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[1830] LE PROGRAMME DE l'hOTEL DE VILLE 477,
duc; il est impossible d'avoir passé deux ans en Amérique et de n'être pas de cet avis; mais croyez-vous, dans la situation de la France, et d'après l'opinion générale, qu'il nous convienne de l'adopter? » — (( Non, répartit La Fayette; ce qu'il faut aujourd'hui au peuple français, c'est un trône populaire, entouré d'institutions républicaines, tout à fait républicaines. » — « C'est bien ainsi que je l'entends », dit le prince.
Cette conversation, dont La Fayette lui-même a rapporté les termes, fut résumée en une phrase : La monarchie constitutionnelle est la meilleure des républiques, qui devint populaire. La Fayette a répudié cette formule (i) que Metternich lui-même employait dans sa correspondance avec l'ambassadeur d'Autriche à Paris, le comte Apponyi (2), et que le gouvernement de Louis-Philippe avait intérêt à propager (3). Le général revint à l'Hôtel de Ville, donna les meilleures assurances aux rédacteurs, du programme (4) et lança deux procla-
(i) Dans son dernier discours, prononcé le ? janvier i8j4, et dont on trouvera les termes dans le chapitre XXX. — Odilon Barrot a déclaré qu'il n'a pas entendu le mot, mais que c'était là l'intime pensée du général. (Cf. Mémoires, t. 1er, p. 126.)
(2) On lit dans une lettre de Metternich, en date du 28 octobre iSji : « La différence qui existe entre la royauté légitime et la République ressort de l'opposition entre deux terrains également positifs, et sur lesquels tout est clair. Mais le roi citoyen, la royauté entourée d'institutions républicaines, en un mot, la meilleure des républiques, n'a pas de base d'existence réelle et pratique. » (Cf. Mémoires de Metternich, t. V, p. 209.)
(]) La légende d'une des lithographies signalées plus haut en est une preuve. De plus, on répandit dans le public la brochure suivante, où le duc d'Orléans s'abritait sous la popularité de La Fayette : Notices historiques sur son Altesse royale Louis-Philippe d'Orléans, lieutenant général du royaume, et sur le général La Fayette, commandant en chef les gardes rtationales de France, extraites de la Biographie universelle et portative des contemporains, publiée sous la direction de M. V.de Boisjolin, et précédées de quelques mots sur la nécessité de se rallier au duc d'Orléans; Paris, i8jo, in-8». (Bibl. nat., Lb=>'}.)
(4) Armand Marrast raconte ainsi les faits, p. 7 : « Le général La Fayette partit pour le Palais-Royal et nous attendîmes. Bientôt il fut de retour, et il nous dit avec épanchement que le duc d'Orléans et son fils partageaient toutes nos opinions, que ce que nous avions proposé était
mations et un ordre du jour. A l'armée française, il demandait de se ranger sous les ordres du général Gérard :
Le général La Fayette déclare, au norn de toute la population de Paris, qu'elle ne conserve à l'égard des militaires français aucun sentiment de haine ni d'hostilité; elle est prête à fraterniser avec tous ceux d'entre eux qui reviendront à la cause de la patrie et de la liberté, et elle appelle de tous ses vœux le moment où les citoyens et les militaires, réunis sous un même drapeau, dans les mêmes sentiments, pourront enfin réaliser le bonheur et les glorieuses destinées de notre belle patrie.
Aux citoyens de Paris, il annonçait la nomination du duc d'Orléans et rappelait habilement que « le lieutenant général du royaume, appelé par la Chambre, fut un des jeunes patriotes de 89, un des premiers généraux qui firent triompher le drapeau tricolore ». A la garde nationale, il déclarait accepter les fonctions de commandant général des gardes nationales de France.
Ce même jour, 31 juillet, Charles X se retirait à Rambouillet avec sa garde, impuissante à sauver l'ancienne monarchie.
Le 7 août 1830, les deux Chambres appelèrent au trône le duc d'Orléans. A la séance de la Chambre des députés, La Fayette réclama énergiquement l'abolition de la pairie héréditaire, qui était un des articles du programme de l'Hôtel de Ville, et déclara que, disciple de l'école américaine, il n'avait jamais compris qu'on pût avoir des
leur pensée intime, et que nous devions nous empresser de nous en remettre à eux du soin d'assurer le bonheur de la France. Alors plusieurs dentre nous partîmes pour divers points de Paris, et nous eûmes quelque peine à ramener le calme. » — Dans une lettre du 12 juillet i8p, La Fayette confirma ce récit en parlant en ces termes de Louis-Philippe : « L'amitié que j'ai éprouvée depuis pour lui et sa famille est postérieure au parti que j'ai pris en juillet 1830, uniquement parce que j'y vis la combinaison la plus favorable aux intérêts de la liberté et de la patrie, mais sous la condition de ce qu'on a depuis appelé le programme de l'Hôtel de Ville. »