‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 133 sur 236 · MAGNIFIQUE DON FAIT PAR LE CONGRÈS 44I · texte numérisé non relu

MAGNIFIQUE DON FAIT PAR LE CONGRÈS 44I

tude et du profond respect que la Chambre conserve pour les éminents services qu'il a rendus pendant la Révolution et du plaisir qu'elle éprouve à le revoir, après une aussi longue absence, sur le théâtre de ses exploits. A cet effet, le général La Fayette sera invité par une commission à se rendre dans le sein de la Chambre, vendredi prochain, à une heure. Il sera introduit par la commission, reçu par les membres debout et découverts, et harangué par l'orateur.

En effet, le lo décembre, La Fa3"ette fut solennellement reçu au Capitule par le Congrès et harangué par Henry Clay. D'une voix sonore, le héros de la fête répondit, en anglais :

L'approbation du peuple américain et de ses représentants pour ma conduite dans les vicissitudes de la révolution européenne est la plus grande que je pusse recevoir. Certes, je puis me tenir ferme et la tête levée, lorsqu'en leur nom, et par vous, Monsieur le président, il est solennellement déclaré que. dans chaque occasion, je suis resté fidèle à ces principes américains de liberté, d'égalité et de véritable ordre social, auxquels je me suis dévoué dès ma jeunesse et qui, jusqu'à mon dernier moment, seront pour moi un devoir sacré.

Après cette brillante réception, La Fayette se rendit, le 16 décembre, sur l'invitation de la législature de l'Etat de iSIaryland, à Annapolis, et il ne rentra que le 21 à Washington, en passant par Frederikstown. C'est alors qu'on lui notifia la décision du Congrès qui lui faisait don de 200,000 dollars et d'un terrain de 24,000 acres. La Fayette, ému de tant de générosité, ne crut pas devoir refuser ce témoignage de la reconnaissance publique. Il passa dans la capitale la fin de 1824. Le Congrès commença la nouvelle année 1825, en offrant à La Fayette une fête et un banquet. Le président Monroë, qui ne paraissait jamais dans les cérémonies de ce genre, y assista. On y porta au général le toast suivant :

Au grand apôlre de la liberté, que n'abattirent point les persécutions de la tyrannie, que l'amour des richesses n'influença pas, que ne purent séduire les applaudissements populaires. Il fut toujours le même, dans les fers d'Olmûtz, dans ses divers travaux, au faîte de la puissance et de la gloire.

La Fayette répondit par ces mots :

A l'union perpétuelle entre les Etats-Unis. Elle nous a déjà sauvés dans des temps d'orage; un jour, elle sauvera le monde!

Le général était encore à Washington quand eut lieu l'élection du président en remplacement de Monroë. Après un premier scrutin, oii aucun des quatre candidats, John- Qiiincy Adams, Andrew Jackson, CraAvford et Henry Clay, n'eut la majorité, la Chambre dut choisir elle-même entre les trois premiers. Le 9 février 1825, John-Quincy Adams réunit les suffrages, et La Fayette se réjouit de l'élévation de cet ami dévoué. Le 23 février, les voyageurs se mirent de nouveau en route pour gagner Boston, où ils avaient promis de se trouver le 17 juin, jour anniversaire de Bunker's-Hill. Georges La Fa3^ette avait dressé, avec le général Bernard, l'itinéraire de ce voyage dé douze cents lieues. Le 25 février, ils arrivèrent à Xorfolk, le 26, à Halifax, le 28,à Raleigh, où ils admirèrent dans la salle du Capitole une statue en marbre de Washington par Canova. Le 4 mars, ils s'arrêtèrent à Fa3"etteville ; dans cette cité qui portait son nom, il fut reçu avec un enthousiasme que ne put calrner une pluie torrentielle ; on lui disait : « Vous êtes ici dans votre ville, dans votre maison, au milieu de vos enfants. Disposez de tout : tout est à vous. » 11 fallut s'arracher à ces témoignages de tendresse, car le temps pressait. A Cambden, le 10 mars, il assista à la pose de la première pierre du monument de son compagnon d'ar-

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mes de la première heure, le général baron de Kalb. Le 1 1 , à Colombia, siège du gouvernement de la Caroline du Sud, il fut accueilli avec enthousiasme. Le 15, arrivé à Charlestown, il eut le plaisir de rencontrer Francis Huger, un des auteurs de sa tentative d'évasion et alors colonel de milices. Le 17, il s'embarqua sur un bateau à vapeur et, le 19, il s'arrêta à Savannah. Le 21 mars, il posa la première pierre du monument en l'honneur des généraux Greene et Pulawski, et il reçut la visite d'Achille Murât, accouru exprès de la Floride, et avec lequel il s'entretint de son infortuné père.

