ABOLITION DE LA PAIRIE HEREDITAIRE
taire. Il déclara que l'aristocratie est un mauvais ingrédient en politique et affirma qu'il avait toujours été pour le système des deux Chambres, malgré Topinion de Turgot et de Franklin. Le lo, il obtint gain de cause; le II, il ne parvint pas à faire admettre un amendement tendant à la nomination des pairs pour quinze années, et au renouvellement quinquennal de la Chambre haute. Il considérait toutefois l'abolition de l'aristocratie héréditaire « com.me un bon corollaire de la nuit du 4 août (i) ». Il accepta, à cette même époque, les fonctions de maire de Courpalav, commune d'où dépendait son château de La Grange. Le 2g novembre, il assista, en uniforme de grenadier de la garde nationale polonaise, à la célébration de l'anniversaire de l'insurrection de Pologne. Il rappela qu'il avait été le compagnon d'armes de Pulawski et de Kosciuszko. et il termina son discours par les cris de : Gloire à la Pologne! Vive la Pologne!
Cette généreuse fougue trouvait des improbateurs. Elle ne pouvait plaire aux diplomates, dont les paladins ont coutume de déranger les laborieux calculs. Le duc de Dalberg écrivait à Talleyrand, le 21 novembre 1831 : « Quand les masses sont soulevées, sont poussées par des brouillons, par des La Fayette, qui peut les arrêter (2)? » Rien non plus n'était capable d'arrêter La Fayette, tout fier d'avoir écrasé la pairie héréditaire. Le 7 décembre, il continua son œuvre, en faisant supprimer les peines portées par l'article 259 du Code pénal contre ceux qui s'attribuent des titres de noblesse légalement non conférés. Comme à son ordinaire, il évoqua l'Assemblée constituante ; il rappela même le fameux décret du 1 9 juin 1 790, qui avait aboli les titres de noblesse, et à propos duquel
(i) Cf. lettre de La Fayette, en date de Paris, 15 octobre i8ji. (2) Cf. Mémoires de Talleyrand, t. IV, p. 5 5i-
il avait dû faire amende honorable à Louis XVI ( i). Il dit avec raison que la création de la noblesse impériale avait été un pas vers la contre-révolution. Il conquit, cette fois encore, les applaudissements et le vote de l'Assemblée,
L'année 1832 ne ralentit pas l'activité de La Fa3^ette. Par la parole et par la plume, il prodigua les conseils et réconforta les opprimés. Le 5 janvier, il écrivit au général Ostrowski; le 14, à lord Holland; le 17, à dom Pedro, auquel il recommanda son petit-fils, Jules de Laste3^rie, qui, par un heureux atavisme, voulait prendre part à la campagne pour l'indépendance portugaise. Le i*''" février, il stigmatisa la conduite de l'Autriche dans les affaires d'Italie. Le 5, il donnait une lettre de recommandation auprès du président Andrew Jackson au ministre plénipotentiaire de Belgique aux Etats-Unis, et faisait l'éloge des Belges, qui « ont maintenant pris un rang distingué parmi les nations libres », et de leur roi élu, Léopold I", qui « est un honnête homme ». Le 8 mars, la discussion du budget du ministère des affaires étrangères lui fournit une nouvelle occasion d'interpeller le gouvernement sur sa conduite à l'égard des peuples dont la révolution de juillet avait réveillé les espérances de liberté et de délivrance. Il se félicitait de voir le drapeau tricolore flotter sur Ancône, mais il exprimait des doutes sur les résultats effectifs de cette intervention. Le 9 avril, il défendit la cause sacrée des réfugiés politiques.
Cependant, le choléra ravageait Paris. Le président du Conseil, Casimir Perier, et le ministre d'Argout en étaient atteints. Le second se rétablit, mais le premier succomba. La Fa3^ette, dont les soixante-quinze ans défiaient le fléau, annonçait cette perte, le 16 mai 1832 :
(i) La Favette fit allusion à cet épisode de sa vie par ces mots : « Il y avait peut-être quelque exa^'ération dans les formes du décret. »
[l8p] ÉMEUTE DES 5 ET 6 JUIN 497
Le pauvre Casimir Perier est mort ce matin à huit heures. Il laisse dans une des deux grandes divisions de la France et de l'Europe de profonds regrets et une haute renommée; dans l'autre des sentiments d'amertume qui s'adouciront à mesure qu'on saura mieux qu'il n'était pas le chef du déplorable système adopté au dedans et au dehors.
