‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 20 sur 236 · TRAHISON DU GENERAL ARNOLD · texte numérisé non relu

TRAHISON DU GENERAL ARNOLD

qu'il revint avec le général Washington, celui-ci voulut lui montrer le poste important de West-Point, qu'il avait confié à un de ses plus habiles lieutenants, Benedict Arnold. Cette visite fit découvrir l'odieuse trahison de ce général, qui s'était engagé, par l'entremise du major André, à livrer West-Point aux Anglais. L'arrestation toute fortuite du major força Arnold à s'enfuir, le 25 septembre 1780, au moment où La Fayette venait à Robinson House lui demander à déjeuner. Le 26, le marquis écrivait à Rochambeau :

Nous sommes tous confondus de cette infâme conspiration et admirons la manière miraculeuse dont elle est parvenue à notre connaissance. C'est le premier exemple de trahison dans notre armée, chose extraordinaire dans une telle révolution! Mais l'exemple nous afflige tout autant qu'il nous révolte (i).

Le 4 octobre, Rochambeau lui répondit :

La Providence est pour nous, mon cher marquis, et cette entrevue si intéressante, que j'ai tant désirée et qui m'a fait tant de plaisir, est couronnée par un coup du ciel. Le chevalier de La Luzerne n'est point encore arrivé. J'ai pris le parti de décacheter votre lettre pour lui, où je devais trouver tous les détails de cette horrible conspiration, et j'en suis pénétré de douleur et de plaisir de sa découverte (2).

Campé sur la rive droite de la rivière du Nord, près de l'île de New- York, La Fayette écrivit, le 4 octobre 1780, à sa tante. M""* de Tessé, pour lui annoncer le blocus de la flotte française et l'inaction où le manque de vaisseaux retenait l'armée américaine. Le 7, c'est du fort

(i) Arch. hist. de la guerre, Correspondance du comte de Rochambeau, I, p. 158.

(2) Arch. hist. de la guerre, Correspondance du comte de Rochambeau, I, p. 149.

66 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [^7^o]

Lee, vis-à-vis le fort Washington, qu'il mit sa femme au courant de la situation. A cette époque, il tenta une expédition sur Staten-Island, mais échoua. Il ne fut pas découragé, et, le 30 octobre, il exposa à Washington son désir de finir la campagne par quelque coup brillant et ses vues à ce sujet. Son illustre ami calma cette ardeur intempestive. Deux jours auparavant, le 28, le vicomte de Rochambeau s'était embarqué pour la France sur la frégate V Amazone, commandée par La Pérouse, et avait emporté, avec les dépêches du Congrès, une lettre de La Fayette à Vergennes, où il disait au ministre :

Je commande un camp volant, qui fait l'avant-garde de l'armée américaine et est composé de l'élite des troupes. Les bontés dont on me comble ici ne sont pas capables de me consoler de mon oisiveté (1).

Le marquis voulait tenter un coup de main nocturne contre le fort Washington, près de New-York. Le 13 novembre 1780, il écrivit à son général dans ce sens et lui manda qu'il attendait à son camp le marquis de Laval -Montmorency, le chevalier de Chastellux, son beau-frère le vicomte de Noailles, le comte de Charlus et le duc de Lauzun. (( Ces cinq officiers, disait-il, peuvent, par leur existence dans leur pays, être regardés comme les personnes les plus considérables de l'armée française. »

Les cinq officiers arrivèrent en effet peu de jours après. Le chevalier de Chastellux se rendit directement au camp de La Fayette, le 23 novembre 1780 ; mais celui-ci était allé au-devànt de lui. Le chevalier n'en visita pas moins

(i) Cf. H. Doniol, t. IV, p. 552 à 534. — Le vicomte de Rochambeau arriva à Versailles le 26 novembre 1780, et ne revint en Amérique que le 8 mai 1781.

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