J RETRAITE DE WASHINGTON
disciple de Mesmer et il adhéra à sa doctrine le 5 avril 1784 (i). Le 14 mai suivant, il écrivit à Washington sur ce sujet délicat :
Un docteur allemand, nommé Mesmer, ayant fait la plus grande découverte sur le magnétisme animal, a formé des élèves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelé l'un des plus enthousiastes (21... Avant de partirj'obtiendrai la permission de vous confier le secret de Mesmer, qui, vous pouvez y croire, est une grande découverte philosophique.
Cependant Washington avait, par une lettre du i"'' février 1784, informé La Fayette qu'il venait de se retirer à Mount Vernon. Il lui disait dans des termes d'une admirable simplicité :
Enfin, mon cher marquis, je suis à présent un simple citoyen sur les bords du Potomac ; et, à l'ombre de ma vigne et de mon figuier, libre du tumulte des camps et des agitations de la vie publique, je me plais en ces jouissancespaisiblesque le soldat toujours poursuivant la renommée, l'homme d'Etat consacrant ses jours et ses nuits aux plans qui feront la grandeur de sa nation ou la ruine des autres, comme si ce globe ne suffisait pas à tous, le courtisan toujours épiant le visage de son prince dans l'espoir d'un gracieux sourire, doivent bien peu comprendre.
Je ne suis pas seulement retiré de tous les emplois publics, je suis rendu à moi-même et je puis retrouver la solitude et reprendre les sentiers de la vie privée avec une satisfaction plus profonde. Ne portant envie à personne, je suis décidé à être content de tout, et dans cette disposition d'esprit, mon
(i) L'engagement original de La Fayette fait partie de ma collection révolutionnaire et il est reproduit en fac-similé.
(3) Louis XVI n'approuvait pas cet engouement pour Mesmer et sa doctrine. Si on en croit Meister, il dit à La Fayette, au moment de son départ pour l'Amérique : « Que pensera Washington quand il saura que vous êtes devenu le premier garçon apothicaire de Mesmer? » (Cf. note de Maurice Tourneux, dans le t. XIV de son édition de la Correspondance de Grimm, p. 25.)
cher ami, je descendrai doucement le fleuve de la vie, jusqu'à ce que j e repose auprès de mes pères ( i ).
Washington terminait cette lettre en invitant son ami à le venir voir dans ses foyers.
Je vous remercie très sincèrement de votre invitation de demeurer chez vous, si j'allais à Paris. Je vois à présent peu d'apparence que je puisse entreprendre un tel voyage. Le dérangement de mes affaires personnelles pendant ces dernières années non seulement m'oblige à suspendre, mais peut m'empêcher de jamais satisfaire à ce désir. Puisque ce motif n'existe pas pour vous, venez, avec Madame de La Fayette, me voir dans mes foyers. Je vous ai dit souvent, et je vous répète, que personne ne vous recevra avec plus d'amitié et d'affection que moi, à qui Madame Washington se joindrait de grand cœur (2).
La Fayette, qui n'attendait que la fin de ses négociations pour quitter la France, informa son cher général, le 14 mai 1784, que son départ était proche :
A ma grande satisfaction, mon départ est fixé au 10 du mois prochain, époque où j'ai l'intention de quitter Paris et
(i) Voici le texte anglais de cette lettre, que Guizot appelait un monument :
<i At length, my dear Marquis, I am become a private citizen on the banks of the Potomac; and under the shadow of my own vine and my own fig-tree, free from the bustle of a camp, and the busy scènes of public life, I am solacing myself with those tranquil enjoyments, of vvhich the soldier, who is ever in pursuit of famé, the statesman, whose watchful days and sleepless nights are spent in devising schémas to promote the welfare of his own, perhaps the ruin of other countries, as if this globe was insufficient for us ail, and the courtier, who is always watching the countenance of his prince, in hopes of catching a gracious smile, can hâve very little conception. I hâve not only retired from ali public employments, but I am retiring within myself, and shall be able to view ihe solitary walk, and tread the paths of private life, with a heartfelt satisfaction. Envious of none, I am determined to be pleased with ail; and this, my dear friend, being the order for my march, I will move gently dovvn the stream of life, until I sleep with my fathers. « (Cf. Jared Sparks, t. IX, p. 17). — J'ai modifié, d'après ce texte, la traduction imprimée dans les Mémoires de La Fayette.
(2) Washington n"alla jamais en Europe et M"" de La Fayette n'accompagna pas son mari en Amérique.