Le 2g mai, il convia, dans une lettre à lord Grey. l^Angleterre à s'unir à la France pour sauver la Pologne. Le même jour, il signa, avec cent trente-neuf de ses collègues, le compte rendu par lequel l'opposition exposait au pays la situation politique et sommait le gouvernement de juillet de rentrer dans les conditions de son existence, c'est-à-dire dans la voie de la liberté et du progrès. Le général Lamarque, quoique agonisant, avait fait apposer sa signature sur ce manifeste. Il mourut le i*""" juin 1832. Son enterrement devant avoir lieu à Montde-Marsan, on transporta le corps jusqu'au pont d'Austerlitz, en suivant les boulevards depuis la Madeleine. Une foule immense, avide de rendre les derniers devoirs à ce défenseur des droits du peuple, précédait et suivait le cortège. Au pont d'Austerlitz, plusieurs discours furent prononcés : La Fayette, qui tenait un des cordons du poêle, fit l'éloge de son collègue et parla des grands souvenirs de 1789 et de 1830. Dans leur enthousiasme, les jeunes gens des écoles voulurent porter les restes de Lamarque au Panthéon. La Fa3^ette les en dissuada, par respect pour les volontés du défunt et de sa famille. Mais les esprits étaient surchauffés : les cris de Vive la République! A bas Louis-Philippe! retentirent. La police voulut arrêter les manifestants et déchaîna l'émeute. Pendant deux jours Paris fut ensanglanté et soumis à l'état de siège; il fallut, pour réduire les insurgés, canon ner les barricades du cloître Saint-Merry.
La Fayette n'approuva pas ce mouvement révolutionnaire, tout en rendant justice au courage de ceux qui avaient payé de leur vie ce moment d'eftervescence. On l'accusa d'avoir mis un bonnet rouge sur sa tête; il fit justice de cette fable ridicule, que les acclamations du peuple avaient accréditée. Il n'eut pas plus de tendresse pour les mesures violentes prises par le gouvernement et qu'il qualifiait ô^ arhitraii'cs. Il expliqua les faits, le
9 juin 1832, dans deux lettres, l'une à Dupont de l'Eure, l'autre à un ami ( i ) :
Nous sommes en état de siège, de contre-révolution et d'apologies terroristes pour les mesures arbitraires, dont les bons, ne doivent pas s'inquiéter puisqu'elles ne tomberont que sur les mauvais. C'est de la cour d'un jacobin de l'époque du
10 août et du 21 janvier que partent les accusations d'avoir, l'autre jour, couronné le bonnet rouge. Je dois dire pourtant qu'une de ses fdles a eu le courage de me défendre. Quant au père, il nie avoir pris aucun engagement avec moi. Les deux assertions seront jugées par le public, à la première occasion que j'aurai de répéter la mienne.
La Fayette, dégoûté, disait, le 7 juin, au moment où l'insurrection était écrasée : « Je ne me soucie pas de garder ma place de maire ni de membre du conseil général du département, ne voulant pas plus de liens avec la contre-révolution de juillet 1830 qu'avec celle de 89. » Il tint parole et, le 2 1 juin, il donna, en des termes polis, au préfet de Seine-et-Marne, sa démission de maire de Courpalay et de membre du conseil g'énéral du département. Le 20, il avait ainsi exposé ses raisons :
Il a été dans ma destinée personnelle depuis l'âge de dixneuf ans d'être une sorte de type de certaines doctrines, de certaine direction, qui, sans me mettre au-dessus, me tiennent
(1) Lettre inédite, comniuniqucc par M. Noël Charavay.
