‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 140 sur 236 · VOYAGE EN AUVERGNE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN AUVERGNE

moment où la constitution du ministère Polignac allait jeter un défi à la France libérale.

La Fayette arriva à Brioude le jeudi soir 30 juillet 1829; il fut harang'ué par un ex-constituant, l'avocat Grenier, et il remercia affectueusement son ancien collègue. Il descendit chez son ami M. Bonne et assista, à sept heures, à un banquet, où il but à la ville et à l'arrondissement de Brioude, Les rues étaient illuminées. Un bal termina la fête, et La Fayette prit plaisir à voir ses compatriotes danser la montagnarde et la bourrée. Le lendemain 31, il déjeuna chez Grenier et partit pour Chavaniac, accompagné par une foule de citoyens (i). Il passa par Paulhaguet et Aurac et arriva dans son château, où il trouva les jeunes élèves de l'école mutuelle, fondée par son fils, et les jeunes filles de l'institution créée aussi par Georges La Fayette, qui formaient la haie et lui offrirent des fleurs et des couronnes de feuillage. Il se reposa quelques jours, puis se rendit, le 1 1 août 1829, au Puy. Il passa sous un arc de triomphe et, à travers les rues illuminées, gagna la demeure de son hôte, le député Joseph Bertrand. Le 12, il prit part à un banquet, où on avait eu la délicate pensée de placer en face de lui le portrait de Washington et le sien. On but « au plus grand citoyen de l'époque », et le général, ému de ce chaleureux accueil, rappela qu'en 1791 il avait visité le Puy avec La Tour- Maubourg. Il quitta, le lendemain 13, cette ville pour aller visiter cet ancien compagnon des mauvais jours, qui était alors dans son château. Quarante cavaliers l'accompagnèrent jusqu'à Yssingeaux (2).

(i) Cf. Arrivée du général La Fayette dans l'arrondissement de Brioude Clerniont-Ferrand, impr. Vaissière [1829], in-8 de 15 pages. (Bibl. nat., Lb*9io62.)

(2) Cf. Arrivée du général La Fayette au Puy, le 11 août 1829; Le Puy [1829], in-8 de 20 pages. (Bibl. nat., Lb'^iogi.)

Après quelques jours consacrés à l'amitié, La Fayette prit la route de Grenoble. Il arriva, le 17 août, à la Côte- Saint-André. Il était sept heures et demie du soir et on ne l'attendait pas; mais à la nouvelle de sa présence, la ville s'illumina. Le 18, il fut reçu à Rives par les grands fabricants de papier Blanchet frères, et y trouva une députation de la ville de Grenoble. Puis on se mit en marche; la voiture était escortée par des jeunes gens à cheval. A la porte de la cité, le premier maire de Grenoble, Rosset-Bressan, vieillard de soixante-quatorze ans, présenta au général une couronne d'argent entrelacée de branches de chêne. Puis La Fayette monta dans un carrosse, traîné par quatre chevaux, et fut conduit triomphalement chez Augustin Perier, député de l'Isère et frère aîné de Casimir (i). Le soir les Grenoblois lui donnèrent une sérénade et un banquet. Camille Teisseire, ex-député du département, lui porta un toast, et La Fayette répondit qu'il avait été l'ami des Dauphinois, illustres précurseurs et ses premiers compagnons de la Révolution de 1789, et il unit les souvenirs de juillet 178g à ceux de juillet 1815(2).

Le 19 août 1829. le général quitta Grenoble avec son fils et Augustin Perier pour se rendre à Vizille, où habitait la fille de Georges La Fayette, mariée au fils Perier. A Tavernolles, on avait élevé un arc de triomphe; les paysans se pressaient sur son passage. A Vizille, le maire, M. Faure-Finant, lieutenant-colonel en retraite, salua le vétéran des défenseurs des droits du peuple et de la liberté. En entrant, au bruit d'acclamations répétées par les échos, dans le château de Lesdiguières, protégé

(1/ Cf. Itinéraire du général La Fayette de Grenoble à Lyon, précédé d'une notice historique sur cet illustre citoyen, par J. Morin; Lyon, 1829, in-8 de 128 pages. (Bibl. nat., Lb^iiio.)

