‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 152 sur 236 · ÉLOGE DES GARDES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

ÉLOGE DES GARDES FRANÇAISES

battit la prolongation de la loi d'exception contre les réfugiés politiques, et montra que, si on n'avait pas eu la faiblesse de voter cette loi, le gouvernement n'aurait pas « osé présenter contre les nationaux la loi qui est devant l'autre Chambre », et il ajoutait :

Alors celui de vos collègues qui, deux ans avant la Révolution, avait demandé, dans une assemblée de notables, l'abolition des lettres de cachet et des tribunaux d'exception, n'aurait pas eu le chagrin de voir un pouvoir, sorti des barricades, sorti de la révolution de Juillet, venir présenter au peuple français, son souverain et son bienfaiteur, un projet de loi qui ramènerait parmi nous les lettres de cachet et les tribunaux exceptionnels.

Le 8 avril 1833, on proposa de traduire à la barre de l'Assemblée le gérant du journal la Tribune, pour un article accusant de vénalité un député ; La Fayette s'y opposa, au nom de la liberté, qu'il avait défendue à toutes les époques aussi bien contre ses amis que contre ses adversaires. Le 22 avril, il plaida de nouveau la cause des vainqueurs de la Bastille, et loua la conduite des gardes françaises, qui comptèrent l'illustre général Hoche dans leurs rangs. A cette même époque il assista au procès intenté à Cabet, qu'il eut le plaisir de voir acquitter (i). Le 3 mai, il écrivit une longue lettre à son amie, la princesse Christine de Belgiojoso, qui se trouvait alors à Tours. Il raillait le gouvernement de l'interdiction d'un

(i) On lit à ce sujet dans une lettre adressée par La Fayette, le 21 avril 183 j, à Sarrans, et qui m'est communiquée par M. Noël Charavay : « Vous aurez vu que mon collègue Cabet avait renoncé à ses citations. Nous étions beaucoup de députés et moi à son procès. L'acquittement a été un coup fâcheux pour les Tuileries. Croiriez-vous que, malgré une ancienne lettre de moi qui le détrompait, Cabet a répété, dans son pamphlet distribué aux députés, son rêve de programme rédigé par les vainqueurs à l'Hôtel de Ville pour être présenté par moi au duc d'Orléans, tandis que dans la même page il publie le véniab\e programme, ce que j'ai du moins appelé de ce nom, ma conversation avec le nouveau lieutenant général et ses réponses 1 »

bal démocratique à Paris et d'un banquet de la presse à Lyon. « Il est défendu à Lyon, disait-il, de chanter la Marseillaise, que Louis-Philippe chantait si bien, ce qui ressemblerait à une jalousie de virtuose, » Il annonçait qu'il s'occupait de cours gratuits pour les ouvriers, et faisait partie d'un comité dont Dupont de l'Eure était président. Il se félicitait de la loi d'instruction primaire, imparfaite sans doute, mais meilleure que les précédentes ( i ). Le 27 mai 1833, La Fayette présida, au bois de Vincennes, un banquet donné par les républicains allemands de Paris, pendant qu'une manifestation libérale avait lieu au château de Hambach, dans la Bavière rhénane. Le gouvernement autrichien s'émut de cette union entre les démocrates de l'Allemagne et ceux de la France, et, le 6 juin 1833, le prince de Metternich écrivait au comte ApponA'i, ambassadeur à Paris :

Le banquet allemand, présidé par le héros des deux mondes, est digne d'attention. Je crois que la connivence avec les factieux allemands et l'existence à Paris du point central de toutes les révolutions n'a également plus besoin de démonstrations. La propagande n'a jamais avoué d'une manière plus impudente ses plans et ses espérances (2).

Le 12 juin, Le Fayette assista à un grand dîner breton et y prononça un discours, dans lequel il rappela la belle conduite des Bretons à l'Assemblée constituante, vanta Lanjuinais et Kervelegan d'avoir défendu « la vraie liberté républicaine avec un courage qui arracha l'admiration même de leurs persécuteurs », et termina par ce

(i) Cf. aux Picces justificatives, n" XXXIV, le texte de cette lettre, d'après l'original faisant partie de la collection de M. Alfred Morrison. Un fragment en avait été publié, dans les Mémoires de La Fayette, sous la date erronée du 2 mai i8jj.

(2) Cf. Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Mettcrnicli, t. V, p. 286.

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