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néanmoins à part des autres. Lorsque la révolution de juillet et mes explications avec le roi, préalables à sa nomination, m'ont promis un trône populaire entouré d'institutions républicaines, je me suis dévoué de tout mon cœur au gouvernement. Lorsque j'ai vu adopter un système différent, je me suis retiré de l'intimité. Je me suis opposé dans la Chambre à ce que je n'approuvais pas. Je me suis soustrait à la solidarité. Néanmoins, malgré l'opinion que j'avais émise sur l'élection des maires, malgré la résolution que j'avais prise de rester étranger à tout conseil départemental non électif, vous aurez vu que, dans mon acceptation de la mairie et d'une place au conseil général, je n'avais pas mis de pédanterie. Aujourd'hui le gouvernement arbitraire a succédé aux engagements de la Charte ; car ce qui a duré quinze jours sans opposition pourrait durer quinze mois, quinze ans, comme sous les deux régimes précédents. C'est pour le principe la même chose. Le roi a déclaré que le système du 1 3 mars, ce réfrigérant de la liberté intérieure, cet éteignoir de notre considération au dehors, était le sien. Depuis son avènement au trône, il a nié ses engagements avec moi ; ce qui est moins important pour la France, mais l'est beaucoup pour moi, car il existe entre nous un démenti formel. Dans ces circonstances tout emploi, qui ne serait pas le résultat de l'élection populaire, ne convient plus à ma situation individuelle. Je puis être membre de la Chambre des députés et du conseil général de la commune. Il n'en est pas ainsi de la mairie et de la place au conseil du département.
Cet exposé de sentiments met à nu le cœur de La Fayette. Il ne voulait tenir un mandat que des électeurs, et surtout il répudiait toute fonction venant d'un gouvernement qui avait trompé ses espérances. C'est dans ces circonstances difficiles qu'il apprit que son vénérable ami Jeremy Bentham, décédé à Londres le 6 juin 1832, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, lui avait légué une bague et son portrait.
La Fayette proteste contre l'expulsion du comte Ostrowski (5 juillet i8j2.) — Lettre sur le succès de ses principes (12 juillet". — Il célèbre à Rozoy les têtes de l'anniversaire des journées de juillet. — Il obtient quatre prix au concours agricole de Rozoy (30 septembre . — Il assiste à l'ouverture de la Chambre J9 novembre). — Il applaudit à un discours d'Odilon Barrot '30 novembre~i. — Il soutient un amendement de Bignon en faveur de la nationalité polonaise (j décembre i8j2). — Il reproche au gouvernement sa marche rétrograde (15 janvier i8jj). — Il fait l'éloge de la
• prise de la Bastille ;25janvier). — Discours mémorable prononcé à cette occasion. — Il parle en faveur des condamnés politiques (26 février). — 11 proteste contre l'arrestation de Joachim Lelewell (11 mars). — Lettre au président Andrew Jackson sur les bruits de séparation entre les Etats (15 mars). — Il combat la prolongation de la loi d'exception contre les réfugiés politiques (jo mars). — Il s'oppose à ce qu'on traduise à la barre de l'Assemblée le gérant de la Tribune (8 avril). — Il loue la conduite des gardes françaises pendant la Révolution (22 avril). — Lettre à la princesse Christine de Belgiojoso et raillerie sur Louis-Philippe (j mai).
— Il s'occupe des cours gratuits des ouvriers. — Il approuve la nouvelle loi sur l'instruction primaire. — 11 préside le banquet des républicains allemands (27 maii. — Réflexions de Metternich 6 juin). — Il assiste à un grand dîner breton (12 juin). — 11 parle sur le traité avec les Etats-Unis (4 juillet). — 11 exprime son opinion sur le roi (11 juillet). — Il se réjouit de la défaite de don Miguel. — 11 écrit à Lucien Bonaparte que la réintégration de la statue de Napoléon sur la colonne Vendôme devrait avoir pour conséquence la rentrée en France des membres de la famille impériale (27 aoiJi';. — Il attaque la politique rétrograde du gouvernement et réclame le droit d'association (5 janvier i8j4;. — Belle profession de foi.
