‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 52 sur 284 · SON BUSTE PLACÉ A L’HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

SON BUSTE PLACÉ A L’HOTEL DE VILLE

poir de faire ériger son domaine en duché (1). Quoi qu’il en soit, le 13 août 1786, monté sur un cheval blanc, il alla, de Chavaniac, où une escorte d’honneur l’était venu chercher, à Langeac, et il prit possession avec solennité de cette belle seigneurie. Le syndic de la ville lui présenta les clefs de la ville et le vin; une grand’messe fut célébrée dans l’église Saint-Gai, et on chanta le Te Deum. Le nouveau seigneur visita les établissements publics, au milieu des habitants enthousiasmés, et la fête se termina par un banquet et par des réjouissances publiques (2).

La Fayette rentra à Paris pour assister à une manifestation encore plus flatteuse pour son amour-propre. Les Etats de Virginie avaient fait exécuter par le sculpteur Houdon le buste du marquis, pour le placer dans leur capitale. Ils en offrirent un exemplaire à la ville de Paris. Le 27 septembre 1786, Jefferson, ministre plénipotentiaire des États-Unis, écrivit aux prévôt des marchands et échevins :

Les Etats de Virginie, en reconnaissance des services du major général le marquis de La Fayette, ont résolu de placer son buste dans leur capitale. Leur intention d’ériger un monument à ses vertus et aux sentiments qu’ils lui ont voués, dans le pays auquel ils sont redevables de sa naissance, leur a fait

(T) Son compatriote le comte d’Espinchal racontait à ce sujet : « La Fayette, naturellement très ambitieux, ne dédaignait point alors les grâces de la Cour. 11 se flatta d'être fait duc et, dans cette espérance, il fit l’acquisition de quelques terres aux environs de ses possessions en Auvergne, pour pouvoir asseoir un duché. » (Cf. Revue rétrospective, de Paul Cottin, 1894, P- 29?.)

(2) Un avocat auvergnat fit une relation en vers de cette prise de possession, sous le titre suivant : « La belle journée ou relation fidèle de la fête donnée à M. le marquis de La Fayette par les habitants de Langeac, le 15 août 1786, par J. -B. Belmont, avocat en Parlement, lieutenant civil, criminel et de police de la prévôté royale de Saint-IIpize, en Auvergne. » Cette relation a été publiée par M.Paul Le Blanc dans les Tablettes historiques du Velay, 1872, p. 505.

espérer que la ville de Paris consentirait à devenir la dépositaire de ce second témoignage de leur reconnaissance. Chargé par les États de l’exécution de la délibération qu’ils ont prise, j’ai l’honneur de solliciter MM. les prévôt des marchands et échevins d'accepter le buste de ce brave officier et de le placer dans un lieu qui puisse rappeler toujours cet hommage honorable et attester le dévouement des alliés de laFrance(i).

L’offre futagrééeet, le lendemain 28 septembre, Short, ancien membre du conseil des États de Virginie, remplaçant Jefferson malade, apporta à l’PIôtel de Ville le buste de La Fayette. Le prévôt des marchands, Le Peletier de Mortefontaine, le reçut; Ethis de Corny, avocat et procureur du roi, ancien commissaire des guerres à l’armée de Rochambeau et, comme tel, décoré de l’ordre de Cincinnatus, fit un discours, et le buste fut placé sur un socle, au bruit d’une musique militaire et aux acclamations des spectateurs. Cette manifestation excita la curiosité publique et les Parisiens coururent voir à l’Hôtel de Ville l'œuvre de Houdon (2).

La Fayette trouvait le temps de cultiver assidûment les relations mondaines. 11 allait dîner à Saint-Ouen, chez Necker, avec Mmes de Staël et de Lauzun. Il rendait visite au duc de Nivernois, et lui remettait un petit projet de réforme de la jurisprudence criminelle, rédigé par Condorcet. « C’est plutôt pour l’acquit de ma conscience, disait-il, que je fais cette démarche, que dans l’espoir de» rien obtenir (3). » Il écrivait à Barbé de Marbois, consul de France aux États-Unis, pour dissiper les préjugés des Européens contre l’Amérique (4). Il visitait des villes de

(1) Cf. Mémoires secrets, t. XXXIII, à la date du 7 octobre 1786, p. 76.

(2) Cf. Mémoires secrets, t. XXXIII, à la date du 6 octobre 1786, p. 76.

(3) Cf. un fragment de lettre de La Fayette, d’août 1786, dans les Mémoires.

(4) Le 10 septembre 1786, il écrivait à Barbé de Marbois, consul de

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