PORTRAIT DE LA FAYETTE PAR SAINTE-BEUVE
D'ensemble, on peut considérer La Fayette comme le plus précoce, le plus intrépide et le plus honnête assaillant à la prise d'assaut de l'ancien régim-e, dès les débuts de 1789. Toujours pourtant quelque chose du chevalier et du galant adversaire, soit qu'il s'élance à la brèche en 1789 l'épée en main, soit qu'il reparaisse comme le porte-étendard général de la
révolution de 1830. Un très spirituel écrivain, M. Saint-Marc Girardin, en louant La Fayette dans les Débats (preuve qu'il est bien mort), a conjecturé que, s'il avait vécu au moyen âge, il aurait fondé quelque ordre religieux avec la puissance d'une idée morale fixe. Je crois que La Fayette, au moyen âge, aurait été, ce qu'il fut de nos jours, un chevalier, cherchant encore, à sa manière, le triomphe des droits de l'homme sous prétexte du Saint-Graal, ou bien un croisé en quête du saint tombeau, le bras droit et le premier aide de camp, sous un Pierre l'Ermite, c'est-à-dire sous la voix de Dieu, d'une des grandes croisades.
[Portraits littéraires; Paris, Didier, 18^5, in-12, t. II, p. 146.)