ABOLITION DES TITRES DE NOBLESSE
Le dimanche 13 juin 1790, les membres du conseil de ville se réunirent à onze heures du matin chez La Fayette et se rendirent ensuite au Champ de Mars, où ils passèrent en revue les gardes nationales, qui défilèrent devant la municipalité, avec le commandant général à leur tête, « en lui rendant les honneurs dus au pouvoir civil » (1). Le même jour, les habitants du faubourg Saint-Marceau rédigèrent une adresse à La Fayette, qui était venu les visiter (2). Le 17, le général se rendit à l’église Notre-Dame, où les députés de la basoche vinrent déposer solennellement leurs drapeaux (3). Le soir, il assista, avec Bailly, Siéyès, Mirabeau, Talleyrand et Paoli, au dîner par lequel la Société de 1789 célébra, dans son local du Palais-Royal, l’anniversaire de la constitution de la Chambre des communes en Assemblée nationale. Il fut, ainsi que ses collègues, acclamé par le peuple assemblé sous les fenêtres (4). Le 19 juin, il s’associa à l’abolition des titres de noblesse (5), et, comme on proposait de ne donner le titre de monseigneur à personne, à l’exception des princes du sang, il dit :
Je demande à faire une observation sur cette exception. Dans un pays libre il n’y a que des citoyens et des officiers publics. Je sais qu’il faut une grande énergie à la magistrature
(1) Cf. P. Robiquet, Le personnel municipal de Paris pendant la Révolution , p. 289. — Bailly avait écrit, le 10 juin 1790, à La Fayette au sujet de cette revue. (Cf. Bibl. nat., ms. Fr. 11697, P- 6?-)
(2) Cf. Adresse des habitants du faubourg Saint-Marceau à M. de La Fayette le dimanche 15 juin 1790, dans le faubourg , impr. de j pages in-8, dans ma collection révolutionnaire.
(3) Cf. Recueil des procès-verbaux de l'assemblée générale des représentants de la commune de Paris, t. VII, p. 277 à 289.
(4) Cf. Moniteur, t. IV, p. 687 et 688.
(5) La Fayette s’exprima en ces termes : « Cette motion est tellement nécessaire que je ne crois pas qu’elle ait besoin d’être appuyée; mais, si elle en a besoin, j’annonce que je m'y joins de tout mon cœur. » (Cf. Moniteur, t. IV, p. 676.)
héréditaire du roi. Mais pourquoi vouloir donner le titre de prince à des hommes qui ne sont à mes yeux que des citoyens actifs, lorsqu’ils se trouvent avoir les conditions prescrites à cet égard?
Le même jour, 19 juin, La Fayette écrivit au roi de venir « en habit de revue » à la revue de la garde nationale qu’il devait passer le lendemain dimanche (1). Son attitude dans la discussion de l’abolition des titres de noblesse déplut à la Cour et Mirabeau appelait la séance du 19 « la démence d’hier au soir, dont La Fayette a été, ou bêtement, ou perfidement, mais entièrement complice (2). » Il ajoutait qu’il était urgent que la reine, d’accord avec le roi, pressât énergiquement La Fay^ette de le prendre pour collaborateur (3). La Fayette y était de moins en moins disposé, et, si nous en croyons Mirabeau lui-même, il disait à Frochot, dans une séance du comité La Rochefoucauld :
M. de Mirabeau se conduit trop mal avec moi; j’ai vaincu le roi d’Angleterre dans sa puissance, le roi de France dans son autorité, le peuple dans sa fureur; certainement je ne céderai pas à M. de Mirabeau (4).
Le roi avait présenté des observations à La Fayette sur le décret du 19, abolissant les titres de noblesse, et le général s’excusa, dans une lettre du 27 juin, de n’avoir pas demandé une « rédaction plus raisonnable », et pro-
(1) Cf. lettres de La Fayette à Louis XVI, des 11 et 19 juin 1790.
(2) Cf. Seconde note du comte de Mirabeau pour La Cour. ( Correspondance , t. Il, p. 38.)
(3) Mirabeau faisait, dans cette note, son propre éloge en disant : « M. de Mirabeau est le seul homme d’Etat de ce pays-ci. »
(4) Cf. lettre de Mirabeau au comte de La Marck, en date du 26 juin 1790 ( Correspondance , t. Il, p. 54). — M. A. Bardoux doute de la véracité de ce propos, au moins dans sa forme, et les termes sont, en effet, peu en harmonie avec la phraséologie ordinaire de La Fayette.