‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 19 sur 236 · EXPLICATION AVEC ROCHAMBEAU · texte numérisé non relu

EXPLICATION AVEC ROCHAMBEAU

s'excusa galamment de son excès de zèle auprès de Rochambeau et du chevalier de Ternay et leur donna les explications les plus loyales sur sa conduite. Dans une lettre particulière, il faisait appel à la vieille affection du général :

Si je vous ai offensé, je vous en demande pardon pour deux raisons : la première, que je vous aime, la seconde, que mon intention est de faire ici tout ce qui pourra vous plaire. Partout où je ne suis que particulier, vos ordres seront pour moi des lois et pour le dernier des Français qui sont ici. Je ferais tous les sacrifices plutôt que de ne pas contribuer à leur gloire, à leur agrément, à leur union avec les Américains (i).

Rochambeau, touché de ce langage, répliqua, le 27 août, d'un ton paternel: « C'est toujours le vieux père Rochambeau qui parle à son cher fils La Fayette, qu'il aime, aimera et estimera jusqu'au dernier soupir (2). » Dès lors, il ne s'éleva plus de nuage entre le père et le fils.

nent des îles de New-York et de Long-Island, en supposant que nous eussions pu y faire une descente.

« J'écrivis en même temps au général Washington, en anglais : je me louais des lettres que j'avais reçues de lui et je le priais de permettre que la correspondance de toutes les affaires passât sans intermédiaire entre lui et moi; je renouvelais mes instances pour la conférence.

« Je dois cependaiit dire, pour la justification de La Fayette, qu'il rendait substantiellement les sentiments du général Washington, et que ce dernier se servait de sa jeunesse et de son ardeur pour les exprimer avec plus d'énergie. »

(1) La f'ayette écrivit à ce sujet à sa femme, le 7 octobre 1780 : Il M. de Rochambeau et M. de Ternay, ainsi que tous les officiers français, se conduisent fort bien ici. Un petit excès de franchise m'a occasionné un léger débat avec ces généraux. Comme j'ai vu que je ne persuadais pas, et qu'il est intéressant à la chose publique que nous soyons bons amis, j'ai dit à tort et à travers que je m'étais trompé, que j'avais commis une faute, et j'ai en propres termes demandé pardon, ce qui a eu un si merveilleux effet que nous sommes mieux que jamais à présent. » — Il est piquant de rapprocher ce passage de celui des Mémoires de Rochambeau reproduit ci-dessus.

(2) Cf. Arch. hist. de la guerre. Correspondance du comte de Rochambeau, t. I.'

La P'ayette continua à correspondre avec Rochambeau. Le 28 août, il lui annonça que l'armée s'était avancée jusqu'à Liberty, poste à peu près à la hauteur du fort Lee et par conséquent du fort Washington ; le 2 septembre, il l'avertit que les ennemis voulaient tourner Washington; le 10, il lui envoya une lettre du chevalier de La Luzerne; le 13, il lui manda que les troupes du général Clinton semblaient destinées à une diversion du côté de la Virginie (i). L'entrevue réclamée par Rochambeau avait été enfin décidée. La Fayette devait y assister et s'en réjouissait (2). Elle eut lieu, le 20 septembre 1780, à Hartford, dans le Connecticut, entre les généraux américains Washington, Knox et La Fa3^ette et les généraux français R-ochambeau, de Ternay et Chastellux, ce dernier chef d'état-major du corps expéditionnaire (3). Les propositions des Français furent formulées le 22 septembre, et Washington y répondit paragraphe par paragraphe (4). Il fut convenu qu'on solliciterait du gouvernement français des secours en hommes, en marine et en argent, et qu'on enverrait le fils de Rochambeau porter cette requête à Versailles.

Toujours à l'avant-garde, La Fayette essayait en vain de faire des tentatives contre l'ennemi (5). La conférence de Hartford avait donné un aliment à son activité. Lors-

(i) Arch. hist. de la guerre. Corr. du comte de Rochambeau, t. 1, p. ijo, iji, 140, 141.

(2) C'est ce que La Fayette exprima, le 8 septembre 1780, dans une lettre à Rochambeau. (Cf. Arch. hist. de la guerre, Correspondance du comte de Rochambeau, t. I, p. ijS.)

(j) Cf. H. Doniol, t. IV, p. j8i.

(4) Arch. hist. de la guerre, Correspondance du comte de Rochambeau. t. I, p. 144-

(5) Le 14 août 1780, La Fayette avait demandé à Washington l'autorisation d'essayer une entreprise nocturne contre deux camps de Hessois établis à York-Island. (Cf. dans les Mémoires la note de la lettre du 7 octobre 1780.)

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