(2) Cf. Banquet offert au général La Fayette, le 7<V août iH2<j, par les citoyens de Grenoble; Lyon, 1829, in-8 de j paires. BibL nat., Lb*''jo95).

[i829j réception a LYON 46^

par l'effigie équestre de l'illustre connétable, en s'asseyant dans cette antique demeure, berceau de la Révolution, le vieux patriote sentit battre fortement son cœur. Au loin il voyait le panorama des Alpes, illuminées par des feux de joie, autour desquels dansaient les paysans. Il goûta quelque repos dans ce magnifique asile, près de sa petite-fille, attentive au berceau d'une enfant qui venait de naître. Il fallut s'arracher à cette vie paisible. Le 3 septembre, La Fayette et son fils passèrent à Voiron et à La Tour-du-Pin ; le 4, ils furent reçus à Bourgoin et arrivèrent, à cinq heures et demie du soir, à Vienne, escortés par cent cinquante jeunes gens de la ville, à cheval, et par une partie de la population. Le 5, à dix heures du matin, on leur offrit un banquet; La Fayette rappela qu'il avait eu l'honneur d'être élu vice-président de l'Assemblée nationale, le 13 juillet 1789, alors que larchevêque de Vienne, Le Franc de Pompignan, en était président. Puis il partit pour Lyon, où il arriva à quatre heures et demie du soir. Une foule immense attendait le général sur les limites. des départements du Rhône et de l'Isère, en avant du pont Morand. Le médecin Prunelle, un des chefs de l'opposition . le harangua. La Fayette exprima son « bonheur de revoir cette grande et belle cité, dont les vicissitudes, pendant les orages politiques, ont excité dans mon âme de si vives et sympathiques émotions » ; il rappela que la députation lyonnaise à la Fédération de 1790 lui avait offert un trophée surmonté d'une couronne de chêne avec la devise : Optimo civi, et termina par cette allusion politique :

Aujourd'hui, Messieurs, après une longue succession de brillant despotisme et d'espérances constitutionnelles, je me trouve au milieu de vous dans un moment que j'appellerais critique, si je n'avais reconnu paitout, sur mon passage, si je

ne voyais dans cette puissante cité cette fermeté calme, et même dédaigneuse, d'un grand peuple qui connaît ses droits, sent sa force et sera fidèle à ses devoirs; mais c'est surtout dans la circonstance actuelle que j'aime à vous exprimer un dévouement auquel, jusqu'à mon dernier soupir, votre appel ne sera jamais fait en vain.

Après cette péroraison, saluée par les acclamations de la foule, La Fayette monta dans une calèche à quatre chevaux. Le cortège se mit en marche, escorté de quatre à cinq cents cavaliers ; l'affluence était si considérable que le pont INIorand se trouva inabordable et qu'il fallut aller passer par le pont qui reçut depuis le nom de La Fayette. Soixante mille citoyens se pressaient pour saluer de leurs vivats l'arrivée du grand citoyen, insouciants des affiches apposées par le maire, effrayé de cette invasion et réduit à d'inutiles mesures de police. On conduisit le général à l'hôtel du Nord, où, le soir même, on lui donna un concert. Le 6 septembre, jour anniversaire de sa naissance, La Fayette s'embarqua sur la Saône et fut mené jusqu'à l'île Barbe, escorté de nombreux bateaux pavoises et au milieu des acclamations des populations échelonnées sur les deux rives. Cette promenade ne se prolongea pas jusqu'à Fontaine, en raison de l'orage et de la pluie. On revint à Lyon, et le soir, au jardin de Flore, situé aux Brotteaux, les loges maçonniques de la région offrirent à La Fayette et à son fils une réception mémorable ( i). La voiture des invités était précédée par une brillante cavalcade. Le vénérable de la loge le Parfait silence présida la fête, à laquelle assistaient les loges la Sincère amitié, la Candeur, Eqnerre et compas, Union et confiance, Enfants d' H iram, Etoile

(i) La Fayette avait accepté, de Vizille, le ji août 1829, l'invitation de la loge lyonnaise le Parfait silence, qui existait depuis le 5 décembre 1762.

Page 1