‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 147 sur 236 · POPULARITÉ DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DE LA FAYETTE

législateurs et des juges héréditaires. Il termina en priant ses collègues de ne pas oublier que, s'il a toujours été l'homme de la liberté, il n'a jamais cessé d'être l'homme de l'ordre public. Le 12 août, il faisait son examen de conscience en ces termes :

Le choix du roi est bon; je le pensais, je le pense encore plus depuis que je le connais, lui et sa famille. Tout n'ira pas le mieux possible, mais la liberté aura fait de grands progrès et en fera encore. Au reste, j'ai fait ce que ma conscience me dictait, et, si je me suis trompé, c'était de bonne foi (i).

Quoi qu'il en fût, La Fayette avait retrouvé son ancienne popularité. Les témoignages d'admiration et de respect lui arrivaient de toutes parts. Le 3 août, les Parisiens lui iirent don de deux petits canons (2). Stendhal écrivait, dans son enthousiasme pour la révolution de juillet : « L'admirable La Fayette est l'ancre de notre liberté (3) ! » La ville de Paris offrit, le 15 août, au général un banquet de trois cent cinquante couverts . où assistèrent les ministres, un certain nombre de pairs et de députés, des représentants de tous les grands corps de l'Etat, des délégations des écoles, etc. Au dessert, Adolphe Nourrit chanta des vers en l'honneur du héros de la fête (4). La Fayette répondit avec émotion au toast que lui porta son collègue Alexandre de La Borde, préfet de la Seine :

Lorsque la population parisienne s'est levée spontanément

(i) Odilon Barrot dit, dans ses Mémoires, t. I^r, p. 126 : « Ce n"est, en effet, ni par faiblesse, ni par entraînement, et encore moins dans une vue d'ambition personnelle, que le général La Fayette s'était décidé en faveur de la royauté constitutionnelle confiée à la branche cadette des Bourbons; c'était sous l'impulsion des sentiments les plus nobles et les plus désintéressés qu'il avait pris cette détermination... »

(2) Cf. J. Cloquet, Souvenirs sur la pic privée du général La Fayette, p. 181.

(5) Dans une lettre du 15 août i8jo. jCf. Correspondance inédite, 2" série, p. 102, et Henri Cordier, Stendhal et ses amis; 1890, in-4, p. 59.)

(4) Cf. Moniteur du 16 août 1850, — Une lettre d'invitation à ce banquet figurait dans le catalogue Lucas.de Montigny sous le n» i6j8.

pour repousser l'agression et reconquérir ses droits, nos droits à tous, les imprescriptibles droits du genre humain, elle a daigné se souvenir d'un vieux serviteur de la cause des peuples: en me proclamant son chef, en associant mon nom à ses triomphes, elle a récompensé les vicissitudes d'une vie entière. Ce peuple, si grand dans le combat, s'est montré plus grand encore dans sa générosité. Aujourd'hui, c'est avec le sentiment intime de sa souveraineté, c'est dans ses véritables intérêts qu'il faut organiser la victoire. Déjà toutes les opinions patriotiques se sont franchement ralliées autour d'un trône constitutionnel et populaire. Les acclamations de la capitale, les rapports de tous les départements nous témoignent un assentiment général à ce choix.

Puis il but (( à la glorieuse population parisienne ». Le lendemain, i6 août, sur la proposition de Guizot, Louis-Philippe nomma La Fayette commandant général des gardes nationales du royaume (i). Le 17, le général réclama l'abolition de la peine de mort. « Quel malheur, Messieurs, s'écriait-il, que l'abolition de la peine de mort n'ait pas été adoptée par l'Assemblée constituante ! Que d'irréparables douleurs nous eussent été épargnées ! » Le 19, il remercia Guizot et lui demanda la permission de désigner le général Mathieu Dumas comme major général des gardes nationales de France. « C'est, disaitil, au général en chef à nommer son chef d'état-major. Mais cette fois l'armée est si nombreuse et la carrière si vaste que cela vaut bien la peine d'une présentation au roi et au ministre (2). » En conséquence, le 23, une ordonnance royale régla les attributions du commandant général (3) et nomma Mathieu Dumas inspecteur général des gardes nationales du royaume.

(i) Cf. Mémoires de G«qo/, t. II, p. y) et suiv. — Guizot reproduit une note émanée de l'état-major de La Fayette et où la question du commandement général était posée.

(2) Cf. Mémoires de G/n^o/, t. II, pp. 65 et 64.

(j) Voici les termes de l'ordonnance ; « Le commandant général est

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