‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 103 sur 236 · POPULARITÉ DE LA FAYETTE 3I · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DE LA FAYETTE 3I

nuit du 14 au 15, et où les ennemis avaient enlevé ce poste, repris aussitôt par le général Marassé ( i ). Dumouriez, promu lieutenant général après sa sortie du ministère des affaires étrangères, venait d'être envoyé à l'armée de Luckner (2). Il essayait de desservir La Fayette, sous les ordres duquel il lui répugnait de se trouver, et, le 18 juillet, il écrivait de Valenciennes au roi :

Votre Majesté a l'esprit trop juste pour ne pas juger qu'il est absurde que M. de La Fayette, quelque mérite militaire qu'il puisse avoir, étant lui-même fort occupé sur la Meuse et la Moselle, puisse dicter d'aussi loin les ordres pour la défensive des départements du Nord qu'il ne connaît même pas. Malgré nos opinions contraires, je consentirais, pour le bien de la patrie, à servir sous ses ordres, s'il était sur les lieux, mais ici l'intérêt public s'y oppose (3).

Les Jacobins de Givet s'effrayaient de la popularité du général parmi ses soldats et ils écrivaient, le 15 juillet 1792, à la Société des amis de la Constitution :

La Fayette devient de jour à autre plus puissant. Tous les soldats qu'il commande, à l'exception du corps de l'artillerie, sont un second lui-même, n'ont de pensées, de réflexions que par lui. Il ne se montre point dans son camp, mais ses émissaires roulent et font valoir cette précaution (4).

A Paris, les dénonciations se multipliaient. Le 8 juillet, CoUot-d'Herbois essa3^a, en vain, de remettre à l'Assemblée une pétition demandant le jugement de La Fa3"ette et il dut se contenter d'en lire la teneur à la tribune des

(1) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Nord.

(2) Cf. A. Chuquet, La première invasion prussienne, p. 48 et 49.

(j) Orig. aut., Arch. hist. de la guerre, armée du Nord. — Le même jour, 18 juillet 1792, Dumouriez écrivit à La Fayette sur les opérations militaires.

(4) Cf. Journal des d:bats et de la correspondance de la Société des amis de la Constitution, n» 82, du 26 juillet 1792.

Jacobins (i). Le 1 1, Robespierre disait : « La liberté sera en danger tant que La Fayette sera à la tête de nos armées (2). » A l'Assemblée, Basire réclamait, le 15, la mise en accusation du général (3). En vain, la commission des Douze déclara, le 19 juillet, qu'il n'j'- avait pas lieu à accusation contre La Fayette, la discussion continua le lendemain. Le 21, le girondin La Source prononça un réquisitoire en règle et Dumolard défendit énergiquement le général. Le débat sur toutes les dénonciations fut ajourné jusqu'à plus ample vérification. On accusait La Fayette d'avoir proposé à Luckner de marcher sur Paris ; on disait que le vieux maréchal, venu pour assister à la fête de la Fédération, avait certifié le fait chez l'évêque de Paris à plusieurs députés, le 17 juillet. Six d'entre eux, Brissot, Guadet, Gensonné, Lamarque, La Source et Delmas, attestèrent de leur signature la teneur des déclarations de Luckner et leur véracité (4). La Fayette, informé par le ministre de l'intérieur, envoya à celui-ci, le 26 juillet, une courte et énergique protestation, qui se résumait par ces mots : « Cela n'est pas vrai. » Bureaux de Pusy, mis en cause et mandé à la barre de l'Assemblée, produisit la correspondance de La Fayette et du maréchal Luckner; ce dernier désavoua les propos qu'on lui avait prêtés et écrivit à son collègue, de Strasbourg, le 25 juillet, à trois heures du matin :

Je suis pressé, mon cher général, de vous témoigner combien les calomnies dont vous me parlez m'ont affecté. Vous me connaissez assez pour que je doive compter que vous n'avez reconnu qu'une intrigue dans les propos, aussi faux qu'impossibles, qu'on m'a prêtés. Confiance dans votre zèle,

(i) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t, IV, p. 81.

(2) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. IV, p. 91.

(J) Cf. Moniteur, t. XIII, p. 154.

(4) Orig., Arch. nat., C 147, n" 227. — Cf. Pièces justificatives, n" XXV.

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