‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 69 sur 284 · COMMANDANT DE LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

COMMANDANT DE LA GARDE NATIONALE

tion fût ratifiée par délibération séparée des districts de Paris (1).

Le 20, La Fayette rendit compte, par lettre, à l’Assemblée nationale des mesures prises par lui pour assurer la tranquillité de la capitale, et il avertit l’assemblée des électeurs que rien n’étant à craindre désormais pour la garde et la sûreté des spectacles, on pourrait rouvrir les théâtres dès le lendemain (2). Le même jour, Gouverneur Morris alla dîner chez le marquis, et, après avoir demandé un laissez-passer pour visiter la Bastille, eut avec lui un entretien, qu’il a résumé en ces termes :

Je lui demande s’il n’y a pas quelques démarches à faire pour engager le roi à lui conférer le gouvernement de l’Ilede-France; il me répond qu’il préférerait celui de Paris simplement, qu’il a autant de pouvoir que son cœur peut le désirer, qu’il en est même las; qu’il a commandé à cent mille hommes, et qu’il a fait marcher son souverain par les rues comme il le voulait; qu’il a prescrit le degré d’applaudissements que le roi devait recevoir, et qu’il aurait pu le retenir prisonnier, s’il l’avait jugé convenable. Son désir est donc de rentrer dans la vie privée aussitôt qu’il le pourra (3).

La Fayette était saturé de pouvoir et harassé de fatigue physique et morale (4). Le 2 1 juillet, il fit transportera l’Hô-

(1) Les districts ratifièrent, du 19 au 21 juillet, la nomination de La Fayette. (Cf. dans le catalogue révolutionnaire Jacques Charavay, sous le n° 16, l’arrêté du district des Filles Saint-Thomas, et dans le Répertoire de Tuetey, t. II, n° 847, la délibération du district de l'Oratoire, en date du 19 juillet 1789.)

(2) Cf. Procès-verbal de l'assemblée des électeurs, en date du 20 juillet 1789.

(?) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. I , p. 264. — Gouverneur Morris

raconta les mêmes faits à Washington dans une lettre du 51 juillet 1789 (t. II, p. 25).

(4) Ses compatriotes ne l’oubliaient pas : la ville de Brioude félicita l’assemblée des électeurs parisiens et décida « qu’il sera, le dimanche, allumé un feu de joie sur la place au-devant de l’hôtel de M. de La Fayette et que la milice bourgeoise se rendra sous son drapeau, comme il sera incessamment vers la comtesse de Chavaniac, tante de M. de La Fayette, pour lui offrir, au nom des habitants de cette ville, le tribut de gratitude,

telles archives de la Bastille. Le 22, il se dépensa en vains efforts pour empêcher le massacre du conseiller d’État Foullon et de son gendre l’intendant Bertier de Sauvigny, qui incarnaient aux yeux du peuple l’agiotag-e et la famine. Lorsque Foullon, amené à l’Hôtel de Ville, attendait, anxieux, qu’on statuât sur son sort, La Fayette accourut et essaya, pendant une demi-heure, d’apaiser la multitude. Il demanda que cet homme fût conduit en prison, et résuma son opinion en ces termes : « Je veux que la loi soit respectée, la loi, sans le secours de laquelle je n'aurais point contribué à la révolution du Nouveau- Monde, et sans laquelle je ne contribuerais pas à la révolution qui se prépare (1). » Mais, pendant qu’on le menait en prison, Foullon fut arraché à ses gardiens et pendu à la lanterne placée en face de l’Hôtel de Ville. Quelques heures plus tard, Bertier de Sauvigny subit le même sort.

La Fayette, qui voulait accomplir les réformes sans convulsion, s’émut de ces exécutions populaires et de son impuissance à les empêcher. Il avait assumé la responsabilité de l’ordre dans la ville, et l’ordre avait été troublé. Il comprenait qu’il était plus facile de faire une révolution que de la diriger, de déchaîner les passions que de les apaiser. Découragé, il envoya sa démission au maire de Paris, le 23 juillet. Il disait :

Le peuple n’a pas écouté mes avis, et, le jour où il manque à la confiance qu’il m’avait promise, je dois, comme je l’ai dit d’avance, quitter un poste où je ne peux plus être utile (2).

d'intérêt et de vénération que tous les habitants de cette ville désirent acquitter à M. le marquis de La Fayette, qui daigne honorer cette ville de son affection particulière et la regarder comme son berceau. » (Cf. Procesverbal de l'assemblée des électeurs de Paris , t. III.)

(1) Cf. Procès-verbal de l’assemblée des électeurs, en date du 22 juillet 1789.

(2) Cf. Procès-verbal de l’assemblée des électeurs, en date du 2; juillet 1789, et Mémoires de Bailly , t. II, p. 129.

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