‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 149 sur 236 · PROCÈS DES MINISTRES DE CHARLES X · texte numérisé non relu

PROCÈS DES MINISTRES DE CHARLES X

Le 1 7 octobre, La Fayette écrivit au général sir Robert Wilson :

Je jouis de l'approbation que vos compatriotes ont bien voulu donnera notre dernière révolutior^, et j'espère qu'il en résultera une véritable sympathie entre les deux peuples. Le gouvernement français ayant adopté le système de non-intervention est également disposé à ne pas souffrir celle des autres et à ne prendre lui-même aucune part dans les affaires de nos voisins. Cette scrupuleuse exactitude dérange les projets très généreux de mon ami le général Pepe. Il espère trouver plus de ressources dans les spéculations particulières de vos concitoyens. Quant à moi, aucune situation personnelle ne m'empêchera de faire des vœux pour la délivrance des opprimés de tous les pays (i).

Le 19 octobre, La Fayette félicita la garde nationale d'avoir dissipé les rassemblements qui s'étaient portés sur Vincennes et sur le Palais-Roj^al pour demander la tète des ministres de Charles X, et le roi le remercia de son admirable ordre du jour. Le 31, quatre-vingt mille gardes nationaux défilèrent, au Champ de Mars, devant Louis-Philippe et le commandant général, ce qui valut une nouvelle lettre laudative du roi à La Fayette. Le 8 novembre, restant fidèle à sa ligne de conduite politique, il réclama la complète abolition des cautionnements pour la presse périodique. Le 1 1 , il assista au banquet que lui offrit la septième légion de Paris, et il répondit au toast porté par Mathieu Dumas. Le 15, il désignait pour les honneurs du Panthéon, rendu à sa destination primitive, les quatre sergents de La Rochelle, Manuel et le général Foy. Le 18, il présenta au préfet de

les L.\ du rit français et du rit écossais réunies le 10 octobre i8jo; in-8. (Bibl. du Grand-Orient de France.)

(i) Orig. aut., British Muséum, Add. joii6, fol. 52.

484 I-E GÉNÉRAL LA FAYETTE ['^joj

la Seine, Odilon Barrot, son ami, une députation de la ville de Philadelphie, qui venait féliciter les Parisiens de leur courage et de leur triomphe. Le soir, au dîner offert à cette occasion par le préfet aux principaux membres de la colonie américaine, et auquel assistaient Alexandre de Humboldt, Cuvier, Arago et Chaptal, La Fayette but à la mémoire de Washington.

Le 22 novembre, La Fa3^ette déclara à la garde nationale de Meaux son intention de rester le candidat de l'arrondissement. Le 26 novembre, il répondit à Joseph Bonaparte, qui l'avait chargé de faire abroger la loi de proscription de sa famille, et expliqua les raisons de l'élévation du duc d'Orléans au trône de France. Le 26, il constatait que ses opinions libérales déplaisaient aux Broglie et à la famille Perier, et il plaisantait des propositions de royauté que lui avaient faites les Belges. Le 30 novembre, il s'excusait auprès du préfet de Seine-et- Marne de ne pouvoir assister à la revue de la garde nationale de Melun, et se faisait suppléer par le général Carbonel (i). Le 4 décembre, il s^opposa à l'extradition des déserteurs ; le 1 1 , le roi le félicita des mesures prises pour le transfert des ex-ministres de Charles X de Vincennes au Luxembourg, Le 12, La Fayette, qui s'était installé dans ce palais pour la durée du procès, remercia Louis-Philippe, et lui fit sentir combien serait glorieuse pour son règne une intervention en faveur de la Pologne. Le même jour, il se rendit à l'École Polytechnique, et lut aux élèves rassemblés dans la cour l'adresse des élèves

(i) Copie, coll. de M. Th. Lhuillier, de Melun. — Voici un passage de cette lettre : « Je jouis d'avance du succès que je prévois pour notre garde nationale; j'aurais été heureux d'en être le témoin et de vous aider à recevoir le jeune et à tous égards bien digne héritier du trône civique. -Soyez auprès de lui et auprès de mes camarades l'interprète des sentiments que je leur ai voués. »

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de l'École militaire de West-Point à leurs camarades de France, pour les féliciter de leur belle conduite.