Le voyage se poursuivit par Augusta, le 25 mars, ]\Iilledgeville, le zS^ Maçon et Indian-Agency, le 2g. On était dans la région des Indiens, et on eut des entrevues avec eux. Le 31 mars, la tribu du chef Mac-Kintosh lui donna une fête. Le 3 avril, La Fayette visita Montgomer3% le 7, Mobile, et il arriva à la Nouvelle-Orléans, où des fêtes magnifiques, un diner maçonnique et l'empressement extraordinaire des dames de la ville, le retinrent jusqu'au 15 avril. Il continua ensuite sa navigation sur le Alississipi, et s'arrêta à Natchez, le 18 avril. De son bateau il écrivit, le 22 avril, à Dupont de l'Eure, et remercia Béranger de l'envoi de la chanson qu'il avait consacrée à son voyage, sous le titre de La Fayette en Amérique^ Le 29 avril, La Fayette parvint à Saint-Louis, où le vénérable fondateur de cette cité, Auguste Choteau, l'attendait. Le 4 mai, c'est le général Andrew Jackson qui le reçut à Nasville et lui offrit un diner, le lendemain. On s'embarqua sur le vapeur V Artesian, et on naviguait tranquillement sur l'Ohio quand, dans la nuit du 8 au 9 mai, le bateau coula. La Fayette, son fils et tous les passagers furent recueillis dans des chaloupes ; le général se montra, comme toujours, intrépide devant le danger. Un nouveau

navire, le Pat ag on, recwe'ûWt les naufragés et les conduisit à Louisville, puis à Frankfort, Versailles et Lexington. Ils quittèrent cette dernière ville, le i8, et ils arrivèrent, le 19 mai, à Cincinnati. Là, le général liarrison prononça une éloquente harangue :

Heureux mortel! l'influence de votre exemple s'étendra au delà de la tombe. Votre renommée, associée à celle de Washington, apprendra aux Césars futurs que le sentier du devoir est le seul chemin de la vraie gloire et que le caractère d'un guerrier ne peut être honorable s'il diffère du caractère de citoyen! Gloire au compagnon de \\"ashington! à l'ami de Franklin, d'Adams et de Jefferson! au dévoué champion de la liberté! Gloire à La Fayette!

Cette patriote cité fit à La Fa3^ette un inoubliable accueil. Les francs-maçons célébrèrent les vertus de leur illustre frère ; les banquets, les bals, les feux d'artifice ne se terminèrent que le 22 mai, jour où les voyageurs montèrent à bord de V Herald pour entrer en Pensylvanie. ïour à tour ils visitèrent Washington, Brownsville, L^niontown, où Gallatin emmena le général dans sa résidence de New-Geneva, le 27 mai, ElisabethtoAvn et Pittsburg, où il s'arrêta, le 29, et eut le plaisir de retrouver l'ancien soldat Wilson, qui, le premier, l'avait secouru après sa blessure à la bataille de Brandy wine. Le 30 mai, ils partirent pour Erié, Buffalo, Alanchester; ils admirèrent les chutes du Niagara, visitèrent Syracuse et Utica. et entrèrent enfin le 12 juin dans Albany.

