PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR CHATEAUBRIAND
En cette année 1854, M. de La Fayette vient de mourir. J'aurais été, jadis, injuste en parlant de lui ; je l'aurais représenté comme une espèce de niais à double visage et à deux renommées : héros de l'autre côté de l'Atlantique, Gilles de ce côté-ci. Il a fallu plus de quarante années pour que l'on reconnût, dans M. de La Fayette, des qualités qu'on s'était obstiné à lui refuser. A la tribune, il s'exprimait facilement et du ton d'un homme de bonne compagnie. Aucune souillure n'est attachée à sa vie; il était aflfable, obligeant et généreux. Sous l'empire, il fut noble et vécut à part ; sous la restauration, il ne garda pas autant de dignité; il s'abaissa jusqu'à se laisser nommer vénérable des ventes du Carbonarisme, et le chef des petites conspirations, heureux qu'il fut de se soustraire, à Belfort, à la justice, comme un aventurier vulgaire. Dans les commencements de la Révolution, il ne se mêla point aux égorgeurs; il les combattit à main armée, et voulut sauver