‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 139 sur 236 · I BANQUET DE MEAUX · texte numérisé non relu

I BANQUET DE MEAUX

l'abolition des lois inconstitutionnelles du double vote et de la septennalité, la réorganisation des gardes nationales, l'établissement d'un enseignement national. Des applaudissements, des trépignements soulig^naient presque chaque phrase, et peu s'en fallut que la salle croulât sous les bravos. A dix heures, La Fayette quitta la salle et rentra se coucher, tandis que le commissaire de police de la ville allait rendre compte par lettre au sous-préfet de l'arrondissement de cette manifestation antigouvernementale (i). Le lendemain dimanche, le général visita l'école d'enseignement, se rendit chez un grand nombre d'électeurs, reçut « quelques individus retraités et décorés », qui devaient être d'anciens brigands de la Loire, déjeuna chez son hôte, et, vers trois heures, remonta en voiture pour regagner La Grange.

La Fayette entretenait une volumineuse correspondance; de La Grange partaient chaque jour des lettres pour les directions les plus diverses. II échangeait des vues politiques avec l'illustre et vénérable Jeremy Bentham, qui, lors de son dernier voyage en France, était venu dans le château du général, et que le duc de Broglie avait assez irrévérencieusement traité de radoteur. Le 18 novembre 1828, il le remerciait de ses écrits philanthropiques, qui, « en éclairant mon esprit, font jouir mon cœur des témoignages de votre estime et de votre amitié ». Le 17 décembre, il recommanda au comte de La Ferronnays la cause des constitutionnels espagnols.

L'année 1829 le trouva à La Grange. De son château il remercia, le 10 janvier, le président John-Quincy Adams

(i) Cf. aux Pièces justificatives, n° XXXIII, le texte de ce rapport de police, qui nous a fourni les renseignements précis consignés ici. Le commissaire y diminue l'importance de la manifestation en disant qu'il n'y eut d'enthousiasme qu'au banquet.

de renvoi de son message et l'assura qu'il emporterait dans sa retraite la haute estime de ses adversaires et la vive affection de ses amis personnels. Le 8 mars, il se plaignit à Henry Clay de la conduite déloyale de l'Angleterre, dont les rapports avec don Miguel avaient excité l'indignation générale. Le 7 avril, il donna un démenti formel à l'accusation portée contre lui d'avoir réclamé l'intervention étrangère pour décider du sort de son pays. Le 12. il mandait que David d'Angers avait fait son buste et l'avait offert au Congrès américain. « C'est, dit-il^ un jeune homme bien distingué sous tous les rapports; on voit son âme dans ses ouvrages. » Le 6 juin 1829, il soutint avec énergie la demande d'abolition du double vote. Le 22^ il demanda que la France eût des représentants auprès des républiques de l'Amérique du Sud. Le 9 juillet, à l'occasion d'un crédit extraordinaire, il prononça ces généreuses paroles :

C'est donc à la France, Messieurs, mieux en sympathie avec les idées de la civilisation nouvelle, qu'il appartient de se mettre à la tête de cette civilisation; là est sa gloire, son intérêt; là serait au besoin son ambition; là se trouveraient aussi la dignité, la sûreté de son gouvernement. Mais, pour remplir cette noble tâche, il faudrait que son gouvernement se déterminât à ne plus craindre ni une nation représentée, ni une nation armée, et que, renonçant à d'anciens rapports, il pût dire aux puissances étrangères : Après Dieu, c'est au peuple i

français que je dois de m'ètre placé au-dessus de vos influences et en dehors de vos spéculations.

En juillet 1829, La Fayette reprocha à Edward Livingston d'avoir reconnu un vil tyran tel que don Miguel. Le II du même mois, il causa longuement politique avec sir Charles Morgan. Puis, la session finie, il réalisa son projet de revoir l'Auvergne, et il partit avec son fils, au

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