SUSPENSION DE LA FAYETTE
avait résumé le sentiment public dans cette phrase, prononcée au club des Jacobins :
Il faut donc que demain le peuple demande et obtienne la condamnation de La Fayette, le licenciement de l'état-major; et alors les Autrichiens reculeront, car dès lors ils n'auront plus d'intelligences au milieu de vous (i).
Le 17 août, le Conseil exécutif, renseigné sur l'attitude hostile du général, le somma de remettre le commandement de l'armée du Nord à Dumouriez et le manda surle-champ à Paris (2). Thuriot réclama qu'on dressât un tableau des crimes reprochés à La Fayette. Le dimanche ig août, l'Assemblée nationale rendit le décret suivant :
L'Assemblée nationale, considérant que le général La Fayette a employé les manœuvres les plus odieuses pour égarer l'armée dont le commandement lui avait été confié ; considérant qu'il a cherché à la mettre en état de révolte, en la portant à méconnaître l'autorité des représentants delà nation et à tourner contre la patrie les armes mêmes des soldats de la patrie; considérant qu'il est prévenu du crime de rébellion
(i) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. IV, p. 107.
(2) Voici le texte de Tarrèté du Conseil exécutif provisoire :
« Le Conseil exécutif provisoire, assemblé au lieu de ses séances, délibérant sur les dispositions que les circonstances exigent relativement aux armées;
<i Considérant que le pouvoir conféré aux commissaires de l'Assemblée nationale, envoyés à Tarmée de M. de La Fayette, de suspendre ou destituer les généraux, s'est trouvé paralysé par l'arrestation desdits commissaires à Sedan, dénoncée à l'Assemblée nationale;
« Arrête que M. de La Fayette remettra à M. Dumouriez le commandement de l'armée du Nord et viendra sur-le-champ à Paris rendre compte de sa conduite;
« Que, jusqu'à ce que M. Duniouriez ait pu prendre ce commandement ou qu'il ait commis un officier général à sa place, l'armée restera sous les ordres du plus ancien des officiers généraux qui commandent sous M. de La Fayette.
« Le Conseil charge le ministre de la guerre de faire toutes dispositions pour que ces ordres parviennent à MM. de La Fayette et Dumouriez le plus promptement qu'il sera possible, comme aussi de prendre les mesures nécessaires pour leur exécution.
« Fait et délibéré au Conseil à Paris ce jourd'hui 17 août 1792, l'an IV de la liberté. »
contre la loi, de conjuration contre la liberté et de trahison envers la nation, décrète ce qui suit :
Art. P''. Il y a lieu à accusation contre Motier-La Fayette, ci-devant général de l'armée du Nord.
Art. IL Le pouvoir exécutif est expressément chargé de mettre promptement à exécution le présent décret.
L'Assemblée nationale enjoint à toutes les autorités constituées et à tous les citoyens et soldats de s'assurer dudit Motier-La Fayette par tous les moyens possibles.
Art. III. L'Assemblée nationale défend à l'armée du Nord de reconnaître ledit Motier-La Fayette et de lui porter aucune obéissance ; défend pareillement aux corps administratifs, municipalités, et à tous fonctionnaires publics de lui prêter aucune assistance et de n'obéir à aucune de ses réquisitions, ainsi qu'à tous dépositaires publics de rien payer pour ladite armée que sur les ordres du général Duraouriez, nommé pour remplacer ledit La Fayette, et ce sous peine d'être déclarés complices de rébellion.
La Fa3^ette, proscrit par l'Assemblée nationale et abandonné par son armée, n'avait plus d'autre alternative que la fuite. Il avait foi dans l'avenir, comme il l'écrivait, le 14 août, à son ancien collègue à la Constituante, Dauchy, président du département de l'Oise :
Malgré les malheurs qui désolent notre patrie, j'espère que, comme vous en formezle vœu, les vrais amis de la Constitution et de la liberté finiront par faire triompher, en se réunissant, la cause pour laquelle ils ont juré de vivre ou de mourir (i).
Mais le présent était sombre et La Fayette ne se faisait pas illusion sur le sort que lui réservaient des adversaires triomphants. Le 18 août, il se trouvait à Mairy, village du département des Ardennes. près de Mouzon ; le 19, il vint à Bouillon, où Alexandre Lameth, décrété d'arrestation, le rejoignit. Tous deux, sous le prétexte d'une
(11 Minute, Archives nationales, C 558,