‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 11 sur 236 · BATAILLE DE BRANDYWINE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE BRANDYWINE

clarant qu'il le trouvait bien jeune et bien inexpérimenté pour conduire une division. Le lendemain 20, La Fayette arriva au camp de Neshaminy et, le 21, il assista à un conseil de guerre, prenant ainsi possession de son rang de major général (i).

Des officiers qui avaient fait la traversée de la Victoire, La Fayette garda pour aides de camp Gimat et La Colombe. Les autres furent congédiés, le 8 septembre 1777, par le Congrès, qui désavoua les engagements pris par Silas Deane, rendit hommage au dévouement des gentilshommes français et prit à sa charge les frais de rapatriement (2). Attaché à Washington, notre héros suivit les mouvements de l'armée qui se porta au-devant de Cornwallis. A vingt-six milles de Philadelphie, le général en chef américain livra aux Anglais, le 1 1 septembre 1777, la bataille de Brandywine (3). Le combat tourna à l'avantage des Anglais; La Fayette, qui voyait le feu pour la première fois, se conduisit avec bravoure et habileté et eut une jambe traversée par une balle, tandis qu'il ralliait les troupes (4). Il put remonter à cheval, grâce à son aide de camp Gimat, et fut transporté à Philadelphie, d'où il écrivit, le 12 septembre, à sa femme, pour la tranquilliser sur sa blessure. Il fut ensuite porté à Bristol, puis à Bethléem chez les frères ]\Ioraves. Le 1®"" octobre, il expliqua à sa femme le peu de conséquence que présentaient pour l'avenir la perte de la bataille et

(i) Cf. Tower, I, 218 à 220.

(2) Ces officiers quittèrent Phihidelphie le 15 septembre 1777. Seul le baron de Kalb reçut, au moment de s'embarquer, la commission de major général que lui avait promis Silas Deane, et resta en Amérique. (Cf. Tower, I, 187 et 188.)

(5) Cf. le récit et le plan de la bataille de Brandywine dans Tower, I, 248.

(4) Washington écrivit, de Chester, le 11 septembre 1776, au Congrès pour annoncer le mauvais résultat de la bataille de Brandywine et il mentionna la blessure de La Fayette. Cette lettre fut publiée par la Ga:^ctte d'Amsterdam du 11 novembre 177".

l'occupation de Philadelphie par les Anglais. Puis après un mouvement de sensibilité (i), il exprima son affection et sa reconnaissance pour Washington.

Cet homme respectable, dont j'admirais les talents, les vertus, que je vénère à mesure que je le connais davantage, a bien voulu être mon ami intime. Son tendre intérêt pour moi a eu bientôt gagné mon cœur. Je suis établi chez lui, nous vivons comme deux frères bien unis, dans une intimité et une confiance réciproques. Cette amitié me rend le plus heureux possible dans ce pays-ci. Quand il m'a envoyé son premier chirurgien, il lui a dit de me soigner comme si j'étais son fils, parce qu'il m'aimait de même.

Après une inaction forcée de trois semaines (2), La Fayette rejoignit, à peine guéri, le quartier général de Whitemarsh, d'où il écrivit au comte de Vergennes, le 24 octobre 1777, que nuire à l'Angleterre était, à son avis, servir sa patrie (3). Dans une lettre datée de la veille 23, il exposait son projet de faire une expédition contre quelques îles anglaises, et sollicitait l'appui du comte de Broglie. « Je vais, écrivait-il, m'amuser à guerroyer tout

(i) On lit dans cette lettre du i*"" octobre 1777 : « Pensez, mon cher cœur, que je n'ai encore reçu de vos nouvelles qu'une fois par le comte Pulaski. J'ai un guignon affreux et j'en suis cruellement malheureux. Jugez quelle horreur d'être loin de tout ce que j'aime dans une incertitude si désespérante. Il n'y a pas moyen de la supporter, et encore, je le sens, je ne mérite pas d'être plaint : pourquoi ai-je été enragé à venir ici? J'en suis bien puni. Je suis trop sensible, mon cœur, pour faire de ces tours de force. »

(2) Pendant ce temps il écrivit de Bethléem, le 14 octobre 1777, au général Gates pour le féliciter de la prise du fort de Montgomery. (Cf. Tower, I, 259.)

(j) Le même jour, 24 octobre 1777, la Galette if Amsterdam publiait soùs la rubrique de Lorient, 12 octobre, la nouvelle suivante, dont la fantaisie montre combien les journaux étaient alors mal informés : « 11 vient d'arriver ici un navire américain qui a apporté la nouvelle que le marquis de La Fayette, à la tête d'un corps de 2,500 hommes, dont le Congrès lui a confié le commandement, avait attaqué à la fin du mois d'août dernier un corps de troupes anglaises, composé de 2,000 hommes, dont il avait fait 600 prisonniers et mis le reste en déroute, après un combat opiniâtre et très sanglant. »

Page 1