‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 74 sur 284 · JOURNÉES DES $ ET 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

JOURNÉES DES $ ET 6 OCTOBRE

nétra dans le château, avec deux commissaires delà commune. « Voilà Cromwell ! » s’écria un homme. « Monsieur, répondit La Fayette, Cromwell ne serait pas entré seul. »

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L’ordre fut rétabli (i), et La Fayette put aller prendre

(1) Le 5 octobre, La Fayette alla du château à l'hôtel des gardes du corps, menacé par la foule, dans la voiture du comte de La Marck. Celleci fut bientôt arrêtée par des gens armés de piques. Le général se mit alors à la portière, se fit reconnaître et dit : « Mes enfants, que voulezvous? » — « Nous voulons les têtes des gardes du corps. » — « Mais, pourquoi ?» — « Ils ont insulté la cocarde nationale ; ils ont marché dessus ; il faut les en punir. » — « Je vous le dis encore : restez tranquilles, fiezvous à moi ; tout va bien. » Sur ces paroles, et après une distribution de trois écus, les cris cessèrent et la voiture passa. (Cf. Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck , t. I, p. 1 17.)

quelque repos à l’hôtel de Noailles. Le 6 octobre, sur les six heures du matin, la populace força les grilles du château, mais la g'arde nationale la repoussa et occupa les appartements. Le général se rendit aussitôt auprès de la famille royale ; du haut du balcon, il harangua la foule et annonça que le roi allait partir pour Paris. Sur ses conseils, la reine se montra au balcon, et La Fayette lui baisa la main, aux vivats de la multitude. Il amena un garde du corps, lui donna sa cocarde et fit applaudir cette troupe, qu’on voulait égorger (1). Puis Louis XVI monta en voiture avec sa famille, et le commandant général fit route auprès de la portière jusqu’à l’Hôtel de Ville et ensuite aux Tuileries. Là, il reçut les remerciements du roi et des siens. « Je vous dois plus que la vie, dit Madame Adélaïde, je vous dois celle du roi, de mon pauvre neveu. » Mmo Elisabeth lui serra la main (2).

Dans ces journées des 5 et 6 octobre 178g, qui ont eu des narrateurs si divers d’opinions et de jugements (3),

(1) La Fayette sauva plusieurs gardes du corps. Ceux-là lui rendirent pleine justice. Dans une lettre écrite, le 16 février 1790, Bérard, brigadier de la compagnie de Noailles, déclara que lui et ses camarades étaient entourés par une foule furieuse, qui voulait les tuer, quand La Fayette intervint. « Dans cette cruelle incertitude, M. de La Fayette est heureusement arrivé. 11 nous a sauvés en disant au peuple qu’il avait donné sa parole sacrée au roi, qu’aucune insulte ne nous serait faite. Il appelle auprès de lui les troupes nationales et leur dit qu’il les chargeait du serment qu’il avait fait à Sa Majesté. Les soldats ont juré de s’y conformer et de veiller à notre sûreté. Ensuite, M. de La Fayette s’est adressé à nous en nous disant de prêter le serment à la nation et au roi, comme toutes les troupes, ce que nous avons fait. » (Cf. Lettres et récits des gardes du corps du roi sur les événements des 5 et 6 octobre 1789, ms. de 257 pages in-4, Archives nationales, C 222, nos 160, 157.) — Dans les dépositions faites au Châtelet sur ces fameuses journées, celles du marchand tapissier versaillais Grincourt et du comte de Saint-Aulaire, maréchal de camp, commandant l’escadron des gardes du corps, témoignent aussi en faveur de La Fayette. (Cf. Moniteur , t. II, p. 5J7 et 565.)

(2) La Fayette a écrit deux récits de ces journées; ils ont été publiés dans ses Mémoires.

(?) On ne saurait faire ici l’histoire critique de ces événements. Je me bornerai à citer deux témoignages contradictoires, dus à deux généraux. Mathieu Dumas, qui, comme colonel, préparait, à Versailles, le plan d'or-

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