— Il répudie le mot fameux : La meilleure république, c'est la nôtre. — II appuie les pétitions relatives aux réfugiés polonais (26 janvier). — Il va visiter le député Dulong, blessé mortellement en duel par le général Bugeaud (29 janvier . — 11 console Dupont de l'Eure (30 janvier). — 11 assiste aux obsèques de Dulong et se refroidit (i" février . — Il s'alite et est soigné par le médecin Guersent et le chirurgien Jules Cloquet. — 11 écrit à Fenimore Cooper qu'il ne doute pas de sa guérison définitive (14 avril). — De son lit il suit les événements. — Il écrit à Murray pour se réjouir de l'émancipation des esclaves (i^i^mai). — 11 sort en voiture et reprend froid 9 mai'. — Son état s'aggrave. — Consultation de médecins.
— Bulletins de santé publiés par le National. — Emotion produite par la nouvelle de l'aggravation de sa maladie. — Le président de la Chambre, Dupin aîné, fait demander de ses nouvelles (19 mai). — Georges La Fayette signale une légère amélioration dans l'état de son père. — Le mieux ne se soutient pas. — Lettre de 1 amiral de Rigny à Talleyrand (19 mai\ — Derniers moments de La Fayette. — Il presse sur sa bouche
. un médaillon contenant le portrait et des cheveux de sa femme. — Mort de La Fayette (20 mai). — Acte de décès. — Annonce de la mort par le président de la Chambre. — Tirage au sort de la délégation qui doit
assister aux obsèques. — Georges La Fayette avertit oftlciellenicnt la Chambre. — Réponse du président 120 mai). — Article du Moniteur (21 mail. — Eloge de La Fayette par Armand Carrel 'dans le National (21 mai). — Précautions minutieuses prises par le gouvernement pour le règlement des obsèques. — Les Américains et les Polonais se concertent.
— David d'Angers prend un masque, et Ary Schetîer un dessin de la figure. — Les Polonais portent le cercueil de la maison au catafalque. — Funérailles officielles 22 mai). — Le convoi va à Téglise de FAssomption, et de là au cimetière de Picpus. — Déploiement de troupes et de gardes nationaux. — Le maréchal Lobau conduit 5,000 gardes nationaux, en uniforme, mais sans fusil. — Vaine tentative d'émeute place Vendôme. — Grande affiuence de curieux, mais abstention du peuple. — Chateaubriand assiste au défilé. — Inhumation au cimetière de Picpus, près de sa femme. — Jugement d'Armand Carrel sur le caractère officiel des obsèques.— Opinion de Guizot. — Emotion considérable produite en France.
— On publie des biographies, des portraits. — Image populaire représentant la mort. — Deuil national aux Etats-Unis. — Décision du Congrès américain à cet effet (24 juin 1854). — Discours de John-Quincy Adams devant le Congrès (ji décembre 18J4). — Eloge de La Fayette par Edward Everett (6 septembre iBh)- — Douleur des peuples opprimés.
— Réflexion de la princesse de Metternich. — Publication des Mémoires et de la Correspondance de La Fayette par son fils (i8j7)i. — Célébration de l'anniversaire de la déclaration de l'indépendance des Etats-Unis (1876). — Statues élevées à New-York et à Washington. — Erection d'une statue de La Fayette au Puy (6 septembre 1885).
