CONFÉRENCES CHEZ JEFFERSON
dant, des mesures provisoires (1). Le dimanche 27 septembre 1 789, La Fayette et Bailly assistèrent, dans l’église Notre-Dame, à la bénédiction des drapeaux, de la garde nationale et furent très applaudis (2). Le soir, ils dînèrent chez l’archevêque de Paris (3).
Les occupations de La Fayette allant toujours croissant, il se faisait souvent suppléer par Gouvion auprès de l'assemblée des représentants. Ses devoirs de législateur le réclamaient. La discussion de la Constitution le forçait à avoir de fréquentes entrevues avec ses amis politiques. C’est chez le ministre des Etats-Unis, Thomas Jefferson, que La Fayette se rencontrait, en septembre 1789, avec les députés Du Port, Barnave, Alexandre Lameth, le marquis de Blacons, Mounier, La Tour-Maubourg et le comte d’Agoult. De quatre à dix heures du soir, on raisonnait, on parlait, on se disputait, et Jefferson assure qu’il entendit des discours dignes d’être mis en parallèle avec les plus beaux dialogues de l’antiquité (4).
(1) Cf. Mémoires de Bailly, t. II, p . 560 et suiv., et S. Lacroix, 1. 1, p. 559. — L'Assemblée nationale rendit, en effet, le 9 octobre, un décret provisoire.
(2 La Fayette et Bailly avaient, le 24 septembre, désigné l'abbé Fauchct pour faire le discours de la bénédiction des drapeaux. Ce discours fut publié sous ce titre : « Troisième discours sur la liberté française, prononcé le dimanche 27 septembre 1789, dans l’église Notre-Dame, pour la bénédiction générale de tous les drapeaux de la garde nationale parisienne, M. l’archevêque de Paris, officiant, en présence de M. Bailly, de M. de La Fayette, commandant général, de MM. les députés de Paris à l’Assemblée nationale, de MM. les représentants de la Commune et de MM. les députés de tous les districts de Paris, par M. l’abbé Fauchet, l’un des représentants de la Commune et l’un des membres du comité de police de l’Hôtel de Ville, prédicateur ordinaire du roi, vicaire général de Bourges, abbé commendataire de Montfort. » — Cf. S. Lacroix, t. 11, p. 89.
(3) Cf. Mémoires de Bailly, t. II, p. 393 à 395.
(4) Thomas Jefferson écrivit à ce sujet dans son Autobiography : « The discussions began at the hour of four, and vverc continued till ten o’clock in the evening; during which time, 1 was a silent witness to a coolness and candor of argument, unusual in the conllicts of political opinion, to a logical reasoning, and chaste éloquence, disfigured by no gaudy tinsel of rhetoric or déclamation, and truly worthy of being placed in parallel with the finest dialogues of antiquity, as handed to us by Xenophon, by Plato and Cicero. The resuit was, that the king should hâve a suspensive veto
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Le principal résultat de ces tournois oratoires fut d’accorder au roi le droit de veto.
Une sourde agitation se faisait jour dans le peuple, qui trouvait que les États généraux n’agissaient pas avec la célérité désirable. Dès le 17 septembre 1789, La Fayette, se trouvant chez Jefferson avec Gouverneur Morris, vers les quatre heures et demie du soir, disait qu’une partie des gardes nationaux avaient l’intention de se rendre le lendemain à Versailles pour presser les décisions de l’Assemblée. Gouverneur Morris lui ayant demandé si ses soldats lui obéiraient, le commandant lui répondit que ceux-ci ne voulaient pas monter la garde quand il pleuvait, mais qu’ils iraient volontiers au combat avec lui (1). Le mouvement fut conjuré, mais les menées contre-révolutionnaires et les provocations intéressées aidant, le lundi 5 octobre 1789, au matin, le tocsin appela le peuple aux armes et une foule d’hommes et de femmes, armés de piques, se porta sur l’Hôtel de Ville et l’envahit. On parvint à chasser les assaillants, qui se répandirent sur la place de Grève et sur les quais, en poussant le cri : A Versailles! La Fayette accourut et il essaya de calmer les citoyens et de leur interdire d’aller à Versailles; mais son éloquence et ses raisonnemement n’eurent cette fois aucun succès. Au lieu de mener, il suivit (2). C’est ainsi qu’il accompagna les manifestants, mais en ayant soin de se faire escorter de plusieurs bataillons. A Versailles, il prit ses dispositions pour dégager l’Assemblée nationale envahie et le roi et sa famille menacés. Il pé-
on the laws,that the législature should be composed of a single body only, and that to be chosen by the people. » (Cf. The writings of Thomas Jefferson ; 1853, 9 vol. in-8, t. I, p. 104.)
(1) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. 1, p. 266.
(2) C’est ce qu’un caricaturiste du temps exprima dans une vignette qui fait partie de ma collection révolutionnaire et qui est reproduite ici.