DÉPART DE LA FAYETTE
petit État de Schuylkill; le 25, il partit de Philadelphie pour visiter le champ de bataille de Brandywine, témoin de ses premiers exploits; le 27, il passa par Chester, puis par Lancaster, et arriva à Baltimore, le 30 juillet.
La Fayette partit, le i*"" août, pour Washington-City, où il fut l'hôte du président John-Quincy Adams. Le 7, il rendit visite, avec celui-ci, à James Monroë, qui se trouvait à Oak-Hill, et il revint passer quelques jours à Washington. De là. il se rendit à Albemarle, et ensuite, avec Madison et Monroë, à Monticello, faire ses adieux à Jefferson. De retour à Washington, le président lui offrit, pour rentrer en France, une frégate nouvellement construite, la Brandywine, et à laquelle « le gouvernement, disait La Fayette, a donné le nom d'un ruisseau au lieu d'une rivière, d'une défaite au lieu d'une victoire, uniquement pour rappeler ma première bataille et ma blessure (i) ». Le général accepta et fit ses préparatifs de départ. Le i" septembre, il transmit, de la part de Custis, à Bolivar, un portrait de Washington et une médaille d'or décernée à ce grand homme. Le 6, jour anniversaire de sa naissance, il dîna chez le président, et John-Quincy Adams, dérogeant aux habitudes diplomatiques, porta un toast : « Au 22 février et au 6 septembre, jours de naissance de Washington et de La Fayette! » Avec une émotion profonde, le héros répondit : « Au
4 juillet, jour de naissance de la liberté des deux hémisphères ! »
Le 7 septembre 1825, La Fayette et son fils s'embarquèrent sur le Potomac, à bord du vapeur le Monnt- Vernon. Une foule immense salua une dernière fois l'hôte de la nation, et le président John-Quincy Adams,
(i) Cf. dans les Mémoires la lettre de La Fayette, datée de New-York
5 juillet 1825.
digne interprète du sentiment public, adressa à l'illustre ami de Washington un éloquent et émouvant adieu :
Allez, ami que nous chérissons; retournez vers cette terre du brillant génie, des sentiments généreux et de la valeur héroïque, vers cette belle France, où sont nés Louis XII et Henri IV, vers ce sol fécond, qui produisit Bayard et Coligny, Turenne et Catinat, Fénelon et d'Aguesseau 1 Déjà, depuis plusieurs siècles, le nom de La Fayette était inscrit sur le catalogue de ces illustres noms que la France s'enorgueillit d'offrir à l'admiration des peuples. A l'avenir il brillera d'un éclat plus grand encore. Et si, dans la suite des temps, un Français est appelé à indiquer le caractère de sa nation par celui d'un individu de l'époque où nous vivons, le sang d'un noble patriotisme colorera ses joues, le feu d'une inébranlable vertu brillera dans ses yeux, et il prononcera le nom de La Fayette !
Et nous aussi nous vous regarderons toujours comme nous appartenant pendant toute la durée de notre vie, comme appartenant à nos enfants après nous. Oui, vous nous appartenez par ce dévouement plus que patriotique avec lequel vous êtes accouru au secours de nos ancêtres pour les arracher au danger qui les menaçait ; vous nous appartenez par cette longue suite d'années, pendant lesquelles vous nous avez aimés pour nous-mêmes, par ce sentiment inaltérable de reconnaissance pour les services que vous nous avez rendus, qui est une des plus précieuses parties de notre héritage. Vous nous appartenez enfin par ces liens d'amitié, plus forts que la mort, qui ont uni à tout jamais votre nom à celui de Washington.
John-Quincy Adams parlait le langage de la postérité. L'homme qui, venu sur la terre d'Amérique pour la quatrième fois, allait la quitter pour toujours, était et devait rester, dans la suite des temps, l'enfant adoptif de la grande République.
La Fayette répondit à ce témoignage de gratitude et termina par ces mots :