Le 13 décembre, La Fayette accompagna Benjamin Constant à sa dernière demeure, et il prononça l'éloge funèbre de son vieil ami, « si éminemment Français par ses sentiments et par le caractère de ses talents ». Le 14, il soutint le projet gouvernemental de l'organisation de la garde nationale.

Le procès des ministres de Charles X passionnait les esprits ; des rassemblements se formaient aux abords du Luxembourg et étaient contenus par la garde nationale. La Fayette montra, dans ces circonstances, le même sang-froid qu'au temps de sa jeunesse. Dans la matinée du 20, il sortit à pied, par la rue de Tournon, avec quelques officiers de son état-major, traversa la foule, qui s'écartait sur son passage et l'acclamait, et fit évacuer toutes les rues adjacentes au palais. Il adressa trois ordres du jour à la garde nationale et reçut, le 22 décembre, une lettre du roi manifestant sa gratitude. Le 23, il résumait la situation dans ces lignes adressées à Théodore Lameth :

La crise, redoutée à juste titre, du procès des ministres, s'est passée heureusement. Elle était le point de rendez-vous de tous les intérêts opposés au maintien actuel de l'ordre public, et, quoique les ministres ne fussent qu'une occasion, il pouvait en résulter contre eux un affreux attentat et pour la Révolution une grande souillure. Heureusement nous en sommes sortis d'une manière honorable pour la garde nationale, et la jeunesse s'est unie loyalement à notre devise de hberté, ordre public... Voilà aujourd'hui la tranquillité rétablie. Il est à souhaiter qu'on en profite pour marcher dans le sens de la Révolution et nous donner des institutions électorales, communales et départementales (i).

(i) Orig. aut., Bibl. nat., Fr. n. acq. IJ89.

486 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [iS^o]

La Fa3^ette venait de rendre, par ses habiles dispositions, un service signalé au gouvernement (i) : ce devait être le dernier de cette nature, car, le 24 décembre, la Chambre adopta un projet de loi interdisant tout commandement central de la garde nationale et replaçant cette milice sous les ordres du ministre de l'intérieur. Ce vote supprimait en fait le commandement général dont La Fayette était investi : celui-ci, le 26 décembre, s'empressa d'envoj^er au roi sa démission, et il refusa le titre de commandant honoraire que le président du Conseil avait proposé de lui conférer. Louis-Philippe le pria d'ajourner sa décision jusqu'à ce qu'il en eût conféré avec ses ministres, et de venir causer avec lui. Laffitte et surtout Montalivet essayèrent de faire revenir le général sur une démission dont ils craignaient le mauvais effet sur le peuple; ils échouèrent. Le général Philippe de Ségur ne fut pas plus heureux. La Fayette répondit à ses observations :

Non, non, mon cher cousin; je connais ma position; il est temps que je me retire. Je pèse, je le sais, comme un cauchemar, sur le Palais-Royal ; non pas sur le roi et sa famille, qui m'aiment, qui sont les meilleures gens du monde, et que. j'aime tendrement, mais sur leurs entours. N'ai-je pas entendu Viennet s'écrier devant le roi, en me voyant entrer : « Voilà le maire du palais. » Sans doute j'ai été utile à son avènement; mais si je lui ai sacrifié quelques-unes de mes convictions, ce n'a été que sur la foi du programme de l'Hôtel de Ville. J'annonçai là un roi s'appuyant sur des institutions républicaines! Or, cette déclaration, qu'on semble oublier,

(i) Guizot le reconnaît dans ses Mémoires, t. II, p. ip. — Odilon Barrot en a témoigné [Mcinoircs, t. I", p. 197) : « Sans le général La Fayette, le procès aurait eu le plus déplorable dénouement; ce ne sont pas seulement les accusés qui auraient été victimes, leur mort eût été le signal d'une révolution violente. Si, en juillet et août i8jo, le général La Fayette a élevé le trône, en décembre il l'a préservé d'une catastrophe inévitable. -

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