LETTRE A WASHINGTON
Honoré, il se porta à la tête d’un autre sur la place Louis XV et enveloppa les mutins, qui furent arrêtés au nombre de 234, dépouillés de leurs habits et de leurs armes et conduits au dépôt de Saint-Denis. Cette rapide répression valut à La Fayette les félicitations de l’assemblée des représentants, qui fit imprimer, afficher et envoyer aux soixante districts et aux soixante bataillons de la garde nationale l’arrêté qu’elle prit à ce sujet (1).
Le 12 janvier, La Fayette écrivit à Washington:
Combien souvent, mon bien-aimé général, ai-je regretté vos sages conseils et votre amical appui! Nous avons avancé dans la carrière de la Révolution sans que le vaisseau de l’Etat se soit brisé contre les écueils de l’aristocratie et des factions. Au milieu des efforts sans cesse renaissants des partisans du passé et des ambitieux, nous marchons vers une conclusion tolérable. A présent que ce qui existait a été détruit, un nouvel édifice politique se construit ; sans être parfait, il est suffisant pour assurer la liberté. Ainsi préparée, la nation sera en état d’élire, dans deux ans, une Convention qui pourra corriger les défauts de la Constitution (2).
Le 21 janvier 1790, La Fayette reçut du maire l’ordre
(11 Cf. Sigismond Lacroix, t. III, p. 429 et 4J5. — Le citoyen Saunier publia à cette occasion la brochure suivante : « Les citoyens ou les sentiments de la nation à M. de La Fayette, ami du peuple, soldat citoyen et protecteur de la France, qui, par sa sagesse, sa bienveillance et son expérience militaire, a détruit l’attroupement des Champs-Elysées du mardi 12 janvier 1790 jusqu’à ce jour. » (Cf. Tourneux, t. I, n° 1662.)
2) Washington était tenu au courant des événements et de ce qui touchait son ami : le 17 janvier 1790, La Luzerne lui disait que La Fayette s’était trouvé à la tète de la révolution, mais que ses qualités de bon citoyen et de fidèle sujet l'avaient placé dans une situation des plus critiques. (Cf. Jared Sparks, t. X, p. 87, note.) — Le 22 janvier, Gouverneur Morris écrivait à Washington : « Notre ami La Fayette brûle du désir d'ètre à la tète d une armée en Flandre, afin de jeter le stathouder dans le fossé. Il joue un rôle brillant, mais dangereux; malheureusement, il s’est laissé aller à des actes qu au fond du cœur il n’approuve point, entre autres la Constitution, et au contraire il approuve de grand cœur beaucoup de choses dont l’expérience fera reconnaître le danger. » (Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. II, p. 54.)
de prêter main-forte pour l’exécution du décret rendu contre Marat et il assuma ainsi sur lui la haine de l’ami du peuple (i). Le 22, il présenta à l’assemblée des représentants une députation de la garde nationale de Clermont-Ferrand, qui affirma le contentement delà province d’Auvergne d’avoir donné naissance au commandant général. Fauchet ayant proposé d’inviter les municipalités à nommer La Fayette généralissime des gardes nationales du royaume, celui-ci combattit cette motion et en empêcha l’adoption (2). Le 24, il introduisit dans l’assemblée des représentants la députation des plumets-porteurs de charbon (3), qui venait prêter serment, et il reçut, ainsi que Bailly, de la part des assistants, des marques d’attachement et d’amitié (4). Le même jour, il fit reconnaître solennellement pour lieutenants dans le bataillon Saint- Honoré le frère et le neveu des frères Agasse, condamnés et pendus pour avoir fait de fausses lettres de change (5). Le 26, il fit hommage à l’assemblée des représentants, au nom des anciennes gardes françaises, des drapeaux de ce régiment, qui furent aussitôt portés à Notre-Dame (6).
Le 4 février 1790, La Fayette prêta le serment civique au sein de l’assemblée des représentants, puis il remit lui-même à Aubin Bonnemère le sabre que lui avait donné une demoiselle Monsigny, dont il avait sauvé la vie lors de la prise de la Bastille, et il embrassa ce brave
(1) Cf. lettre de Bailly à La Fayette, du 21 janvier 1790. ( B i b 1 . nat., ms. Fr. 11697, P- 28.) — La Fayette rendit compte de cette mission à l’assemblée des représentants le 22 janvier. (Cf. Sigismond Lacroix, t. III, p. 517.)
(2) Cf. Sigismond Lacroix, t. III, p. 513 à 517.
(}) Hommes de peine qui travaillaient sur les ports, places et halles de la ville, à porter sur la tête le charbon, les grains et la farine.
(4) Cf. Sigismond Lacroix, t. III, p. 561 à 563.
(5) Cf. Etienne Charavay , Assemblée électorale de Paris en 1790^.4043406, et Sigismond Lacroix, t. III, p. 566 et 567.
(6) Cf. Sigismond Lacroix, t. III, p. 575 et 576.