‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 168 sur 236 · JUGEMENT DU MARQUIS DE BOUILLE SUR LA FAYETTE · texte numérisé non relu

JUGEMENT DU MARQUIS DE BOUILLE SUR LA FAYETTE

M. de La Fayette était un de mes plus proches parents ; je l'avais connu dès son enfance, j'avais suivi sa conduite depuis son entrée dans le monde. Je redoutais son caractère méfiant et dissimulé, plus que son ambition, que j'aurais désiré voir satisfaite, s'il avait voulu sauver le roi, la monarchie et sa patrie, en arrêtant la Révolution au point où elle en était alors et en établissant un gouvernement sur des bases et sur des principes solides et convenables à la France et au génie de ses peuples. M. de La Fayette le pouvait ; il était le seul homme qui eût alors assez de force et de puissance ; mais il avait de l'ambition, sans le caractère et le génie nécessaires pour la diriger ; elle se réduisait au désir de faire du bruit dans le monde et de faire parler de lui. Ce n'était pas un homme méchant et encore moins un scélérat ; mais il était au-dessous, je pense, de la grande circonstance où il se trouvait. Il ne m'aimait pas ; je lui avais parlé souvent avec franchise, et, dès les années précédentes, je lui avais reproché son esprit révolutionnaire, lui annonçant qu'il se perdrait, après avoir fait peut-être bien du mal à sa patrie,

[Mémoires du mar>.]uis de Bouille, éd. Didot, p. 145 et 146.) PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR TALLEYRAND

M. de La Fayette est d'une famille noble d'Auvergne, peu illustrée ; sous Louis XIV, l'esprit d'une femme avait donné quelque éclat à son nom. Il était entré dans le monde avec une grande fortune, et avait épousé une fille de la maison de Noailles. Si quelque chose d'extraordinaire ne l'eût pas tiré des rangs, il serait resté terne toute sa vie. M. de La Fayette n'avait en lui que de quoi arriver à son tour ; il est

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