La Fayette avait définitivement rompu avec le gouvernement. Il ne conserva de relations avec les ministres que pour protester en faveur des opprimés. C'est ainsi qu'en apprenant l'ordre d'expulsion signifié au comte Ostrowski, il demanda, le 5 juillet 1832, au ministre de l'intérieur, Montalivet, la permission d'emmener ce proscrit à La Grange. Rentré dans sa propriété, le 1 1 juillet, il écrivit, le 12, à un ami, une lettre où il rappela que, dans le cours de sa longue carrière, il avait vu ses idées, d'abord traitées de chimères, devenir des réalités. Il déclara que Louis-Philippe ne lui avait aucune obligation : '( Loin d'aider, dit-il, son père à se faire roi, j'avais causé sa sortie de France. » Il célébra à Rozoy les fêtes anniversaires des journées de juillet, et il se borna à annoncer aux gardes nationaux que la cocarde tricolore avait débarqué en Portugal sur la tête de son petit-
[l8p] DISCOURS CONTRE LE GOUVERNEMENT ^03
fils Lasteyrie. Le 30 septembre, son amour-propre d'agriculteur fut agréablement [flatté, car ses bestiaux furent primés quatre fois au concours agricole de Rozoy. Le 19 novembre 1832, La Fa3^ette vint assister à l'ouverture de la Chambre, qui fut marquée par un coup de pistolet tiré sur le roi pendant que celui-ci se rendait à la séance. Le général considéra que c'était une jonglerie, un attentat simulé par la police, et il s'abstint d'aller porter ses condoléances aux Tuileries (11. Le 30 novembre, il applaudit à un discours prononcé par Odilon Barrot, pendant la discussion de l'adresse, à l'occasion de la révolte de la Vendée. Le même jour, il écrivait à ce sujet:
Il est moins républicain que moi et plus confiant dans la possibilité de marcher avec nos données actuelles; mais s'il était président du Conseil et maître de ses choix, nous aurions à peu près toutes les institutions que nous avons crues possibles à l'époque de juillet. J'irai aujourd'hui à sa soirée, quoique je ne sorte guère après dîner.
Le 3 décembre 1832, La Fa3^ette soutint un amendement de son collègue Bignon en faveur de la nation polonaise. Le 7, il annonçait le commencement du siège d'Anvers. L'année 1833 1© trouva toujours aussi actif et encore plus ancré dans son opposition. Le 15 janvier, il parla sur la loi d'organisation départementale et déclara qu'au lieu « de rétrograder, nous devrions avancer dans le système national ». Ce mot rétrograde offusqua le ministère, mais La Fayette répéta, le lendemain, qu'on était (( en marche rétrograde vers la restauration, ou du moins vers son système ». Le 23 janvier, il prit part à la discussion sur le projet de loi tendant à accorder une pension aux vainqueurs de la Bastille. Les adversaires
(i) Cf. lettre de La Fayette en date du 19 novembre i8p.
)04 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE ['S? il
de cette proposition déclaraient, par la bouche de Gaétan de la Rochefoucauld : « Ce n'est pas la prise de la Bastille qui a fait la Révolution ; c'est elle, au contraire, qui, en la détournant de sa marche naturelle, l'a précipitée dans tous les excès de l'anarchie. » La Fayette remplit un devoir en montant à la tribune pour « défendre la révolution de juillet et ce fameux 14 juillet, qui fut le signal de la révolution européenne (i) ». Dans un discours resté célèbre, le vieux patriote de 178g iit un récit de cette mémorable journée, et termina par cette péroraison :
De même que le 4 juillet 1776 a été l'ère américaine de la liberté du monde, c'est-à-dire d'une liberté fondée sur la simple doctrine des droits naturels et sociaux, de même la prise de la Bastille a été reconnue de tout temps comme le signal de l'émancipation européenne, seulement retardée par beaucoup d'obstacles, mais que rien n'empêchera de s'accomplir.
Cette affirmation d'un survivant de la grande époque produisit une profonde impression sur l'Assemblée. La Faj-ette, continuant son rôle de défenseur des opprimés, parla, le 26 février 1833, en faveur des condamnés politiques, et, le II miirs, il protesta avec indignation contre l'arrestation du patriote polonais Joachim Lelewell, opérée à La Grange, malgré les promesses du gouvernement. Le 15 mars, il exprima au président Jackson son contentement d'apprendre que les bruits de séparation entre les États étaient complètement dissipés (2). Le 30, il com-
(i) Cf. J. Flammermont, La joiirnce du 14 juillet 1789; Paris, 1892, in-8.
(2) La Fayette avait, auparavant, écrit une lettre dans laquelle il suppliait ceux qui formaient des projets de séparation d'attendre le temps peu éloigné où les derniers survivants de la guerre de l'indépendance auraient disparu. Cette lettre avait été publiée par les journaux américains et avait peut-être contribué à faire échouer une tentative séparatiste, qui malheureusement se renouvela plus tard et donna lieu à la fameuse guerre de sécession.