‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 99 sur 284 · ORGANISATION DE LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE LA GARDE NATIONALE

zèle ses fonctions de commandant général. Le 9 octobre 1 790, la municipalité définitive de Paris fut installée et le général vint, à la tête d’une députation de la garde nationale, la féliciter (1). Le 8 novembre, il fit connaître à la municipalité ses projets d’organisation de la garde nationale (2). Le 10, il lui lut une lettre du roi sur la réorganisation de sa garde et où le souverain exprimait son intention d’admettre dans ce corps les grenadiers soldés des gardes nationales de Paris et une partie des compagnies du centre (3). Le 15, il arrêta le pillage de l’hôtel de Castries (4); le 17, il réclama, à la barre de l’Assemblée nationale, la prompte organisation de la garde nationale; le 27, il alla présenter ses hommages à l’assemblée électorale du département de Paris (5).

Mirabeau ne cessait pas de ruiner La Fayette dans l’opinion de la Cour. Le 11 novembre 1790, il disait que toutes les manœuvres de La Fayette « étaient autant d’attaques à la reine, toutes les attaques à la reine autant d’échelons pour arriver jusqu’à frapper le roi, et que le salut individuel des deux époux était aussi inséparable

(1) Cf. P. Robiquet, Le personnel municipal sous la Révolution, p. 400.

(2) La Fayette avait fort à faire pour assurer la tranquillité de la ville de Paris. Bailly lui transmettait constamment des ordres à ce sujet. Par des lettres du 13 août et des 21 et 23 octobre 1790, il lui recommanda spécialement de faire disparaître des rues de la capitale tous les mendiants et de veiller à l'extinction de la mendicité. (Cf. A. Tuetey, t. 11, nos 3355 et 3357.) Le 19 novembre 1790, Bailly prévint La Fayette que les ouvriers de l’atelier de charité de Vaugirard proféraient des menaces de pillage du Palais-Bourbon et de la maison de Beaumarchais, et l'invita à faire renforcer les postes voisins de ces maisons. (Cf. A. Tuetey, L’assistance publique à Paris pendant la Révolution , p. II, t. 171.)

(3) Cf. P. Robiquet, Le personnel municipal de Paris sous la Révolution, p. 433. — Ce projet fut dénoncé à la Société des Amis de la Constitution, par le commandant Gerdret. (Cf. Aulard, la Société des Jacobins, t. I, p. 376.)

(4) Mirabeau l’accusa, au contraire, d’avoir laissé piller cet hôtel, et La Fayette s’est défendu de cette inculpation dans ses Mémoires.

(5) Cf. Etienne Charavay, Assemblée électorale du département de Paris en

que Louis XVI et sa couronne (i). » Le 17.il écrivait:

Pour ce qui est de La Fayette, comme je ne puis composer, ni avec ma conviction, ni avec l’évidence, je le poursuivrai sans relâche, même aux pieds du trône, même sur le trône, parvînt-il à s’y placer (2).

C’était la guerre sans merci déclarée sans ménagement. Toutefois, la Cour n’osait pas suivre délibérément Mirabeau dans sa haine ; c’est ce que le comte de La Marck manda, le 2 1 novembre, au comte de Mercy-Arg-enteau :

M. de La Fayette a fort baissé dans l’opinion publique ; cependant la terreur que ces dernières agitations populaires ont inspirée au roi et à la reine les a conduits à se soumettre plus que jamais à lui, à le soutenir même et à ne s’opposer que faiblement aux choix qu’il propose pour le ministère (3).

Gouverneur Morris gourmandait La Fayette, dans les rares visites qu’il lui faisait. Le 26 novembre 1790, il lui déclara qu’il était temps que tous les honnêtes gens se rallient au trône, que sa position à lui, La Fayette, était très délicate, qu’il n’avait sur la garde nationale qu’une autorité nominale et non réelle et qu’il devrait donner sa démission pour conserver sa popularité (4).

Certes, la position de La Fayette était des plus délicates. On l’accusait d’irrésolution, ce qui ne l’empêchait pas de faire arrêter et conduire à l’Hôtel de Ville, le 6 décembre, des élèves du collège des Irlandais, coupables

(1) Cf. Quarantième note du comte de Mirabeau pour la Cour ( Correspondance r, t. II, p. 305).

(2) Cf. Quarante-deuxième note du comte de Mirabeau pour la Cour ( Correspondance , t. II, p. 340).

(3) Cf. Correspondance entre Mirabeau et La Marck , t. II, p. 3 54.

(4) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris , t. I , p. 3 02. — Le icr décembre 1790, Gouverneur Morris écrivait à Washington : a Commençons par notre ami La Fayette; il a joué, jusqu’à présent, un rôle bien brillant! Le roi lui obéit, mais le déteste; il lui obéit, parce qu’il le craint. » (Cl. Mémorial , t. II, p. 67.)

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