‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 54 sur 284 · HOSPITALITÉ DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

HOSPITALITÉ DE LA FAYETTE

soit, La Fayette faisait partie de l’assemblée, et c’était une nouvelle porte ouverte à son activité et à son ambition politique.

Le lendemain même de la convocation de l’assemblée des notables, le 28 décembre 1786, le marquis fut un des témoins du mariage de son ami le marquis de Condorcet avec Mlle de Grouchy (1). Sa maison était ouverte à tous, et on voit par une lettre d’un jeune officier de dixneuf ans, Xavier de Schonberg, écrite, le 14 janvier 1787, à sa mère, quelle hospitalité cordiale on y rencontrait (2) :

Nous avions été chez M. de La Fayette... Aujourd’hui, il m’a embrassé et reçu à merveille. C’est une maison de plus pour moi. Il me semblait être en Amérique plutôt qu’à Paris.

en attendre. Soufflé par les Noailles, il sera conseillé d’être du parti de la Cour et de ne pas se compromettre. On apprend, d’ailleurs, que c’est lui qui a sollicité fortement M. de Calonne de le mettre sur la liste des notables, qui lui a dit désirer cette faveur autant que le bâton de maréchal de France. Ce ministre lui répondit qu’il était bien jeune, qu’il n’avait fait preuve d'aucunes connaissances en administration, qu’il n'avait aucune dignité qui le rendît susceptible d’être appelé à cette assemblée, mais que, cependant, étant très recommandable par son personnel, il ne voyait aucun inconvénient de le proposer au roi; qu’il ne doutait pas que Sa Majesté ne l’agréât, mais qu'il le priait de faire attention que c’était un engagement qu’il contractait d’entrer dans toutes les vues du monarque pour le bien de ses sujets; et M. de La Fayette de promettre zèle et soumission.»

Le comte d’Espinchal reproduit la même version (Cf. Revue rétrospective de Paul Cottin, 1894, p. 294) :

« Voulant être de tout et désirant, à quelque prix que ce fût, jouer un rôle, quel ne fut pas son désespoir de ne pas se trouver sur la liste des notables convoqués en 1787! Il courut aussitôt chez le contrôleur général Calonne, qui, à cette époque, était tout-puissant, lui peignit sa- vive douleur, se regardant comme arrêté dans sa brillante carrière, même comme perdu, anéanti, s’il n’était pas un des notables. Le complaisant ministre se laissa toucher et promit d’en parler au roi, qui accorda la grâce que sollicitait La Fayette avec tant d’instance. Le nombre des notables étant rempli, Calonne fit supprimer le marquis de Noailles, qui avait déjà reçu sa lettre d’avis, et le marquis de La Fayette fut mis à sa place. Son premier soin dans l'assemblée des notables fut de dénoncer son bienfaiteur et de se montrer l’un des plus ardents persécuteurs de Calonne, qui finit par être culbuté. »

(1) Cf. A. Guillois, La marquise de Condorcet, p. 68.

(2) Cette lettre, empruntée aux archives départementales de Seine-et- Oise, E J151, a été communiquée par M. Pierre de Nolhacà M. Bardoux, qui l’a publiée dans La jeunesse de La Fayette, p. 19J.

Il y avait chez lui quantité d’Anglais et d’Américains, car il parle l’anglais comme le français. Il a un sauvage de l’Amérique habillé suivant son costume, au lieu d’avoir un coureur. Ce sauvage ne l'appelle que mon père, faillir. Tout respire la simplicité chez lui. Marmontel et l’abbé Morellet y dînaient. Jusqu’à ses petites filles parlent l’anglais, comme le français, quoiqu’elles soient toutes petites. Elles jouaient en anglais et riaient avec les Américains, et cela aurait fait des sujets charmants d’estampes anglaises. J’admirais la simplicité d’un jeune homme aussi distingué, tandis qu’il y a tant de gens qui n’ont rien fait, qui sont aussi avantageux que celui-là l’est peu.

Le 13 janvier 1787, La Fayette informa Washington de ses nouvelles fonctions, qui l’obligeaient d’abandonner son projet de voyage en Crimée. Il exprimait ses espérances dans les termes suivants :

Vous comprenez aisément qu'il y a, au fond de tout cela, le désir d’avoir de l’argent, de façon ou d’autre, pour rétablir la balance entre les recettes et les dépenses que les profusions ont rendues énormes. Mais, pour arriver à ce but, il n’était pas de voie plus patriotique, plus franche, plus noble. Le roi et son ministre, M. de Calonne, méritent qu’on leur en sache gré, et j’espère qu’un tribut de gratitude et de bonne volonté récompensera cette mesure populaire. Mon vœu ardent et ma chère espérance est de voir cette réunion amener des assemblées populaires dans les provinces, la destruction de beaucoup d’entraves commerciales, et un changement dans le sort des protestants, toutes choses auxquelles, je vais, avec mes amis, travailler de tout mon cœur et dévouer mes faibles efforts.

A ce moment, Thomas Jefferson portait sur La Fayette le jugement suivant dans une lettre adressée de Paris, le 30 janvier 1787 , à James Madison :

Le marquis de La Fayette est un très précieux auxiliaire pour moi. Son zèle est sans bornes et son influence près du

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