollande, que j'aurais beaucoup mieux aimé n’y pas voir. »
($) Cf. lettre de La Fayette, en date du 29 septembre 1786.
(4) Falciola, remplaçant le comte d’Esterno, qui s’était blessé à la main droite, écrivit de Berlin, le 18 septembre 1785, à Vergennes : « M. le marquis de La Fayette est arrivé aujourd’hui de Vienne en parfaite santé. 11 est parti deux heures après son arrivée pour se rendre à Potsdam, où les manœuvres commencent le 21. » (Arch. des affaires étrangères, Prusse, t. CCIV, fol. J95.)