La Fayette touchait au terme de ce long voyage, qui durait depuis quatre mois. Le 15 juin, à midi, il arriva à Boston. On ne s'attendait pas à le voir tenir si scrupuleusement sa promesse, et on admirait ce vieillard, qui avait affronté tant de fatigues et parcouru plus de cinq cents milles, pour venir célébrer un glorieux anniversaire. La

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réception n'en fut que plus enthousiaste, le i6, au Capitole. Le lendemain 17, à sept heures du matin, la grande loge de Massachusetts et deux mille francs-maçons présentèrent leurs hommages à leur illustre hôte ; puis le cortège se forma et se mit en route : La Fayette était dans une superbe calèche traînée par six chevaux blancs. A midi et demi, on arriva à Bunker's-Hill, et La Fayette posa solennellement la première pierre du nouveau monument commémoratif de la bataille et de la mort de Warren. Daniel Webster justifia sa réputation d'orateur en évoquant les héros disparus de la grande lutte, et il mêla à l'éloge des morts celui du survivant, La Fayette. Il s'écria :

Heureux, heureux homme! Quelles actions de 'grâces ne devez-vous pas à la Providence, qui vous a tracé le cercle d'une si belle vie! Vous appartenez à deux hémisphères, à deux générations. Le ciel voulut que vous transmissiez de nouveau à l'ancien monde une étincelle électrique de liberté, et tous ceux que le devoir et le patriotisme appellent ici ont appris dès longtemps de leurs pères à chérir votre nom et vos vertus.

Heureux en effet, ce vieillard de soixante-sept ans, qui assistait à son apothéose! Il se rappelait, devant cette foule vibrante d'émotion patriotique, le jour à jamais immortel où il avait prêté, au Champ de ]\Iars, sur l'autel de la Patrie, le serment de vivre et de mourir pour la liberté. Un banquet de quatre mille convives termina cette admirable fête. La Fayette y porta le toast suivant :

Bunker's-Hill et la sainte résistance à l'oppression, qui a déjà affranchi l'hémisphère américain. Le toast anniversaire au jubilé du prochain demi-siècle sera : à F Europe affranchie {i)l

(i) Le 17 juin 1825, La Fayette écrivait, de Boston, à l'occasion de cette fête : « Rien ne peut rendre i'elfet de cette prière républicaine prononcée

Il rentra à Boston, où les ovations continuèrent ; le 20 juin, il assista à un dîner offert par la Société des artisans. Il alla rendre une dernière visite à son vénérable ami John Adams, et, le 22, quitta Boston de grand matin. A Concorde, capitale de l'état du New-Hampshire, il fut reçu au Capitole par le général Pierce, et il prit part à un banquet civique, où on but à la « sainte alliance de La Fayette et de la liberté ». Après s'être arrêté à Dover et à Hennebanck le général parvint, le 25 juin, à Portland : la loge maçonnique lui fit fête et le président de l'Académie lui conféra le titre de docteur en droit. Le 28, à Burlington, il s'embarqua sur le Phénix; il visita Whitehall, le 30 juin, et fut de retour à New- York le 3 juillet.

Le 4 juillet 1825, La Fayette s'associa à la célébration de l'anniversaire de la déclaration d'indépendance des États-Unis. Il posa la première pierre d'une bibliothèque à Brook-Line, puis, revenant dans la ville, il assista au service divin, au sermon, à la lecture de la déclaration et à un banquet. Il se reposa quelques jours, et se dirigea ensuite, le 14 juillet, vers la Pensylvanie. Il traversa le New-Jersey, revit Joseph Bonaparte et Achille ]\Iurat, et arriva à Philadelphie. Le 20 juillet, il visita le camp de Germantown ; le 21, il alla assister à une pêche dans le

devant une immense multitude par un vieux ciiapelain qui combattait à Bunker's-Hili, des survivants de cette journée découvrant leurs cheveux blancs lorsque le président de l'association, l'orateur du jour, s'est adressé à eux. Et moi aussi je me suis levé à la tête de tous les autres soldats révolutionnaires, pour recevoir notre compliment! Nous vous enverrons l'admirable discours de M. Webster; nous nous sommes assis à une fable de quatre mille couverts, où j'ai annoncé qu'après avoir célébré, à cette première cinquantaine, l'affranchissement de l'hémisphère américain, le toast de la cinquantaine prochaine serait: a l'Europe affranchie! Tout s'est passé à merveille, et j"ai recueilli des témoij^mages d'alfection populaire si touchants, de telles preuves du sentiment de mes vieux soldats et ofliciers, qu'il ne m'appartient pas de les dépeindre, mais seulement d'en jouir. » (Cf. Mémoires de La Fayette.)

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