COMBAT DE GLOUCESTER
cet hiver. Il n'y a pas moyen de quitter l'Amérique en si beau chemin et dans une crise intéressante (i). »
Le 29 octobre, il confia une lettre pour sa femme au colonel de Valfort, qui rentrait en France pour raison de santé. Le 6 novembre il mandait à son cher cœur que sa blessure était presque entièrement guérie et qu'il ne boitait plus que légèrement.
N'allez pas vous aviser d'être à présent inquiète sur moi; tout est fini pour les grands coups; il y aurait tout au plus de petites affaires en miniature qui ne me regardent pas : ainsi je suis aussi en sûreté dans le camp qu'au milieu de Paris.
Une de ces petites affaires en miniature ne tarda pas à se présenter. La Fayette, qui était attaché au corps du général Greene, fut chargé, le 24 novembre 1777, de reconnaître les positions de l'ennemi. Il vint donc à Haddonfield, et le 25 au soir, avec 300 hommes, il fit une reconnaissance. Il rencontra, à deux milles et demi de Gloucester, un poste de 350 Hessois et le culbuta avec une furia toute française (2). Le 26 il rendit compte à Washington de ce coup de main et se loua du courage de sa troupe. « Je n'ai jamais vu, dit-il, d'hommes aussi joyeux, aussi animés, aussi désireux de joindre l'ennemi, quelles que fussent ses forces, que l'étaient nos soldats pendant ce petit combat. » La Fayette ayant fait ses preuves, le Congrès exprima, le i" décembre 1777, le désir de le voir à la tête d'une division et le marquis prit le commandement des Virginiens, Sa division était faible d'effectif et ses hommes étaient presque nus (3). Il dut s'occuper de les habiller.
(i) Orig. aut., Archives nationales, Musée.
(2) Cf. le récit et le plan du combat de Gloucester dans Tower, I, 248.
(3) Dans sa lettre du 16 décembre 1777 au duc d'Ayen, La Fayette dit à
26 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE \}lll\
Bientôt il fallut prendre ses quartiers d'hiver; l'armée américaine passa le Schuylkill et alla se retrancher dans la forte position de Valley-Forge, à vingt-deux milles de Philadelphie. Une lettre écrite par La Fayette à son beau-père le duc d'Ayen, le i6 décembre 1777, peint bien la situation où se trouvait le marquis. Après avoir narré les événements accomplis depuis le commencement de la campagne, et fait l'éloge de Washington (i), il parle de intervention française en ces termes :
L'Amérique attend avec impatience que nous nous déclarions pour elle, et un jour, j'espère, la France se décidera à humilier la fière Angleterre... Avec le secours de la France, nous gagnerons avec dépens la cause que je chéris, parce qu'elle est juste, parce qu'elle honore l'humanité, parce qu'elle intéresse ma patrie, et parce que mes amis américains et moi y sommes engagés fort avant... Plus je vois les Anglais de près, plus je m'aperçois qu'il faut leur parler haut.
Puis il explique ses fonctions de major général :
Le major général remplace le lieutenant général et le maréchal de camp dans leurs fonctions les plus intéressantes, et j'aurais de quoi employer bien du mérite et de l'expérience,
ce propos : « Depuis mon retour du Jersey, il (Wasiiington) m'a dit de choisir de plusieurs brigades la division qui me conviendrait le mieux. J'en ai pris une toute composée de Virginiens. Elle est faible à présent, même en proportion de la faiblesse de l'armée ; elle est presque nue, mais on me fait espérer et du drap dont je ferai des habits, et des recrues dont il faudrait faire des soldats à peu près dans le môme temps; mais, par malheur, l'un est plus difficile que l'autre, même pour des gens plus habiles que mol. »
(i) « Notre général, écrivait La Fayette, est un homme vraiment fait pour cette révolution, qui ne pouvait s'accomplir sans lui. Je le vois de plus près qu'aucun homme au monde, et je le vois digne de l'adoration de son pays... J'admire tous les jours davantage la beauté de son caractère et de son âme. Quelques étrangers, piqués de ne pas être placés, quoique cela ne dépende en aucune façon de lui, quelques-uns dont il n'a pas voulu servir les projets ambitieux, quelques jaloux cabaleurs voudraient ternir sa réputation; mais son nom sera révéré dans tous les siècles par tous les amateurs de la liberté et de l'humanité... »