‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 167 sur 236 · PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR LE COMTE DE LA MARCK · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR LE COMTE DE LA MARCK

M. de La Fayette recherchait avec soin tout ce qu'il croyait être de bon air dans les personnes et dans les choses. Mais, malgré ce goût pour le bon air, il était gauche dans toutes ses manières; sa taille était très élevée, ses cheveux très roux; il dansait sans grâce, montait mal à cheval; et les jeunes gens avec lesquels il vivait se montraient tous plus adroits que lui dans les divers exercices du corps alors à la mode. Aux bals dont j'ai parlé, qu'on donnait à Versailles et auxquels la reine prenait grand plaisir à danser dans des quadrilles arrangés, elle admettait les jeunes gens qui brillaient le plus à la Cour, et cette faveur était très recherchée. Par l'appui des parents de sa femme, M. de La Fayette fut admis dans un de ces quadrilles; mais il s'y montra si maladroit et si gauche que la reine ne put s'empêcher d'en rire, et on imaginera aisément que les courtisans ne manquèrent pas de la seconder dans cette occasion.

La plupart des jeunes gens, compagnons de M. de La Fayette, avaient encore leurs parents et peu d'argent à dépenser, tandis que lui, jouissant de la libre disposition de toute sa fortune, faisait des dépenses impossibles pour les autres. Il avait beaucoup de chevaux et en prêtait avec obligeance à ses amis : il tenait une grande et bonne maison, recevait beaucoup de monde et faisait très bonne chère.

iCorrcspondancc entre le comte de Mirabeau et le comte Je La Marck, t. I, p. 62 et 6j.)

PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR LE COMTE d'eSPINCHAL

La Fayette est grand, élancé, d'une figure douce et honnête, mais blême, froide et inanimée...

PORTRAIT PAR LE COMTE d'eSPINCHAL ^JÇ

La Fayette, naturellement très ambitieux, ne dédaignait point alors les grâces de la Cour. Il se flatta d'être fait duc, et, dans cette espérance, il fit l'acquisition de quelques terres aux environs de ses possessions, en Auvergne, pour pouvoir asseoir un duché.

Depuis son retour d'Amérique, La Fayette avait été accueilli avec le plus grand empressement par toute la noblesse d'Auvergne, et même par la bourgeoisie. Avec un faux air de modestie, il est impossible d'être plus avide des hommages, qu'il venait quêter jusque dans le fond des provinces, et surtout en Auvergne. Il recherchait avec une affectation marquée les suffrages de la pauvre noblesse et des moindres bourgeois, parmi lesquels il s'était fait un grand nombre de partisans. Il annonçait toujours d'avance son arrivée dans les villes où il savait qu'on était disposé à lui faire une réception honorable. C'est ainsi qu'on l'a vu être reçu à Riom, à Clermont, à Brioude, à Saint-Flour, à Aurillac, avec une pompe aussi ridicule qu'extraordinaire. Tout son désir était de faire un grand effet et de faire parler de lui.

On avait alors [en 1789] grande idée de ses talents : cachant son insuffisance sous un extérieur très froid et une hypocrite modestie, il n'avait pas encore donné la juste mesure de son incapacité ,.

Son extérieur modeste, hypocrite et composé, en imposa d'abord au peuple. Mais bientôt toutes ses bassesses envers les Jacobins, ses continuelles courbettes, son air humble et rampant devant la populace, son peu d'énergie dans les circonstances d'éclat, le rendirent méprisable aux yeux de ceux qui l'avaient élevé et soutenu dans les commencements...

Au retour de l'infortunée famille royale, La Fayette employa tous ses moyens pour la faire insulter à son passage par toute la populace, défendant expressément les moindres témoignages de respect, ordonnant de garder son chapeau sur la tête, etc. Pendant six semaines, La Fayette devint le geôlier le plus exact de ses augustes prisonniers, mettant en usage les moyens les plus raffinés pour tourmenter le roi et la reine, et prenant les plus insultantes précautions pour assurer leur captivité. Il faudrait un volume pour décrire

tous les crimes dont ce timide et plat conspirateur s'est rendu journellement coupable, et ceux dont il s'est rendu le complice.

(Publié dans la Revue rctrospective, de. Paul Coltin, par M. Paul Le Blanc, 1804, P- 289 à ;20.

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