‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 25 sur 236 · RETRAITE DE LORD CORNWALLIS · texte numérisé non relu

RETRAITE DE LORD CORNWALLIS

ment de Pensylvaniens que lui amenait le général Wayne. Le 12, il campa à Boswell's Tavern, tandis que Cornwallis était à Elk-Island. Celui-ci porta son avant-garde à Bird's Creek pour tomber sur le flanc des Américains qui, dérobant leur marche, prirent position à Mechunek-Creek et couvrirent les grands magasins d'Albermale Court-House, que l'ennemi aurait voulu détruire. CornAvallis leva alors son camp d'Elkle 15 juin et retourna à Richmond (i), qu'il évacua le 21. Il se retirait sur Williamsburg,en vertu des ordres du général en chef Clinton. jaloux de son subordonné.

La Fayette profita de cette retraite inespérée (2) et il suivit pas à pas son adversaire avec la prudence d'un Fabius. Le 22 juin, il était à Process'House (^3) et, le 25, à Beacon's Ordinary (4). Le 28, il écrivit à Washington :

L'ennemi a été si obligeant qu'il s'est retiré devant nous; je lui ai deux fois offert le combat, tout en ayant soin de ne pas m'engager plus que je ne voulais, mais il a continué son mouvement rétrograde. Sans doute, on aura exagéré nos forces, et notre air de hardiesse aura confirmé cette erreur ()).

(i) La Fayette annonça le départ de Cornwallis au baron de Steubea par une lettre du 15 juin 1781. (Cf. Tower, II, 558.)

(2) A ce moment, on n'avait guère confiance dans le succès de la campagne. Rochambeau était des plus pessimistes, car il écrivait, le 16 juinijSi, au marquis de Ségur : « Le général Washington n'a qu'une poignée de monde qu'il pourra peut-être porter à sept ou huit mille hommes dans un mois ou deux, et j'en doute encore par sa dernière lettre. L'armée de Cornwallis est au milieu de la Virginie, entre Richmond et Fredericksburg, et sera incessamment sur le Potomac. Le pauvre marquis de La Fayette avec son détachement se retire au-devant d'un autre détachement de troupes de Pensylvanie, que lui mène le général Wayne... Ces gens-ci sont à bout de voies et de moyens. » (Arch. hist. de la guerre, Corr. du comte de Rochambeau, t. II, p. 4J.)

(;) La Fayette écrivit de ce lieu, le 22 juin 1781, aux généraux Steuben et Wayne. (Cf. Tower, II, 34J.)

(4) La Fayette écrivit de ce lieu au général Wayne. (Cf. Tower, II. p. 546.)

(O La Fayette ignorait la raison véritable de la retraite de Cornwallis, c'est-à-dire les ordres du général Clinton.

•jS LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [ijSl]

fortifiait dans York et dans Gloucester. De son camp il écrivit, le 2 1 , à Washington, et, le 24, aux comtes de Vergennes et de iSIaurepas et à sa femme. Il disait à celle-ci : (( Cette campagne a pris partout une beaucoup meilleure tournure que nous ne devions espérer. Peut-être pourrat-elle finir fort agréablement. » Le marquis était en effet plein d'espérance : Washington lui avait mandé, le 21 août, que son armée était en marche; le général anglais O'Hara évacuait Portsmouth et rejoignait Cornwallis à York. Tout se concentrait sur ce point, et La Fayette prenait en hâte ses dispositions pour couper la retraite à l'ennemi. Enfin, la flotte du comte de Grasse venait d'apparaître à l'entrée de la baie de Chesapeake. De Holt's Forge, La Fa^-ette félicita, le i*^"" septembre, Washington de cet heureux événement et déclara que Cornwallis avait très peu de chances de s'échapper. 11 se porta sur Williamsburg, où il fut rejoint, le 5, parle corps français du marquis de Saint-Simon (i). Celui-ci et le comte de Grasse lui proposèrent d'enlever York par un coup de main. Quelque tentante que fût cette opération, La Fayette préféra attendre Washington et Rochambeau que risquer une attaque meurtrière et faire, pour une vaine gloire personnelle, verser beaucoup de sang (2). Pendant ce temps le comte de Grasse avait, le 6 septembre, attaqué la flotte anglaise de l'amiral Hood et lui avait infligé une cruelle défaite, puis il était venu se réunir, le 13, dans la baie de Chesapeake, à l'escadre du comte de Barras, arrivée de Rhode-Island. Enfin, le 14 septembre 1781, l'armée de Washington et de Rochambeau opéra sa jonction avec celle de J^a Fayette. Le len-

(i) La Fayette écrivit sur ce sujet à Washington, de Wiliiamsburj,', le 8 septembre 1781.

(2) C'est ce que La Fayette déclare dans ses Mémoires.

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