‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 86 sur 284 · PROCESSION DU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

PROCESSION DU SAINT-SACREMENT

confidentielle, indiquant les moyens d’affaiblir le pouvoir de La Fayette et de ruiner sa popularité (1). Aussi, malgré une entrevue chez La Rochefoucauld, le 3 juin (2), les pourparlers se traînèrent sans résultat.

Le jeudi 3 juin eut lieu la procession solennelle du Saint- Sacrement. Le roi, la reine et Monsieur y assistaient, et La Fayette et Bailly la suivirent, un cierge à la main, de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois au Louvre, pour la plus grande édification des fidèles (3). Le 5, le général envoya au roi la copie du décret relatif à la liste civile et lui manda qu’il lui soumettrait, le lendemain, ses réflexions à cet égard (4). Le 8, Bailly le chargea d’intervenir, à la barre de l’Assemblée nationale, en faveur des vainqueurs de la Bastille, et de demander pour eux une place distinguée à la fête de la Fédération (5). La question ne fut pas soulevée à la séance, mais La Fayette fit voter le décret suivant, qu’il avait proposé la veille :

L’Assemblée nationale décrète comme principe constitutionnel que personne ne pourra avoir le commandement des

(1) Cf. Première note du comte de Mirabeau pour la Cour, en date du Ier juin 1790 ( Correspondance , t. II, p. 25 à j 2.) — Mirabeau proposait d’opposer à La Fayette le marquis de Bouiilé, qui, «s’il voulait être populaire, le serait bientôt plus que lui ».

(2) Le 4 juin 1790, Mirabeau écrivait au comte de La Marck : «J'ai vu hier l’homme aux indécisions, mais chez le duc de La Rochefoucauld seulement; il me demanda que le rendez-vous du soir, arriéré par le comité, fût remis à ce soir et me fit entendre d’ailleurs ce qui devait s’y traiter. Je houspillai un peu lui et son comité, parce qu’il me paraît pourtant un peu étrange que ces honnêtes gens-là soient toujours et en tout contre moi. » (Cf. Correspondance, t. II, p. 54.)

($) Le Courrier de Paris dans les provinces et des provinces à Paris consacra, dans son numéro du 4 juin, ces lignes à La Fayette: « L’on n’a pas vu sans admiration le héros de l'Amérique s’honorer de paraître dans une pompe religieuse, et l’on souriait en voyant une main habituée à manier le glaive, tenir humblement un cierge bénit qu’il avait reçu de la main d’un lévite de la maison du Seigneur. »

(4) Cette lettre, extraite, comme toute la correspondance de La Fayette avec le roi, de l’armoire de fer, figure dans les Mémoires.

(5) Cf. lettre de Bailly à La Fayette aux Pièces justifeatives, n° xvii.

gardes nationales dans plus d’un département; elle se réserve à délibérer si ce commandement ne doit pas même être borné à chaque district (i).

Il répondait ainsi aux soupçons de dictature répandus par ses ennemis.

Le 9 juin 1790, La Fayette écrivit à la garde nationale de Strasbourg pour s’excuser de ne pouvoir aller prêter serment dans cette ville, et il la convia en ces termes à la fête de la Fédération :

Nous comptons alors recevoir, avec tous les sentiments de la plus tendre fraternité, nos compagnons d’armes de Strasbourg, et consacrer cette alliance, si redoutable aux ennemis de la Constitution, si rassurante pour les amis de la patrie, alliance dans laquelle vous devez tenir une place si distinguée (2).

Le 10 juin, La Fayette reçut la nouvelle de la mort de Benjamin Franklin, qui, selon l’expression de Mirabeau, était retourné au sein delà Divinité, le 17 avril, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Le 11, Mirabeau, sur la demande de La Fayette, annonça à l’Assemblée nationale la perte que l’humanité venait de faire; il rendit un hommage éloquent à ce puissant génie, à qui l’antiquité eût élevé des autels, et demanda que l’Assemblée portât pendant trois jours le deuil de Benjamin Franklin. La Fayette et La Rochefoucauld appuyèrent la proposition de Mirabeau et furent soutenus par tout le côté gauche de l’Assemblée ; le décret fut voté par acclamation (3). Le même jour, La Fayette en avertit le roi (4).

(1) Cf. Moniteur , t. IV, p. 571 et 578.

(2) Cette lettre fut publiée en français et en allemand sous ce titre : Copie de la lettre de M. de La Fayette à MM. de la garde nationale de la ville de Strasbourg du 9 juin 1790, in-4 de 2 pages. (Bibl. nat., Lb398 94i.)

(3) Cf. Moniteur , t. IV, p. 600.

(4) Cf. Mémoires de La Fayette.

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